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Reportages

L'interprétation des inscriptions de la Vallée de l'Indus est un vrai défi

Propos recueillis par Marine Corniou - 14/02/2017


La civilisation de l'Indus, ou harappéenne, occupait les territoires actuels de l'Afghanistan, du Pakistan et du Nord de l'Inde entre 4000 et 1600 ans avant notre ère environ. Niladri Sarkar, professeur au département de physique du Birla Institute of Technology and Science Pilani en Inde, est passionné par les signes de la Vallée de l’Indus. Il a écrit plusieurs publications sur cette écriture non déchiffrée. Entrevue en complément de notre article sur les écritures perdues.


Pouvez-vous nous en dire plus sur la civilisation de la Vallée de l'Indus ?

D’après les ruines trouvées dans la Vallée de l’Indus, on sait que cette civilisation qu'on appelle harappéenne était florissante et contemporaine des civilisations mésopotamiennes du Tigre et de l’Euphrate (NDLR : où ont été construites les premières villes et où sont nées la roue, l’écriture et l’agriculture). Elle entretenait des liens commerciaux avec le reste de l’Asie. On peut donc en déduire qu’il existait un langage bien défini, sans lequel il n’y aurait pu y avoir ces relations commerciales. Il ne s’agissait pas d’une colonie préhistorique uniquement constituée de chasseurs et de pêcheurs. Le concept de la roue était connu ; on y pratiquait la poterie et la métallurgie. Il y avait de magnifiques réseaux de drainage des eaux, des routes, des systèmes de stockage d’eau, des bains et des maisons faites en briques cuites, qui pouvaient résister à des conditions climatiques extrêmes. On a aussi retrouvé des jouets pour les enfants. Si l’on regarde les ruines, on voit que cela ressemble aux ruines de n’importe quelle autre civilisation capable de construire des villes organisées et des ports.

Peut-on parler d’écriture pour les signes de la Vallée de l’Indus ?

L’interprétation des inscriptions de la Vallée de l’Indus est un vrai défi. Les traces écrites que l’on a retrouvées sont gravées sur des sceaux en argile qui ont été excavés sur différents sites archéologiques dans les cités de Harrappa et de Mohenjo-daro. Nous en savons très peu sur le sujet : on ne sait pas si ces signes correspondent à un langage très développé. Cela étant, on peut le supposer en regardant ce qu’accomplissaient les habitants.

La seule chose certaine, c’est qu’il ne s’agit pas de suites de signes disposés aléatoirement. Les analyses statistiques menées par l’équipe de Rajesh Rao de l’université de Washington et les miennes montrent qu’il existe une structure interne qui régit ces signes. On peut d’ailleurs construire des mots croisés à partir des inscriptions, ce qui indique qu’il y a une sorte de grammaire.

Plusieurs méthodes ont permis d’établir que le sens d’écriture va de la droite vers la gauche. On observe aussi des signes diacritiques (NDLR : de types accents, cédilles ou trémas qui modifie la prononciation des phonèmes) et des ligatures (NDLR : fusions de deux signes d’une écriture pour en former un nouveau, par exemple « œ » en français). Certains signes sont plus fréquents que d’autres. Par exemple   est placé à la fin d’une chaîne de signes, le plus souvent.


Comment s’y prendre pour déchiffrer ces signes?

Le problème posé par le déchiffrement de cette écriture est l’absence d’écrits bilingues ou trilingues comme la Pierre de Rosette. La clé revient donc à identifier un langage qui aurait pu être parlé à cette époque.
C’est le vrai défi : essayer de cibler certains langages qui étaient parlés en Asie de l’Ouest entre 2000 et 1500 ans avant notre ère.
Il pourrait alors être possible d’appliquer des techniques statistiques, comme l’algorithme de Monte-Carlo Metropolis pour déchiffrer certains mots. L’idée sera d’abord de regarder les statistiques du langage choisi (proportion de certains signes consécutifs), puis de remplacer les signes de l’Indus par les signes de ce langage et de les comparer. Ma prochaine étape est donc de développer un programme informatique efficace, comme évoqué dans l’article Study of the Indus Valley Scripts through Linguistic and Markov Chain Methods.






 

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