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13-08-2020

Dans les communautés inuit, la vision du chien est très différente de celle des allochtones. En saisir toutes les nuances favoriserait la création de politiques publiques mieux adaptées au contexte nordique, selon le chercheur Francis Lévesque.

«Les Inuit respectent leurs chiens pour qui ils sont, pour le travail qu’ils accomplissent et ils les traitent comme des êtres autonomes qui ont des responsabilités.» C’est ce que raconte Francis Lévesque, professeur à l’École d’études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Il a documenté la vision inuit du meilleur ami de l’homme au cours de trois séjours à Iqaluit, capitale du Nunavut, effectués en 2018 et 2019.

Le chercheur a observé, par exemple, que plusieurs Inuit ne flattent pas leurs canidés. «Selon eux, le chien mérite d’être traité dignement et, par conséquent, on doit lui parler et non le flatter, exactement comme on le ferait pour un humain», précise celui qui n’a pas de pitou à la maison !

Les peuples inuit ont recours à certains chiens pour tirer les traîneaux, puis à d’autres pour protéger la famille contre les voleurs ou les ours polaires. Certains sont aussi simplement de fidèles animaux de compagnie.

«On voit beaucoup de chiens en liberté, soit parce qu’ils se sont sauvés, soit parce que les gens les laissent vagabonder, pour faire de l’exercice et socialiser – même si c’est illégal, relate M. Lévesque. Pour certains Inuit, c’est une manière de protester. Il y a tout de même des  agents de police qui ont pour tâche d’attraper ces chiens, mais ces derniers reconnaissent le bruit des véhicules et arrivent à s’enfuir.»

À Iqaluit et à Kuujjuaq, les chiens de traîneau, les qimmiq (chiens inuit canadiens), sont maintenant gardés à l’écart, attachés dans un enclos pour préserver la sécurité publique. La pratique est largement acceptée, mais elle suscite la grogne chez certains.

«Particulièrement lorsqu’il est question d’une mère et de ses petits, précise Francis Lévesque. Un propriétaire de chiens de traîneau à Iqaluit m’a même dit que les chiens ont la responsabilité d’apprendre à vivre en ville et qu’il faut leur permettre d’y arriver.»

Dans les années 1950 et 1960, on avait d’ailleurs justifié l’abattage des chiens à Iqaluit parce que les Inuit refusaient de les attacher. C’était d’ailleurs le sujet de la thèse de doctorat de Francis Lévesque. «À l’époque, les chiens avaient des noms humains et ils étaient presque traités comme tels. C’est pour cette raison aussi que les Inuit ne voulaient pas les attacher et que l’abattage des chiens par la police avait vraiment créé une onde de choc», explique le chercheur.

Mieux comprendre ce qu’est un chien pour les Inuit favoriserait la création de politiques publiques plus adaptées au contexte nordique, croit Francis Lévesque. «Les règlements actuels ont été importés du sud. Il faudrait plutôt que les villes puissent adopter des règlements qui assurent la sécurité des humaines et des chiens, tout en traitant les animaux selon les traditions de la population locale », dit-il.

Francis Lévesque commence maintenant un nouveau projet de recherche dans l’Arctique de l’Ouest, notamment à Cambridge Bay, pour y documenter l’utilisation des chiens. «Contrairement à l’Arctique de l’Est, les chiens d’attelage ne sont plus du tout utilisés en Arctique de l’Ouest», précise-t-il.

Le chercheur et son équipe réaliseront des impressions 3D d’artéfacts liés à la traction canine présentés dans différents musées de la planète pour ensuite les faire circuler dans les communautés inuit. «On veut en discuter avec les aînés, dit-il, pour voir si ces objets font ressurgir certains souvenirs.»

Cet article a été réalisé en partenariat avec l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

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