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Reportages

Yoshua Bengio, Monsieur intelligence artificielle

Par Maxime Bilodeau - 18/01/2018
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Nous devons plusieurs technologies qui peuplent notre quotidien aux travaux du chercheur montréalais Yoshua Bengio.

Il y a un peu de lui dans le système de commande vocale Siri, développé par Apple. Les multiples outils de recherche, de traduction et de marketing de Google, c’est aussi un peu lui. Cette formidable capacité qu’a Facebook de vous proposer du contenu qui correspond à vos intérêts ? Encore lui. Bien qu’il ne travaille pas à proprement parler pour l’une ou l’autre de ces entreprises – elles aimeraient bien, remarquez–, Yoshua Bengio a contribué, par ses travaux sur l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage profond, à les propulser au rang de géants de la techno.

L’approche du chercheur montréalais de 53 ans est basée sur les réseaux neuronaux artificiels, une architecture informatique inspirée des neurones du cerveau humain. C’est cette technologie d’apprentissage qui a propulsé l’IA dans d’innombrables domaines. « Mes recherches consistent à développer des algorithmes dont les équations mathématiques sont rendues publiques. Les entreprises privées les transforment ensuite en applications concrètes utilisables par tous », explique le professeur titulaire au département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal (UdeM).

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au début du millénaire, Yoshua Bengio était un paria, alors que le projet de développer des machines intelligentes avait été abandonné. « L’IA était quasiment devenue taboue. On considérait que c’était de la science-fiction, qu’on ne pouvait pas réellement révolutionner la société avec quelque chose qui approcherait l’intelligence humaine », se souvient-il. Avec des collègues, il garde – heureusement – la foi, convaincu du réalisme du projet qui renaîtra de ses cendres en 2010. « Ce n’était pas facile : il fallait nager contre le courant et les effets de mode dont la science est parfois victime », reconnaît le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les algorithmes d’apprentissage de l’UdeM.

Sa persévérance face à l’adversité, de même que sa volonté affirmée de faire de Montréal la « Silicon Valley » de l’IA ont valu à la sommité mondiale le prix Marie-Victorin, décerné par le gouvernement du Québec lors d’une cérémonie qui s’est tenue à l’Assemblée nationale en novembre dernier. Le prix, nommé en l’honneur du célèbre botaniste québécois, couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un scientifique de la province ayant travaillé dans un secteur autre que le domaine biomédical. « Le Québec m’a beaucoup donné et a cru en moi; il prend en plus la peine de m’honorer », lance celui qui est arrivé à Montréal  en 1977, à l’âge de 12 ans, avec ses parents d’origine marocaine auparavant établis à Paris.

L’obtention de cette distinction, l’une des plus prestigieuses au Québec – parmi les lauréats passés, on compte notamment Victoria Kaspi et Armand Frappier–, ne signifie cependant pas que l’apport de Yoshua Bengio à la société est sur le point de cesser. Bien au contraire. « Il est essentiel que les chercheurs considèrent l’impact global de leurs travaux. À plus ou moins long terme, l’IA posera des enjeux d’inégalités sociales, éthiques, économiques et démocratiques. Il faut commencer à en discuter et à en débattre dès maintenant », conclut celui qui a récemment participé au Forum sur le développement socialement responsable de l’IA de Montréal.

Photo: Mikaëk Theimer/Alcove

La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec.

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