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À quoi servent les bains de glace ?

Par Guillaume Roy - 15/02/2017
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Bien qu’elle soit populaire chez les athlètes, la pratique n’a pas de pouvoir anti-inflammatoire sur les muscles.   

Un an après avoir démontré que le bain de glace était déconseillé pour gagner de la puissance ou de la masse musculaire, une équipe de chercheurs australiens vient de découvrir que le froid n’a pas de pouvoir anti-inflammatoire sur les muscles. Son étude a été publiée dans le Journal of Physiology en octobre 2016.

« Pendant longtemps, on s’est plongé dans l’eau froide pour limiter les dommages causés par des microlésions musculaires après un entraînement. En observant des symptômes extérieurs, comme le gonflement des muscles par exemple, on pensait que le froid atténuait la réponse inflammatoire, mais cette recherche démontre que ce n’est pas le cas »,commente François Bieuzen, physiologiste et expert en récupération à l’Institut national du sport du Québec.

L’étude australienne signale en effet que le froid peut réduire certains signes cliniques de l’inflammation, comme l’enflure d’un membre, sans réduire l’inflammation elle-même.

Le froid pourrait même être contre-productif dans une phase de développement musculaire, ajoute François Bieuzen. « Lors d’un entraînement, on veut stresser un muscle pour le forcer à s’adapter afin qu’il gagne en efficacité, en volume, en masse et en force. Si on bloque le stress avec le froid, le muscle s’adapte plus lentement », explique le physiologiste.

Il reste cependant que le bain froid diminue la douleur. Il demeure donc un outil de prédilection pour les athlètes, souligne l’expert. Le froid permet aussi de mieux dormir. « Utilisé en fin de journée, il favorise le sommeil en diminuant la température centrale », observe François Bieuzen. Pour maximiser les bénéfices, il recommande aux sportifs de haut niveau de prendre un bain froid une heure avant d’aller au lit.

Le froid aurait aussi un effet bénéfique pour les athlètes d’endurance, car il stimule la production d’une molécule, la PGC1, qui favorise le développement des mitochondries. Ces dernières sont les « centrales énergétiques » des cellules.

Tant qu’à y être, ça vous dirait de passer trois minutes dans une chambre réfrigérée à -110 °C ? C’est ce que font un nombre grandissant d’athlètes pour mieux récupérer. Cette technique censée soulager les douleurs est née dans les années 1970, au Japon. Elle a fait une percée majeure en Amérique du Nord et dans le domaine sportif au cours des dernières années.

Si ses adeptes sont convaincus des bienfaits, les données disponibles proviennent plutôt d’observations cliniques que d’études scientifiques, souligne François Bieuzen. Par exemple, on a remarqué que deux séances par jour pendant deux semaines amélioreraient le confort et réduiraient la prise de médicaments de plusieurs personnes atteintes de pathologies rhumatismales.

Mais est-ce vraiment efficace ? « Les études scientifiques médicales et sportives signalent des effets cliniques très importants, mais, pour le moment, on n’est pas capable de les expliquer », ajoute François Bieuzen.

Selon l’expert, les bienfaits du froid existent bel et bien, mais il n’est pas nécessaire de payer 69 $ pour grelotter trois minutes dans une chambre réfrigérée comme l’offrent certaines entreprises. Si l’idée est de profiter des effets antalgiques du froid ou de limiter les sensations de fatigue, il suffit de plonger dans un bain de glace (entre 8 °C et 15 °C ) pendant une dizaine de minutes pour déclencher par exemple la sécrétion d’adrénaline et de noradrénaline.

Photo: François Bieuzen

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