Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Reportages

Sexe et genre: Toutes les nuances de gris

Par Marine Corniou - 25/07/2013
-
« Bien sûr, il y a des mâles et des femelles, mais il y a aussi de nombreuses espèces hermaphrodites », résume Sophie Breton, professeure au département des sciences
biologiques de l’Université de Montréal. L’escargot est sans doute le plus connu; comme le ver de terre, son organe sexuel produit à la fois des spermatozoïdes et des ovules.

Mais ce sont les poissons qui remportent la palme de l’interchangeabilité, nombre d’entre eux étant d’abord mâles, puis femelles (comme la daurade ou le bar), ou l’inverse (comme le mérou). Le sexe des poissons-clowns, lui, dépend de la hiérarchie: si la femelle dominante meurt, c’est le mâle dominant qui reprend son rôle en devenant femelle. Lui-même est remplacé par le plus gros des trois ou quatre poissons gravitant alentour, et dont le genre n’était pas encore défini.

Plus qu’à l’âge ou à la position sociale, certains vers marins s’en remettent au hasard
géographique pour décider de leur sexe! «Si la larve tombée sur un fond rocheux est isolée, elle devient femelle. Si elle tombe sur ou près d’une autre larve, elle opte pour le sexe mâle», explique Sophie Breton.

En matière de genre, le règne animal, c’est indéniable, fait preuve de beaucoup de créativité. «Il existe une incroyable diversité des modes de détermination du sexe», ajoute la chercheuse.

Une question de chromosomes...

Chez l’humain, comme chez tous les mammifères, le destin sexuel se joue au moment
de la fécondation. Si le spermatozoïde porte un chromosome Y, le bébé sera un
garçon (il aura un X et un Y); s’il porte un X, ce sera une fille (avec deux chromosomes X). Mais chez les oiseaux et les papillons, ce sont les femelles
qui ont deux chromosomes sexuels différents (Z et W, alors que les mâles ont ZZ).

Certains insectes mâles n’ont qu’un chromosome sexuel X, à l’instar de rares rongeurs comme le tunnelier du Caucase, alors que certains poissons ont 3 chromosomes sexuels, et que l’ornithorynque, cet étrange mammifère qui pond des oeufs, en
a 10 (au lieu de 2)!

...ou de température

Pour une foule de lézards, crocodiles, tortues ou même poissons et amphibiens,
le sexe dépend non pas des chromosomes, mais de la température à laquelle sont incubés les oeufs. Chez le crocodile australien, les mâles se forment au frais, les femelles aux températures tièdes. Chez l’alligator américain, c’est l’inverse. Bref, les biologistes en voient de toutes les couleurs.

«En fait, ce qu’il faut retenir, c’est que les organes mâles et femelles, les gonades,
dérivent du même tissu embryonnaire. La seule chose qui change vraiment entre toutes ces espèces, c’est la nature de “l’interrupteur” qui transforme ce tissu ambivalent en testicule ou en ovaire», explique Paul Waters, chercheur spécialiste de l’évolution des chromosomes sexuels à la Australian National University, à Canberra.

Que l’interrupteur en question soit la température ambiante ou un chromosome sexuel (le Y, chez l’homme), il déclenche une cascade de réactions biologiques qui permettent d’activer, dans un ordre précis, les centaines de gènes orchestrant la fabrication d’un mâle ou d’une femelle.

Pourquoi une telle diversité?

Du point de vue de l’évolution, que signifie cette très forte variabilité dans la
détermination du sexe? Les scientifiques débattent encore. Tout ce dont on peut
être sûr pour le moment, répond Paul Waters, c’est que pouvoir changer si facilement
d’interrupteur sexuel doit représenter un avantage pour les espèces.

Quoi qu’il en soit, ces mécanismes multiples et variables donnent du fil à retordre
aux chercheurs. «Chez l’homme, il arrive parfois que la différenciation des gonades
ne se fasse pas correctement, ce qui mène à des ambiguïtés sexuelles. Dans plus de
la moitié de ces cas, on ne connaît pas les causes», indique Serge Nef, professeur au
département de médecine génétique et développement de l’Université de Genève.

Début 2013, ce chercheur a découvert que des hormones jouant un rôle dans le métabolisme – les facteurs de croissance apparentés à l’insuline – étaient curieusement essentielles à la détermination du sexe. En l’absence de ces facteurs, les embryons de souris, pourtant dotés de chromosomes sexuels normaux, ne se différencient ni en mâle ni en femelle. Voilà un «ingrédient» de plus qui illustre l’incroyable complexité de la fabrication des mâles et des femelles.

«N’oublions pas que la détermination du sexe n’est qu’une partie du développement sexuel, qui prend une vingtaine d’années chez l’homme ! D’ailleurs, dans notre espèce, c’est le cerveau qui est l’organe majeur du développement sexuel. Il y a parfois discordance entre ce que ressent la personne et son sexe dit biologique, ajoute Serge Nef. Il n’y a pas que du noir ou du blanc, il existe toutes les variations de gris.»

C’est d’ailleurs ce qui conduisait, il y a déjà 20 ans, la biologiste Anne Fausto-Sterling, de la Brown University, aux États-Unis, à présenter la sexualité humaine comme un éventail combinant cinq sexes : un sexe génétique (XX ou XY), un sexe anatomique (pénis ou vagin), un sexe hormonal (testostérone ou estrogène), un sexe social (homme ou femme) et un sexe psychologique.

Afficher tous les textes de cette section