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Professions

Responsable de l’Internet des objets

08-04-2020
Internet des objets

Image : elenabs@depositphoto.com

C’est le matin : à peine as-tu ouvert les yeux que les lumières s’allument, les volets s’écartent, le plancher chauffant s’active. L’odeur du café déjà prêt t’accueille dans la cuisine alors qu’une voix robotisée t’informe de la météo. Ton frigo te propose même un menu adapté au niveau d’activité physique enregistré par ta montre au cours des derniers jours, puis commande du lait pour remplacer le carton fraîchement terminé.

Scénario de science-fiction ? Pas du tout ! Cette demeure intelligente, qui va au-devant de tes besoins, existe grâce au responsable de l’Internet des objets. Ce dernier transforme les objets du quotidien en objets connectés qui, en plus de leur usage traditionnel, amassent et communiquent des données.

Des machines qui se parlent entre elles, c’est utile à domicile, mais aussi dans toutes sortes de domaines : santé, sécurité, commerce, transport, environnement, agriculture… Les applications sont multiples. De la poubelle qui lance une alerte lorsqu’elle est pleine aux capteurs qui surveillent la qualité de l’air, l’Internet des objets automatise des tâches pour nous simplifier la vie !

La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien de l’ADRIQ.

ADRIQ

Entrevue

Racha Slaoui, responsable de l’Internet des objets

À son arrivée sur le marché du travail, Racha a d’abord travaillé trois ans au département des technologies émergentes pour Ericsson, une compagnie spécialisée dans les technologies de l’information. Depuis 2018, elle est à Montréal chez Mnubo, une compagnie Aspen Technology qui vise à accélérer la transformation numérique et améliorer les performances de leurs clients grâce à l’intelligence artificielle et l’Internet des objets.

Quand on parle d’Internet des objets, quels sont ces objets en question ?

Les objets connectés sont partout autour de nous. L’exemple par excellence est bien entendu le téléphone cellulaire, mais ce peut également être une brosse à dents qui nous indique en temps réel si on s’attarde trop longtemps d’un côté de la bouche, un feu de circulation muni de caméra pour s’adapter au trafic, une montre qui évalue nos performances sportives, un casque qui détecte les risques de commotion cérébrale… Il existe tellement d’applications ! De nombreux spécialistes tentent présentement d’utiliser cette technologie pour développer des voitures autonomes.

Quelles sont les tâches du responsable de l’Internet des objets ?

Ça varie beaucoup ! On peut intervenir à différentes étapes du processus. Il y a la création de capteurs et d’outils qui génèrent, collectent et gèrent les données. Ensuite, l’analyse de ces données permet de développer des logiciels ou des applications qui répondent aux besoins du client.

Le mot clé ici est « donnée ». C’est là que réside toute la valeur de l’Internet des objets : ce qu’on fait à partir de l’information amassée.

À quoi servent ces données ?

Dans le domaine commercial, les données peuvent servir à mieux comprendre le comportement des consommateurs : un atout certain pour le développement de produits et le marketing.

En industrie, les enjeux sont différents. Les données sont souvent utilisées pour prévenir les pannes d’équipement, qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les entreprises. Un congélateur défectueux dans une épicerie peut causer des pertes monétaires et matérielles considérables, tandis qu’un pépin dans une usine menace la sécurité des employés en plus d’engendrer de la pollution. Avant même que le bris ne survienne, des capteurs peuvent détecter l’anomalie à la source et sonner l’alerte. L’Internet des objets rend le processus proactif !

En quoi est-il utile d’évoluer dans un univers connecté ?

Entre autres choses, on gagne en efficacité. Les objets qui enregistrent des données existent depuis longtemps, mais autrefois, une personne devait se rendre sur place avec un câble pour extraire les informations, puis les apporter à un ordinateur où elles seraient analysées. Cette façon de procéder est très lente. Autrefois, l’analyse de la qualité de l’eau pouvait prendre beaucoup de temps, ce qui retardait d’autant la diffusion d’avis d’ébullition d’eau à la population en cas de problème. Maintenant, grâce à l’Internet des objets, c’est quasi instantané !

Un objet connecté a également la possibilité de se mettre à jour par lui-même. Plutôt que de jeter l’appareil conventionnel rendu désuet, on investit dans une machine qui pourra évoluer. Il suffit de télécharger les nouvelles fonctionnalités !

Comment les objets parviennent-ils à communiquer entre eux ?

La plupart communiquent par l’entremise du nuage informatique, une sorte de super ordinateur en ligne où on peut emmagasiner des données, mais aussi effectuer des calculs.

De tels gadgets font-ils partie de ton quotidien ?

Je dois avouer que j’éprouve de l’inconfort à l’idée d’un environnement hyper connecté. Quand on travaille dans le domaine de l’Internet des objets, on réalise l’ampleur des renseignements qu’on partage avec toutes ces entreprises… Je trouve le concept un peu intrusif.

On doit faire un compromis entre le confort offert par cette technologie et la quantité d’informations personnelles qu’on est prêt à divulguer.

Est-il possible pour un pirate informatique de prendre le contrôle d’un objet à distance ?

Absolument ! Que ce soit directement dans les capteurs, lors de la transmission ou dans le nuage informatique, les cybercriminels peuvent tenter de pirater les objets connectés. Il est primordial de faire en sorte que ça n’arrive pas, c’est pourquoi la sécurité occupe une si grande place dans le domaine de l’Internet des objets. Si quelqu’un parvient à contrôler une voiture autonome à distance, les impacts pourraient être très graves !

Quelles sont les qualités requises pour exercer ta profession ?

La curiosité intellectuelle ! Chaque projet est unique. Il existe toutes sortes d’objets qui envoient toutes sortes de données, avec des problèmes à résoudre toujours différents. Il faut apprendre comment la machine fonctionne et quels sont les besoins des entreprises. La communication est donc très importante, autant que l’expertise technique, selon moi !

Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressé à ce domaine ?

L’utilisation des données représente un enjeu actuel qui risque d’entraîner des changements majeurs dans notre société. Je trouve ça fascinant de participer à quelque chose d’aussi innovant ! Des emplois seront remplacés par des algorithmes, les véhicules conduiront d’eux-mêmes et la technologie sera plus que jamais nécessaire pour soutenir la population vieillissante. Ces avancées apporteront leur lot de questions éthiques !

Quel genre de défis rencontres-tu dans ton travail ?

Des fois, on se concentre tellement sur les solutions techniques qu’on oublie de penser aux conséquences qu’elles pourraient avoir sur la société. J’aimerais que les ingénieurs et les entrepreneurs tiennent davantage compte des enjeux sociaux dans la prise de décision. Pour exploiter au mieux les données, tous les gens concernés doivent être inclus dans la conversation. Une équipe plus diversifiée permettrait de prendre en considération les défis propres au genre, aux situations de handicap, à l’âge, au parcours, etc.

Une anecdote à partager ?

En consultant les données de consommation énergétique d’un bâtiment, j’ai remarqué que les lumières des toilettes s’allumaient la nuit alors que personne n’était censé s’y trouver. Après vérification, le client a réalisé que les dates concordaient avec une invasion de criquets. Ce sont eux qui déclenchaient les détecteurs et qui généraient de fausses données !

Journée type

Une journée dans la vie de Racha

Racha est chef de produit. Ses journées sont donc consacrées à la conception. Elle effectue un suivi tout au long des étapes de création des produits : comment devraient-ils être conçus, correspondent-ils à l’utilisation que les usagers en font ? Ces discussions impliquent de nombreux acteurs, de l’expert en marketing au développeur.

Avant d’occuper ce poste, les tâches de Racha étaient davantage axées sur la programmation, la collecte et la transformation des données, l’analyse, l’interprétation… Son savoir-faire est autant technique que relationnel !

Études

Sur les bancs d’école 

En 2015, Racha obtient son baccalauréat en génie électrique à l’Université McGill. Presque aussitôt, elle décroche un travail et débute sa carrière en tant que responsable de l’Internet des objets !

Au cégep et à l’université

Plusieurs parcours scolaires peuvent mener à la profession de Racha, notamment la science informatique ainsi que le génie logiciel ou électrique. Toutefois, face à la demande pour cette spécialisation émergente, de nouveaux programmes voient le jour au Québec. Étudiants ou professionnels en quête de perfectionnement, tout le monde y trouve son compte.

Voici quelques formations présentement offertes dans la province :

  • Internet des objets (IoT) et objets connectés – Débutant, Collège de Bois-de-Boulogne ;
  • Introduction à l’Internet des objets et ses applications en entreprise, Communautique ;
  • La sécurité de l’Internet des objets, Académie de la transformation numérique de l’Université Laval ;
  • L’Internet des objets en pratique, Cégep Limoilou ;
  • Internet des objets (IOT) et ses applications, Cégep de Sainte-Foy ;
  • Majeure en informatique, Université Téluq ;
  • Spécialiste en Internet des objets (IdO ou IoT), Collège de Bois-de-Boulogne ;
  • Programmation orientée objet et technologies Web, Collège Rosemont ;
  • Baccalauréat en systèmes informatiques et électroniques, Université du Québec à Montréal ;
  • Programme court de premier cycle en informatique des systèmes intelligents et interactifs, Université du Québec à Montréal.

Et après…

L’Internet des objets est définitivement un métier d’avenir. Déjà aujourd’hui, plusieurs milliards d’objets sont connectés à travers le monde, et ce nombre continue de monter en flèche. La demande est si forte pour cette nouvelle expertise que les étudiants fraîchement diplômés sont recrutés d’emblée. Pas besoin de se casser la tête pour trouver un emploi, c’est le marché qui viendra à toi !

Pour en apprendre davantage sur les métiers et les compétences du futur, visionnez les capsules de l’événement de l’ADRIQ sur Les métiers du futur qui a eu lieu le 23 octobre dernier au Cégep André-Laurendeau. À l’ère de la révolution numérique, cette conférence visait à démystifier les métiers du futur, les nouvelles compétences requises et l’aspect de formation. Des animations éducatives, un panel intergénérationnel et une démonstration d’objet connecté 4.0 étaient au rendez-vous : https://www.adriq.com/les-metiers-du-futur/

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