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Les 10 découvertes de l'année 2011

[2] Mal de dos, mal de cerveau

NEUROPHYSIOLOGIE Université McGill

La douleur lombaire n’affecte pas seulement le dos. Elle abîme aussi le cerveau. Mais on sait maintenant que ces lésions sont réversibles. 

Par Marie-Pier Elie 

Le plus souvent, les médecins n’en trouvent pas la cause. À une époque où les scanners permettent de visualiser les neurones en action, et où on peut décrypter un bagage génétique entier grâce à une toute petite goutte de salive, la médecine reste bien modeste devant ce grand fléau, le mal de dos. «Après le rhume, c’est la raison la plus courante NEUROPHYSIOLOGIE Université McGill


de consultation», souligne Laura Stone. Son laboratoire du Alan Edwards Centre for Research on Pain, à l’Université McGill, est entièrement dédié à l’étude de la douleur. On y trouve même un tapis d’exercice sur lequel de valeureuses souris s’épuisent pour aider les scientifiques à en comprendre la complexe mécanique.

La douleur lombaire chronique est un vrai handicap. Elle empoisonne l’existence, embrouille le jugement, gruge la patience et peut même causer de la dépression et des troubles anxieux. Mais il y a pis. Les patients sont souvent atteints jusque dans leur cerveau: la matière grise s’amincit, parfois au point d’entraîner des troubles cognitifs.

David Seminowicz, un ancien collègue de Laura Stone, croit que la souffrance finit par être tellement envahissante dans la vie des patients qu’elle accroît l’activité cérébrale dans certaines régions. «La douleur chronique pourrait mener à des troubles simplement parce qu’elle distrait constamment la personne, ou encore parce que celle-ci craint de futurs épisodes douloureux», explique le neuroscientifique, qui poursuit maintenant ses recherches à l’université du Maryland. Il a déjà noté un accroissement de l’activité de certains réseaux neuronaux lorsqu’on administre un petit choc électrique à des volontaires en train d’exécuter une tâche cognitive simple. «Il semble que la douleur agisse comme une charge cognitive additionnelle», ajoute-t-il. Et cette dernière serait à l’origine des modifications cérébrales.

Il y a cependant une bonne nouvelle. «Nous espérions au mieux pouvoir ralentir la progression de ces modifications cérébrales en traitant la douleur, explique Laura Stone, mais nous nous sommes aperçus que le traitement mène à une récupération complète!»

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont recruté 18 patients souf­frant de douleurs chroniques lombaires qui avaient subi une chirurgie ou avaient reçu des injections pour les soulager. Leur cerveau a été scanné avant les interventions, de même que six mois plus tard. À leur grande surprise, Laura Stone et David Seminowicz ont, grâce à l’imagerie par résonance magnétique, constaté une augmentation de l’épaisseur du cortex et un retour à la normale de l’activité cérébrale. «On a encore tendance à penser que le cerveau cesse de se développer à l’âge adulte, mais les neuros­ciences infirment cette croyance», soutient David Seminowicz.

Les travaux des deux scientifiques ont d’autant plus d’importance que la douleur chronique rime souvent avec dépression. «Avoir aussi mal bouleverse la vie sociale, les relations, les activités. Mais nous constatons qu’en traitant la douleur, tout s’améliore», dit Laura Stone. Alors, peut-on faire l’inverse et traiter la dépression afin d’alléger la douleur? Elle soupçonne que oui.

Dans leur langue maternelle, Laura Stone et David Seminowicz pourraient résumer leur découverte ainsi: heal the pain, heal the brain (traiter la douleur, soigner le cerveau). Peut-on espérer un jour soigner les maux de dos en intervenant directement dans le cerveau? Avant d’en arriver là, Laura Stone devra sonder la matière grise beaucoup plus profondément. «Je veux comprendre tout ce qui se passe là-dedans», dit-elle en désignant de longs fils rouges entrelacés sur l’écran de son ordinateur («des fibres nerveuses expansionnistes») qui envahissent les disques inter­ver­tébraux, puis un autre amas de fibres violettes, parsemées de petits points bleus, («un neuropeptide qu’on appelle “substance P”, associé à la douleur»). En observant l’encéphale en plan très rapproché, et en plongeant dans la mystérieuse mécanique de la communication neuro­nale, elle espère trouver les clés «qui permettront enfin de sensibiliser les gens à la douleur en tant que maladie à part entière, et non seulement en tant que symptôme».

Ont aussi participé à l’étude: Lina Naso, Timothy H. Wideman,  Zeinab Hatami-Khoroushahi, Summaya Fallatah, Mark A. Ware, Peter Jarzem, Catherine Bushnell,  Yoram Shir et Jean A. Ouellet.

Illustration: Anthony Tremmaglia





Les 10 découvertes de l'année 2011

Découvertes de l’année 2011
07/12/2011 -
BIOPHYSIQUE - Université Laval
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07/12/2011 - Un nouvel outil, issu du mariage entre la physique et la neurobiologie, permet d’illuminer les cellules du cerveau, de les analyser et même de les contrôler! Le tout au service d’une nouvelle science, l’optogénétique.
GÉNÉTIQUE Université de Montréal
[3] Tous des mutants
07/12/2011 - Chaque personne possède quelques gènes qui diffèrent un peu de ceux portés par son père ou sa mère. Ces gènes ont muté, contribuant à faire évoluer l’espèce. Le rythme de mutation de l’ADN humain est toutefois plus lent qu’on croyait.
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[4] L’arme secrète des bactéries
07/12/2011 - Comment les bactéries se défendent-elles contre les virus? Des chercheurs ont percé une partie du mystère. Cette découverte pourrait aider à contrer la résistance aux antibiotiques et à fabriquer de meilleurs fromages!
FORESTERIE Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
[5] Collaboration souterraine
07/12/2011 - Certains feuillus et conifères soudent leurs racines pour partager les ressources du sol. L’un disparaît? L’autre dépérit! Une découverte qui pourrait changer les pratiques forestières.
GÉNIE DES MATÉRIAUX Université McGill
[6] Visser dans le mille
07/12/2011 - Les plaques et vis de métal utilisées pour réparer les fractures des os pourraient bientôt être dépassées.
ÉCOTOXICOLOGIE Université de Montréal
[7] Du poison pour l’intelligence
07/12/2011 - L’exposition aux pesticides durant la grossesse nuit au développement intellectuel des enfants. Les femmes enceintes devraient-elles manger bio?
OCÉANOGRAPHIE Université McGill
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07/12/2011 - Les eaux du fond de l’estuaire du Saint-Laurent s’acidifient plus vite que les océans. La faune marine encaisse déjà le coup.
MÉDECINE Université McGill
[9] Dépister l’alzheimer
07/12/2011 - Nous disposerons peut-être bientôt d’un test simple et peu coûteux pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer qui touche 500 000 Canadiens.
NANOMÉDECINE École polytechnique Montréal
[10] Des médicaments téléguidés
07/12/2011 - Des chercheurs ont réussi à diriger de minuscules billes médicamenteuses jusqu’au centre d’une tumeur en passant par le circuit sanguin. Une invention qui devrait un jour faciliter le traitement de plusieurs cancers.