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Santé

Tocophobie: la peur de l’accouchement, c’est sérieux

18-01-2017

La peur de l’accouchement est certes normale. Mais pour certaines femmes, l’inquiétude est excessive. On parle alors d’une phobie: la tocophobie, qui demeure un phénomène peu connu.

La professeure à la faculté de médecine de l’Université McGill et chercheuse à l’Institut de recherche du CUSM Tuong-Vi Nguyen participe présentement à l’élaboration d’un programme pour aider les femmes qui vivent avec la tocophobie. Nous lui avons posé quelques questions.

Comment définir la tocophobie? 

La tocophobie se distingue par l’intensité extrême de la peur et les conséquences qu’elle implique. La peur est pathologique quand elle interfère avec le fonctionnement normal de la vie quotidienne.

Elle peut être intense au point où la femme se fera avorter, demandera une césarienne élective ou évitera complètement de devenir enceinte malgré son désir d’être mère.

La tocophobie primaire apparaît souvent à l’adolescence et touche une femme n’ayant jamais eu de grossesse ni d’accouchement. La tocophobie secondaire se développe chez une femme ayant déjà accouché, à la suite d’un accouchement pénible ou traumatisant. Elle peut s’accompagner d’un état de stress post-traumatique.

Cette phobie est-elle fréquente? 

Environ 20% des femmes enceintes d’un premier enfant rapportent une peur de l’accouchement de légère à modérée, alors que 6% décrivent une peur extrême ou tocophobique. La prévalence serait en hausse.

Ça touche surtout des femmes enceintes ou des femmes n’étant pas enceintes?

Il y aurait davantage de cas de tocophobie secondaire, donc chez des femmes ayant déjà vécu un ou plusieurs accouchements.

Reste qu’on estime qu’une femme sur 10 qui n’a pas d’enfant aurait évité la grossesse à cause de cette peur intense.

La tocophobie est-elle similaire aux autres phobies?

Oui, dans le sens où elle correspond exactement à la description d’une phobie spécifique.

D’un autre côté, si la plupart des phobies sont habituellement gérées en évitant les déclencheurs, dans le cas de la tocophobie, il n’y a pas d’échappatoire. Si une femme désire être mère, elle devra passer par la grossesse et l’accouchement.

Dans le cas d’une femme qui ne veut pas avoir d’enfant, les facteurs déclenchants sont omniprésents dans la vie quotidienne : côtoyer des femmes enceintes, voir des scènes d’accouchement dans les films ou à la télé, entendre les histoires d’accouchement des amies ou de la famille, vivre dans la terreur de devenir enceinte, etc.

Une phobie étant une peur irrationnelle, les solutions logiques ne s’appliquent pas : l’abstinence, la stérilisation permanente, l’adoption, le recours à une mère porteuse, la césarienne ou la ménopause ne feront pas disparaître la tocophobie.

Quels sont les traitements pour réduire ou surmonter cette phobie?

La thérapie cognitivo-comportementale est celle qui est la plus reconnue et la plus étudiée. D’autres méthodes potentielles: le EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), l’hypnose et l’éducation prénatale.

Les pays scandinaves et certaines villes d’Angleterre, d’Irlande et d’Australie ont mis en place des cliniques multidisciplinaires composées de professionnels de la périnatalité qui sont bien au fait de ce qu’est la tocophobie et peuvent offrir le soutien requis aux femmes tocophobes avant, pendant et après une grossesse.

Vous tentez présentement de mettre en place une thérapie de groupe pour aider ces femmes. Comment cela fonctionne-t-il?

Le département de psychiatrie et le département de psychologie du CUSM explorent ensemble l’idée de suivre conjointement des patientes souffrant de tocophobie, dans le cadre d’un programme qui inclurait une thérapie de groupe avec des composantes cognitivo-comportementales.

Les frais seraient couverts par la RAMQ. Il y aurait 8 à 12 sessions (d’environ 1-2 heures chacune), chaque semaine ou toutes les 2 semaines.

Cependant, il est difficile de recruter des patientes tocophobes, qui évitent souvent les milieux médicaux, par peur et/ou par évitement à la suite d’un accouchement traumatique. Donc, nous sommes encore en phase d’exploration, où nous tentons d’obtenir un estimé du nombre de patientes qui seraient prêtes à suivre une telle thérapie dans un milieu hospitalier.

Parallèlement, nous développons en ce moment un protocole pour examiner les facteurs de risque et de résilience chez les femmes ayant subi un deuil périnatal récent. Plusieurs de ces femmes ont souffert d’accouchement traumatique, avec mort du bébé, et sont donc à haut risque de développer une tocophobie secondaire.

Les personnes intéressées peuvent contacter l’équipe du projet à tocophobie@gmail.com

 

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