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Technologie

La COVID-19, occasion en or pour les pirates informatiques

07-07-2020

Photo: pxfuel

L’information est une ressource inestimable, surtout en temps de pandémie. Pour tenter de gagner la course au vaccin, certains sont prêts à tout… y compris à voler des données!

S’il y a une leçon à tirer de la pandémie actuelle, c’est bien que la collaboration est la clé pour vaincre une menace commune. Or, l’esprit d’entraide ne fait pas toujours le poids face à l’appât du gain ou aux vieilles rivalités entre pays.

« Combattre la COVID-19 nous montre qu’on devrait travailler main dans la main, mais la situation actuelle révèle qu’on joue toujours du coude et que la compétition entre pays est bien présente »,  explique Alexis Rapin, de l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand.

Les propos du chercheur réfèrent à une série d’annonces provenant d’un peu partout dans le monde. D’abord en mai, un communiqué américano-britannique dénonçait des tentatives de piratage de données à l’encontre d’organismes de recherche travaillant sur la COVID-19. Peu de temps après, différents pays ont commencé à être pointés du doigt : Chine, Russie, Iran, Vietnam… plusieurs étaient au banc des accusés, bien que les preuves n’étaient pas toujours à l’appui.

« Le pays qui sera le premier à découvrir le vaccin contre le SARS-CoV-2 jouira d’un immense prestige international, poursuit Alexis Rapin. Ce dernier pourra traiter sa population en premier, mais pourra aussi décider lesquels de ses alliés pourront en bénéficier rapidement. Ces choix pourront même être guidés par des possibilités de réponses diplomatiques favorables. »

Internet, ce champ de bataille

Le Canada n’est pas à l’abri de ces luttes invisibles. En mai dernier, le Service canadien de renseignement et de sécurité et le Centre de la sécurité des télécommunications publiaient un communiqué notant un risque accru d’ingérence et d’espionnage de la part d’entités étrangères depuis l’intensification des activités menées par les entreprises et les centres de recherche canadiens dans la lutte contre le nouveau virus.

Une affirmation que corrobore Jean-Philippe Décarie-Mathieu, chef de la cybersécurité chez vygl.ca et Commissionnaires du Québec. La difficulté n’est pas de savoir si un vol de données est survenu ou non, mais plutôt de déterminer qui l’a réalisé, assure-t-il. « En retraçant les intrusions, on peut, par exemple, repérer un programme avec des lignes de code en russe, mais il peut s’agir d’un outil utilisé par des hackers chinois. Il est rarement possible d’affirmer avec certitude que le geste a été posé par un pays précis ou par des hackers qui y sont associés. »

Est-ce que ces enjeux de sécurité pourraient retarder la découverte d’un vaccin? Pour Alexis Rapin, la réponse reste incertaine. « Si les résultats de recherche deviennent de plus en plus difficiles d’accès pour des raisons de sécurité, cela aurait un effet contre-productif. »

Un retard à combler

Lorsqu’on lui demande si le Canada est équipé pour faire face à ces menaces, la réponse de Jean-Philippe Décarie-Mathieu est claire. « On est mieux préparé qu’on ne l’était avant, explique-t-il. Mais malgré un financement important ces dernières années, on conserve des décennies de retard face à des pays comme la Chine ou la Russie.»

Pour le spécialiste, ce retard remonte en partie aux différentes réactions gouvernementales à travers le monde lors de la démocratisation d’Internet il y a presque 30 ans.

« Dans les années 1990, alors que la Russie adoptait une attitude laisser-faire face aux hackers et que la Chine commençait déjà à recruter des talents, les États-Unis ont attaqué de front les communautés de hackers underground et emprisonné plusieurs de ses membres. Cette décapitation du mouvement n’a pas été vue ailleurs, où les hackers évoluaient avec la semi-complicité des États. Cela a favorisé le développement d’expertises que l’Amérique du Nord mettra des décennies à rattraper. »

Il n’y a pas que les grandes compagnies qui sont ciblées en ces temps difficiles. Depuis janvier, plusieurs experts ont remarqué une augmentation des fraudes et des tentatives d’extorsion contre les particuliers. « Durant les mois de mars et avril, on a vu une hausse de 475% des cas de fraudes contre les particuliers, informe Jean-Philippe Décarie-Mathieu. Les gens sont stressés et sont donc plus susceptibles de commettre des erreurs en ligne. Ils cliquent sur un mauvais lien, ou révèlent des informations à un tiers qui l’utilise ensuite pour usurper leur identité.»

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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