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Technologie

L’intelligence artificielle à la rescousse des intervenants en centre jeunesse

07-10-2020

Image: Gerd Altmann/Pixabay

Dans les prochains mois, un avatar incarnant un jeune contrevenant sera utilisé pour former les futurs intervenants en centre jeunesse.

«Est-ce que tu peux te confier à ton père?, demande l’intervenant.
– Ça dépend sur quoi, répond le jeune contrevenant.
– Est-ce que tu consommes de l’alcool?
– Un peu, comme tout le monde.»

Voici un exemple de conversation que pourrait avoir un intervenant en centre jeunesse avec un jeune à risque… virtuel. Il s’agit d’un avatar, ou d’un agent virtuel autonome (AVA), actuellement mis au point par des chercheurs de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, du Centre international de criminologie comparée et du Conseil national de recherche du Canada (CNRC).

Cet avatar sera utilisé dans la formation des futurs intervenants. Il sera intégré dans des simulations d’entrevues et reproduira les réponses d’un jeune contrevenant. En temps normal, ces entretiens permettent d’évaluer les besoins du jeune et les risques qu’il présente. Les décisions qui en découlent détermineront en grande partie la suite de son parcours, le type d’accompagnement qui lui sera offert et les possibilités de récidive.

Une gestion du risque inadéquate peut mettre en jeu la sécurité du jeune et même nuire à sa famille ou à ses victimes. En effet, il suffit d’une question mal formulée pour qu’un jeune se referme comme une huître. «Ce n’est pas évident pour tout le monde d’interroger un adolescent sur sa sexualité, par exemple. L’AVA permet donc à l’intervenant de faire des erreurs et de perfectionner ses techniques d’entrevues», explique Jean-Pierre Guay, professeur de l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Il dirigera ce projet de recherche avec la collaboration des professeurs Anne Crocker et Denis Lafortune, aussi de l’Université de Montréal.

«C’est une façon d’envoyer des étudiants sur le terrain sans mettre les jeunes à risque», explique Catherine Proulx, chercheuse au sein de l’équipe simulation et santé numérique au CNRC et membre de l’équipe de programmation de l’agent virtuel.

Le prototype offre une rétroaction pratiquement immédiate à l’intervenant en formation. Dès que l’entretien est terminé, l’AVA peut suggérer des questions qu’il aurait été pertinent de poser. «Si l’étudiant est allé trop loin ou qu’il a pris une décision un peu trop radicale sur la base d’une information partielle, l’avatar va lui indiquer», affirme M. Guay.

Un avatar collé à la réalité

Afin d’interpréter le langage naturel des humains, l’équipe en ingénierie utilisera des méthodes d’apprentissage profond. Ce type d’intelligence artificielle permet à l’avatar de répondre à plus de 20 000 questions. L’équipe souhaite également que l’agent virtuel puisse incarner une diversité d’individus. «On veut créer plusieurs personnages qui ressemblent à de vrais cas et qui ont différentes problématiques », soutient le chercheur Jean-Pierre Guay. Son équipe a récemment reçu l’approbation du comité d’éthique pour discuter avec des jeunes en centre jeunesse, qui serviront de modèles pour l’avatar.

Afin de rendre l’agent virtuel le plus réaliste possible, Catherine Proulx explique qu’elle s’inspire beaucoup de la technologie derrière les jeux vidéo. Elle a également la possibilité de modifier les caractéristiques physiques de l’agent virtuel telles que le genre et la couleur de la peau. « Ce qui est intéressant, c’est que si on change la couleur de peau de l’avatar et que l’intervenant ne pose pas les mêmes questions, on peut confronter ce dernier [sur ses préjugés] », indique Mme Proulx.

Leur équipe souhaite utiliser l’agent virtuel autonome dans l’enseignement dès janvier. «Ce sera particulièrement intéressant d’exploiter cette technologie pour bonifier nos enseignements», explique Jean-Pierre Guay. Après avoir appris les différentes méthodes d’évaluations, les étudiants seront exposés, chaque semaine, à l’agent virtuel, afin de mettre en pratique leurs connaissances. Désormais, c’est la fiction qui servira à former les futurs professionnels à la réalité du milieu.

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