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Société

Quand le génie rencontre les arts

26-10-2016

Il y a quelques années, le couloir souterrain reliant les deux pavillons principaux de l’École de technologie supérieure (ÉTS) était plutôt morne. Mais depuis deux ans, aux conduits d’aération et autres tuyaux apparents se sont ajoutés des tubes lumineux qui s’animent au gré de l’achalandage. Les passants peuvent aussi accélérer les flux colorés en soufflant dans un microphone installé au mur. Une toute nouvelle ambiance !

Baptisée Circuit de Bachelard, cette œuvre d’art est le fruit d’une collaboration entre Jean Dubois, artiste et professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM),et Ghyslain Gagnon, professeur au Département de génie électrique de l’ÉTS. Elle était d’ailleurs en lice à la remise des prix de la Media Architecture Biennale 2016 de Sydney, en Australie.

L’étonnant duo est né lorsque le professeur Gagnon a assisté à une présentation de Jean Dubois, à l’ÉTS en 2010, où l’artiste décrivait ses projets de recherche en art. « Ça m’a donné envie de l’aider à pousser sa création plus loin en le dotant de technologies avancées, dit Ghyslain Gagnon qui a déjà songé à faire carrière en musique. Un nouveau champ de recherche s’ouvrait à moi. »

Les spécialités de l’ingénieur – traitement de signal, microélectronique et intelligence artificielle – permettent de réaliser des œuvres interactives des plus originales. Avec Tourmente, par exemple, une œuvre de Dubois qu’on a pu voir notamment au Musée d’art contemporain de Rome, en Italie, et au Aotea Centre d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, le spectateur fait voler les cheveux des personnes sur un écran géant en soufflant dans le micro de son propre cellulaire, après avoir composé un numéro de téléphone affiché.

« Les technologies interactives engagent le public comme jamais auparavant, dit Jean Dubois qui a envisagé des études de physique et de psychologie avant de choisir les arts. Quand les spectateurs participent à l’activation d’une œuvre, ils réalisent implicitement qu’ils ont aussi un rôle à jouer dans la vie publique. Il y a un certain enjeu politique derrière ce type d’art qui peut sembler seulement ludique au premier regard. »

Nouvelle perspective

Les étudiants en génie qui contribuent à ces dispositifs interactifs découvrent, quant à eux, une autre façon de voir leur discipline. « À l’ÉTS, on veut pousser les jeunes à être innovateurs, entrepreneurs, dit Ghyslain Gagnon. Pour trouver des solutions, il leur faut être créatifs. Les mettre en contact avec le processus de création artistique est une bonne façon de les inspirer. »

Il reste que les étudiants sont parfois déconcertés. Quand un système fonctionne, l’ingénieur est satisfait. Mais pour un artiste, ce n’est pas suffisant; c’est l’esthétique ou l’effet qui prime.

Ainsi, lors de l’installation de l’œuvre BrainStorm dans l’ancienne École des beaux-arts, dans le cadre de la Biennale de Montréal de 2011, Jean Dubois et son équipe ont volontairement déréglé l’ajustement des projecteurs pour obtenir des zones floues. Ils ont en outre laissé de côté une partie du mécanisme conçu pour faire rebondir les mots projetés sur les murs quand les faisceaux lumineux touchaient un élément architectural de la pièce. L’étudiant qui avait travaillé à rendre la projection parfaite était pour le moins déboussolé !

« On n’avait pas eu accès à la salle avant l’événement. Or, une fois sur place, on a constaté que ce n’était pas visuellement intéressant, raconte Jean Dubois. Il nous fallait quand même présenter une œuvre réussie. » Et ils y sont arrivés… en ne respectant pas les normes techniques. « Les gens nous demandaient comment on avait pu créer cette technologie de projection inédite ! » se félicite l’artiste.

Leur prochaine œuvre aura pour thème l’intelligence artificielle. Jusqu’où le duo improbable mènera-t-il son public ? À voir !

Hexagram: un laboratoire pour les artistes
Les chercheurs en arts médiatiques comme Jean Dubois, artiste et professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, peuvent bénéficier du réseau international Hexagram. Ce dernier regroupe des chercheurs et des créateurs qui explorent de nouvelles façons d’utiliser les technologies numériques. Hexagram met des espaces et des équipements à la disposition des chercheurs, notamment à l’UQAM.

Cet article fait partie d’un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l’Université du Québec. 

Photo: Donald Robitaille

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