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Reportages

Routes en ruine: comment se sortir du trou?

Par Marine Corniou - 29/03/2018


Les routes nord-américaines sont en piètre état. En cause ? Un sous-financement chronique, un climat rude, des camions de plus en plus lourds… Mais aussi une complexité technique qui donne des maux de tête aux ingénieurs.  

Pour se rendre en voiture chez Bitumar, dans l’est de Montréal, mieux vaut avoir les reins solides – ou de bons amortisseurs. Nous ne sommes qu’en janvier et, pourtant, la rue Notre-Dame Est est déjà constellée de nids-de-poule. Il faut dire que le ballet des camions n’arrange rien : sous leurs roues, il suffit de quelques heures pour qu’un petit trou se transforme en véritable cratère. « Un seul camion sollicite la chaussée autant que 2 000 autos ! Voilà pourquoi il est important de tenir compte de la densité de trafic avant de concevoir une route », explique René Dufresne, le directeur technique de Bitumar, une entreprise préparant le bitume qui se retrouve justement sur les chaussées. Mais que l’on blâme les hivers rigoureux, les camions, la corruption ou les chasse-neige, le constat est le même à l’échelle de la province et même du pays : 20 % des routes municipales canadiennes sont en mauvais ou très mauvais état, et la moitié ont besoin d’entretien ! À tel point que le sujet fait désormais partie de l’identité des Canadiens, les grandes villes revendiquant à tour de rôle le statut de « capitale du nid-de-poule » (Edmonton, Montréal, Toronto et Ottawa semblent se disputer le titre).

« Tous mes amis me posent la question : pourquoi nos routes ne sont-elles pas en meilleur état ? Hélas, la réponse n’est pas simple », admet Michel Paradis, directeur de la section Matériaux d’infrastructures au ministère des Transports du Québec (MTQ). D’abord, il n’y a pas, en matière de route, de recette toute faite ni de science exacte. Ensuite, on accuse un retard difficile à rattraper.

Après des décennies de sous-financement et de manque d’entretien, nos routes, souvent construites dans les années 1960 et soumises à un trafic croissant, sont à bout de souffle. « Et c’est tout à fait normal. Une route, c’est comme une voiture, il faut l’entretenir. La durée de vie est de 15 ou 20 ans, à condition de boucher les fissures. Or il y a eu des négligences dans le passé, et on a pris énormément de retard partout, dans les municipalités et au niveau provincial », constate Alan Carter, directeur du Laboratoire sur les chaussées et matériaux bitumineux à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.

Sans surprise, aujourd’hui, le navire prend l’eau de toutes parts. En dépit des millions injectés chaque année, le rapiéçage est loin d’être suffisant. On ne compte plus les rues de Montréal, complètement défoncées, qui sont soumises à un resurfaçage en urgence et qui craquent de nouveau quelques mois plus tard. Ou les nids-de-poule comblés à la va-vite qui réapparaissent en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. « La mairie nous demandait de tartiner d’asphalte des routes complètement finies, ou des dalles en béton qui s’effritent, alors qu’il aurait fallu tout excaver et en refaire la structure », nous explique un ancien employé montréalais d’Eurovia, une filiale de Vinci, qui préfère conserver l’anonymat. « Ce type de “pavage d’élection”, ce n’est pas une légende, confirme sans hésiter Alan Carter. Mais le problème n’est pas dans la réparation des nids-de-poule. On n’a pas le choix de les remplir pour des questions de sécurité. Le problème, c’est que, quand ils surviennent, il est déjà trop tard. » En fait, sous nos latitudes, dès que les fissures apparaissent dans le bitume, l’eau pénètre, stagne sous la surface, gèle, gonfle, de sorte que la couche de surface éclate comme du verre. Autrement dit, nombre de nos routes, fissurées de long en large, ont atteint depuis longtemps le point de non-retour. « Il faudrait colmater les fissures tout de suite, mais on est dans l’urgence, pas assez dans la prévention », ajoute M. Carter.

Inutile de s’appesantir sur le manque d’entretien passé des infrastructures, que les experts condamnent à l’unanimité. Face à l’ampleur du désastre, il reste à trouver les meilleures méthodes pour rectifier le tir et construire de nouvelles routes capables de tenir la distance... sans ruiner l’État.

Photo: iStock

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