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Reportages

S'épanouir malgré les retards

Propos recueillis par Annie Labrecque - 16/11/2017
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Le dépistage précoce chez les enfants avec des retards de développement est au cœur des recherches de Carmen Dionne, professeure au département de psychoéducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Maintes fois ré compensée pour ses travaux, elle a obtenu, en 2016, une Chaire UNESCO pour étudier de meilleures pratiques d’intervention auprès de ces enfants en difficulté, en impliquant davantage les familles et la communauté.

Vous étudiez depuis longtemps le développement de l’enfant de six ans et moins. Lorsqu’on parle d’un enfant en difficulté ou avec des besoins particuliers, que veut-on dire exactement ?

C’est un enfant qui peut avoir une incapacité physique, intellectuelle ou sensorielle. On parle notamment du trouble du spectre de l’autisme, d’une déficience intellectuelle ou visuelle, d’un trouble de la communication, etc.

Comment dépiste-t-on ces retards de développement ?


On utilise entre autres un questionnaire rempli par les parents ou les éducatrices en milieu de garde, ou tout autre proche. Ce sont des questions simples sur des comportements facilement observables. Par exemple, on demande si l’enfant peut boutonner son manteau. Est-il capable de prendre un petit morceau de nourriture avec ses doigts ? Vous regarde-t-il quand vous lui parlez ? Cet outil couvre les premiers mois de vie de l’enfant jusqu’à l’entrée à l’école. Cela donne donc, à différentes périodes, un portrait de son développement avec ses forces et ses faiblesses.
On peut ainsi déterminer sur quoi intervenir. Il faut noter qu’on ne cerne pas directement le problème; ce n’est pas un diagnostic. On tire plutôt la sonnette d’alarme en indiquant si l’enfant doit aller vers une évaluation plus approfondie ou vers des services spécialisés lorsqu’un certain ralentissement apparaît dans son développement.
Si l’enfant commence à accumuler des retards, avant même d’avoir un diagnostic formel, on peut déjà intervenir et soutenir son développement. En se mobilisant rapidement autour de lui, il y a de fortes chances que son parcours se déroule bien.

Si l’on détecte un certain retard, quel type de soutien peut-on offrir à l’enfant ?

On ajuste notre intervention selon son niveau de développement. Par exemple, l’éducatrice en milieu de garde peut offrir un modèle à l’enfant en se servant d’un ami pour montrer ce qu’on attend de lui. Il faut lui énoncer les consignes le plus simplement possible pour qu’il comprenne bien. C’est aussi important de ne pas proposer à l’enfant des défis trop grands ou trop faciles. Il faut offrir des défis à sa mesure pour favoriser son épanouissement.

Vous vous intéressez d’ailleurs plus particulièrement à l’inclusion de ces enfants en difficulté.

En effet. L’inclusion d’un enfant en difficulté dans son milieu de vie, peu importe son retard, lui permet de bien cheminer.
Les services de garde ont montré de l’ouverture en s’engageant à accueillir les enfants avec des besoins particuliers. Ils permettent par exemple des interventions d’éducateurs spécialisés dans leur milieu. Cela finit par enrichir le quotidien de tous les enfants. Plusieurs études le démontrent : côtoyer la différence a un impact positif chez les tout-petits. Plus tard, ces jeunes devenus adolescents ou adultes vivront mieux cette réalité.
Dans l’un de nos projets de recherche qui s’étend sur une période de sept ans, on s’intéresse justement à l’inclusion des enfants en milieu préscolaire, dont les centres de la petite enfance (CPE). Comment mobilise-t-on l’équipe d’éducatrices pour avoir les interventions les plus appropriées auprès des enfants ayant des besoins particuliers ? C’est ce qu’on examinera dans le cadre d’un partenariat avec quatre CPE de la région Mauricie–Centre-du-Québec et deux CPE de l’Abitibi-Témiscamingue. Cela donnera un portrait régional de la situation d’inclusion des enfants en milieu de garde, ce qui nous permettra de mieux les accompagner.

Devrait-on investir davantage dans le secteur de la petite enfance ?


« Ça ne sert à rien de faire du dépistage chez les enfants, car on n’a aucun soutien à leur offrir par la suite », nous répète-t-on souvent. C’est faux. En disant cela, on sous-évalue la capacité d’adaptation des enfants, de leur entourage, des intervenants et des milieux de vie. En travaillant avec les familles, on est en mesure de mieux utiliser les ressources déjà présentes pour bien accompagner l’enfant, sans avoir recours à des services ultra spécialisés.
Cela étant dit, si on pouvait augmenter les budgets destinés à la petite enfance, on en serait très heureux, car c’est un très bon investissement.

Quel changement avez-vous perçu au fil des ans relativement au dépistage précoce ?

L’idée de dépister le plus rapidement possible fait davantage partie de la norme dans le milieu de la recherche, même s’il existe une ligne de pensée voulant qu’il ne faut pas le faire systématiquement pour tous les enfants, surtout lorsque les ressources ne sont pas disponibles. Ce débat-là existe encore. D’ailleurs, nous n’avons pas de dépistage systématique au Québec. Des CPE le font, d’autres non; des organismes et des ressources de première ligne y participent également. Mais on n’a pas d’information sur les actes de dépistage en tant que tels. Si c’était le cas, on pourrait, à l’intérieur d’un territoire donné, suivre le développement des enfants et évaluer leurs besoins en termes de services spécialisés. Cela nous aiderait à connaître la trajectoire de ces enfants jusqu’à leur entrée à l’école. Si on pouvait avoir des données plus solides, on pourrait ainsi bâtir, dans le futur, des politiques adaptées à leur réalité.

Vous avez reçu l’été dernier une subvention de 300 000 $ de différents organismes pour développer une plateforme interactive web. À quoi servira-t-elle ?

On y trouvera des ressources utiles pour les parents, les services de garde et les organismes communautaires. Nous recueillerons aussi des données auprès d’eux pour dresser un portrait provincial de la situation d’inclusion en milieu de garde.

©OlivierCroteau

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