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Professions

Scientifique de données

24-01-2020
Scientifique de données

Photo : iamnao@depositphoto.com

Reconnaissance faciale, robot humanoïde, voiture entièrement autonome : tant de technologies se pointent à l’horizon et risquent de façonner notre futur très proche. Et pourtant, que sait-on vraiment sur les spécialistes qui sont à l’œuvre derrière celles-ci ? On les appelle « scientifiques de données ». Ils sont déjà très présents dans ton quotidien. Par exemple, ils analysent tes préférences pour que les recommandations de films et de musique qui te sont proposées te plaisent vraiment.

Au carrefour des statistiques et de la programmation, cette nouvelle science permet de transformer les informations numériques en savoirs utiles. Les prédictions du scientifique de données ne se limitent pas aux réseaux sociaux : jeux vidéo, finances, art et environnement sont autant de domaines où il est avantageux de faire parler les données!

La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien de l’ADRIQ.

ADRIQ

Entrevue

Ravy Por, scientifique de données

Depuis l’obtention de son diplôme en mathématiques, Ravy fait carrière en science des données dans le secteur financier.

Son parcours a commencé en actuariat pour se poursuivre à la Banque Nationale, puis à la Société des Casinos du Québec. Elle travaille maintenant au Mouvement Desjardins depuis 4 ans. Elle y occupe le poste de leader en partenariats et rayonnement de l’analytique avancée, une fonction qui l’amène également à explorer l’univers de l’intelligence artificielle.

Qu’est-ce qu’une donnée?

Je considère que tout est une donnée! Enfin, tout ce qui peut être répertorié.

Ce peut être la couleur de mes cheveux, le temps passé sur mon cellulaire, le type de films que je regarde… même une conversation téléphonique contient des données numériques.

En quoi les données sont-elles utiles?

Hors contexte, elles ne veulent pas dire grand-chose, mais avec la science des données, elles permettent de raconter une histoire!

Par exemple, on peut suivre des données de températures pour mieux comprendre les changements climatiques et prédire la suite des évènements. On détermine alors les actions à poser pour sauver la planète.

L’analytique avancée, c’est entre autres d’étudier une situation pour prévoir le futur.

Quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle dans la science des données?

Sachant ce qui va se passer, on peut déterminer ce qui doit être fait. L’intelligence artificielle permet d’automatiser des tâches répétitives associées à cette prise de décision grâce à ce qu’on appelle « l’apprentissage machine » et « l’apprentissage profond ».

Ces programmes informatiques parviennent par exemple à analyser des sentiments associés à des milliers de commentaires envoyés par des utilisateurs plutôt que de devoir les lire un à un.

On observe le même principe avec les plateformes de vidéos en ligne : l’intelligence artificielle  se base sur ton historique de visionnement pour apprendre la manière dont tu consommes l’information et faire ses recommandations. Résultat : on gagne du temps plutôt que de passer des heures à chercher les contenus qui nous intéressent!

Qui peut avoir recours à ton expertise?

Tout le monde! Il y a des données dans tous les domaines : les jeux vidéo, les réseaux sociaux, l’art, la musique, les finances, l’environnement, le développement durable…

Y a-t-il d’autres facettes que les chiffres et les calculs à la science des données?

C’est important d’avoir une bonne base en mathématiques, mais il existe aussi un côté relationnel à la science des données. Lorsqu’on doit expliquer à d’autres secteurs ce que font nos modèles algorithmiques, le volet vulgarisation est très important! Une part de psychologie est également utile pour bien comprendre les tendances qui émergent des comportements des consommateurs.

As-tu un conseil pour quelqu’un qui voudrait exercer ton métier?

Être curieux et aller chercher les informations sur internet. Il faut connaître au minimum un langage de programmation comme Python, R ou SAS. Il existe plusieurs ressources gratuites en ligne pour commencer à apprendre!

Qu’est-ce qui t’a d’abord intéressé à ce domaine?

Ma famille et moi sommes des réfugiés du génocide cambodgien. À l’école primaire, je ne parlais pas français, mais il y a une matière que je comprenais : les maths! Les chiffres, les calculs, c’est universel. La deuxième langue que j’ai apprise, même avant le français, ce sont les mathématiques.

À 13 ans, j’ai décidé que je voulais être mathématicienne. Mais dans quoi? Aucune idée! Les mathématiques, c’est un domaine très large. Même quand j’étais au cégep et à l’université, la profession que j’exerce actuellement n’existait pas encore! J’ai pu en partie modeler mon emploi actuel. Je suis ce qu’on appelle une intrapreneure : j’amène des changements à l’intérieur de l’organisation pour laquelle je travaille.

Quel genre de défis rencontres-tu dans ton travail?

Sachant que la technologie de l’intelligence artificielle progresse très rapidement, c’est un défi de rester à jour!

Un autre obstacle que nous aurons à relever en tant que société concerne la faible proportion de femmes qui œuvrent dans les STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). Même si nous sommes de plus en plus nombreuses, j’ai hâte que ce pourcentage augmente!

Le numérique est un domaine en constante évolution. D’après toi, quelle direction prendra le métier de scientifique de données dans les années à venir?

On va continuer à coder, mais les ordinateurs quantiques vont probablement changer les façons de faire. Certains processus seront automatisés, mais il y aura toujours plus de variables à considérer et encore plus de données à analyser.

Dans le futur, je souhaite que la science des données soit à l’image de notre société. Pour créer des algorithmes inclusifs, une plus grande diversité est nécessaire autour des tables de décision. Ça implique des parcours variés et des manières de penser différentes!

Quelle est ta plus belle réalisation?

Je suis fondatrice de l’organisme « Héros de chez nous », qui vise à démocratiser le succès à travers l’éducation technologique. J’ai rencontré 4000 jeunes au Québec, avec lesquels j’ai réfléchi et discuté. Ces ateliers sur les métiers du futur sont offerts gratuitement dans les quartiers défavorisés. Je viens moi-même d’un milieu modeste et c’est l’éducation qui m’a permis d’en sortir. La programmation est accessible à tous!

As-tu une anecdote surprenante à partager?

Au Web Summit, j’ai rencontré le robot humanoïde Sophia. C’était comme avec une vedette : une heure d’attente pour assister à la conférence de presse!

Je voulais tester ses capacités, je lui ai donc posé une question qui me tenait à cœur : si elle avait un conseil pour éviter de reproduire les biais inconscients dans les algorithmes. Pour réponse, elle a simplement cligné des yeux et hoché la tête. Ça montre les limitations actuelles de l’intelligence artificielle. On a encore du travail à faire avant que les robots ne nous surpassent!

Journée type

Une journée dans la vie de Ravy

Comme bien des gens, Ravy commence sa journée de travail en lisant ses courriels, puis elle s’attaque aux projets en cours. Documentation, recherche internet, travail d’équipe… Sa journée se déroule un peu comme à l’école!

Bien que la programmation occupe une bonne partie de son temps, Ravy prend la peine d’assister à des conférences, mais aussi d’en présenter. Elle donne des ateliers de sensibilisation à l’intelligence artificielle et partage le fruit de son travail afin de démythifier et faire rayonner la science des données. En programmation, on avance peut-être plus vite seul, mais ensemble, on va plus loin!

Études

Sur les bancs d’école…

En 2008, Ravy obtient son baccalauréat en mathématique de l’Université de Montréal. Aussitôt diplômée, elle entre sur le marché du travail sans pour autant cesser de parfaire ses connaissances. Depuis, elle enchaîne programmes, certificats, cours en ligne et formations continues afin d’en apprendre davantage sur divers sujets comme la gestion de projet, la finance, les statistiques ou l’intelligence artificielle.

À l’université :

Depuis les dernières années au Québec, de plus en plus de formations sont offertes en science des données. Après tout, il s’agit d’une discipline émergente!

Plusieurs parcours peuvent cependant mener à la profession de scientifique de données. Comme Ravy, tu peux d’abord étudier en mathématique et suivre des formations complémentaires. Le génie, l’actuariat et l’informatique peuvent également servir de porte d’entrée vers la science des données.

Tu peux bien sûr trouver des ressources en lignes gratuites pour entamer ton apprentissage!

Quelques programmes reliés à la science des données :

  • Baccalauréat en statistique, Concentration en science des données, Université Laval;
  • Baccalauréat en mathématiques et informatique, Concentration science des données, Université de Montréal;
  • Maîtrise en gestion, Science des données et analytique d’affaires, HEC Montréal;
  • Maîtrise en informatique, Intelligence artificielle, Université Laval et Université de Sherbrooke;
  • Doctorat en administration, Science des données, HEC Montréal;
  • Programme court en science des données, Université TÉLUQ;
  • Attestation d’études collégiales, Spécialisation technique en IA au Collège de Bois-de-Boulogne;
  • Diplôme d’études supérieures spécialisées en génie informatique, Option ingénierie et analytique des données, Polytechnique Montréal;
  • Certificat de perfectionnement professionnel en science des données et apprentissage automatique, McGill.

Et après…

Les gens en mesure de comprendre et manipuler les données sont une denrée rare et prisée par les entreprises de tous les milieux. La demande est telle que bien des universitaires sont embauchés avant même d’avoir terminé leurs études. Dire que seulement quelques années auparavant, les scientifiques de données n’existaient pas encore! Si ce domaine t’intéresse, c’est l’occasion idéale pour toi de façonner le métier de tes rêves.

Pour en apprendre davantage sur les métiers et les compétences du futur, visionnez les capsules de l’événement de l’ADRIQ sur Les métiers du futur qui a eu lieu le 23 octobre dernier au Cégep André-Laurendeau.  À l’ère de la révolution numérique, cette conférence visait à démystifier les métiers du futur, les nouvelles compétences requises et l’aspect de formation. Des animations éducatives, un panel intergénérationnel et une démonstration d’objet connecté 4.0 étaient au rendez-vous : https://www.adriq.com/les-metiers-du-futur/

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