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Reportages

Surf nouvelle vague

Par Guillaume Roy - 21/07/2016
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Sous le chaud soleil du mois d’août, six surfeurs s’amusent dans les vagues de près de 2 m qui déferlent sur la plage de Sept-Îles. La Côte-Nord est d’ailleurs en train de se positionner comme une destination de surf, depuis que Frédéric Dumoulin a lancé la boutique-école Surf Shack en 2011. « Le bonheur, ça se partage », dit le surfeur de 38 ans qui initie chaque été une centaine de personnes, dont près de la moitié provient de l’extérieur de la région.

À Sept-Îles, on compte désormais près de 80 surfeurs actifs. Dans le secteur de Baie-Comeau, 25 autres, dont Daniel Lavoie qui a commencé à surfer au début des années 2000. « Le surf est un sport d’exploration, car les vagues sont éphémères. Mais quand on y a goûté, ça devient plus qu’une passion; c’est un mode de vie », dit-il.

Les vagues ont toujours été bien présentes dans le Saint-Laurent. Même si elles sont plus petites que celles de l’océan, elles se comportent de la même manière. Les premiers frissonnements apparaissent parce qu’il y a des différences de pression à la surface de l’eau, explique Dany Dumont, professeur et chercheur en océanographie physique à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER). « La vague se déplace comme une onde. C’est le vent qui en fait augmenter l’amplitude en poussant derrière, créant ainsi une dépression devant. »

Lorsque les vagues commencent à se former, la période entre elles est courte, soit deux ou trois secondes. Plus le vent souffle longtemps, plus les vagues s’éloignent. Dans l’océan, la période peut atteindre jusqu’à 25 secondes mais, dans l’estuaire du Saint-Laurent, elle n’est généralement que de 4 à 6 secondes, de sorte que le travail des surfeurs qui tentent d’atteindre les vagues au large est plus difficile, puisque toutes les 4 ou 6 secondes, ils doivent en affronter une nouvelle !

Plus le vent est fort, plus il souffle longtemps sur une grande distance sans rencontrer d’obstacle, plus les vagues seront grandes et puissantes, explique pour sa part Urs Neumeier, professeur en géologie marine à l’ISMER. « La vague va grossir progressivement, puis elle va se propager. Si elle devient trop “raide”, elle s’écroule, ce qui crée du moutonnement. Son énergie se dissipe alors et la vague s’allonge », ajoute le spécialiste qui étudie l’érosion côtière et le transport sédimentaire dans le Saint-Laurent.

Pour connaître l’amplitude maximale des vagues et leur impact sur la côte, l’ISMER a implanté des stations de recherche à différents endroits. C’est ainsi que le géologue a pu calculer que les vagues les plus hautes atteignent en moyenne 3,6 m à Sept-Îles, 3,2 m à Saint-Ulrich près de Matane, 4,9 m à Cap-d’Espoir (à 15 km au sud de Percé) et même 6 m aux Îles-de-la-Madeleine. « Ces données sont impressionnantes, mais la plupart du temps, les vagues sont beaucoup plus faibles », affirme le professeur Neumeier qui fait remarquer au passage que les marées n’influencent la formation des vagues que de façon indirecte, en faisant varier la topographie sous-marine à l’approche des côtes. « La vague ralentit lorsqu’elle commence à “sentir” le fond, ajoute-t-il. Elle a alors tendance à devenir plus haute et plus pentue, jusqu’à ce qu’elle déferle. »

En pleine tempête, les conditions sont rarement idéales pour le surf, car les vagues brisent de tous les côtés. C’est pourquoi les vagues de houle sont plus propices au surf. Qu’est-ce que la houle ? « Une vague grossira jusqu’à ce que sa vitesse de propagation atteigne la vitesse du vent. Si le vent diminue, la vague ira plus vite que le vent, et c’est ce qu’on appelle la houle », explique Dany Dumont.

 Les surfeurs doivent donc se faire météorologues et savoir comment les vents se développent au large. Ils peuvent ainsi prédire la venue des grosses vagues deux ou trois jours plus tard, explique Daniel Lavoie. En apprivoisant la dynamique des vagues, cet amoureux de la mer est en mesure de surfer une à deux fois par semaine près de Baie-Comeau.

À Sept-Îles, les bonnes conditions sont un peu plus fréquentes et les sportifs les plus motivés peuvent surfer jusqu’à 150 jours par année, soutient de son côté Frédéric Dumoulin. Naturellement, pour surfer autant, il ne faut pas avoir froid aux yeux et il faut profiter des vagues hiver comme été. D’autant plus que la saison du surf s’allonge, la glace étant de moins en moins présente dans le Saint-Laurent.

C’est que la température de l’air a augmenté de 2,1 °C en moyenne depuis 1873, note Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique à l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada) à Mont-Joli : « Le couvert de glace dépend principalement de la température de l’air hivernal, laquelle est influencée, à long terme, par les changements climatiques et, ponctuellement, par des événements comme El Niño l’hiver dernier. »

Alors que la glace couvrait jadis les côtes du Saint-Laurent de décembre à mars, la période d’englacement est maintenant de un ou de deux mois seulement. Au large, la glace devrait même avoir complètement disparu entre 2050 et 2100. Il ne restera alors qu’un peu de glace de mer dans les baies en hiver, prévoit Urs Neumeier. « Comme les tempêtes majeures frappent entre novembre et avril, les côtes ne sont plus aussi bien protégées et il y a maintenant plus d’érosion. On remarque que la hauteur des plus fortes vagues a déjà augmenté de 10 % à 15 % », dit-il.

Les infrastructures côtières n’ont toutefois pas été conçues pour résister à de tels assauts. Afin d’améliorer leur design, le ministère des Transports du Québec a donc donné aux chercheurs de l’ISMER le mandat de modéliser le régime des vagues.
Mais ce ne sera certainement pas suffisant. En effet, l’élévation du niveau de la mer de 0,4 m à 2 m d’ici 2100 ne fera qu’amplifier le problème. L’érosion côtière augmentera partout et certaines zones dans la baie des Chaleurs et même de la ville de Québec pourraient être submergées.

« Ça créera des impacts majeurs et il faut s’y préparer. On doit considérer l’érosion côtière d’un point de vue régional car, en faisant des interventions ponctuelles, on ne fait que déplacer le problème chez le voisin », conclut le professeur Neumeier qui suggère à nos lecteurs d’y réfléchir à deux fois avant de faire l’achat d’une maison en bord de mer. Ce qui est vraisemblablement plus risqué que s’offrir une planche de surf.
 

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