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Anthropocène

Climat: des gestes simples pour un problème complexe

28-03-2019

Photo: Unsplah

Êtes-vous dépassé par l’ampleur et la complexité du défi écologique? Vous n’êtes pas seuls.

Sur une échelle d’empreinte écologique de 1 à 10 − 1 étant une très faible empreinte −, j’aime penser que je me situe entre 5 et 6.

Ma famille et moi (un trio) mangeons peu de viande, compostons, possédons un véhicule hybride que nous troquons fréquemment pour un mode de transport actif ou collectif, consommons peu et voyageons très peu en avion.

Malgré ces efforts et l’engouement que suscitent les appels à l’action environnementale tels que le Pacte pour la transition, il m’arrive d’être dépassé par l’ampleur et la complexité du défi écologique. Pas étonnant, me direz-vous, puisque nous vivons dans un monde qui ne cesse de se complexifier, au point où plus personne n’en saisit les tenants et aboutissants, comme l’analyse l’historien et auteur Yuval Noah Harari.

À preuve, la crise climatique – l’un des plus grands, sinon le plus grand défi du 21e siècle − étend ses tentacules dans des sphères aussi variées qu’interreliées: production alimentaire, maintien des écosystèmes naturels, santé, économie, justice sociale, sécurité, géopolitique… La liste est longue.

Faut-il alors s’étonner qu’il soit si difficile de mettre en œuvre des solutions à la taille du défi ?

Pourtant, on nous ressasse depuis des années les pistes d’action individuelles et collectives qui semblent à portée de la main pour atténuer le dérèglement climatique et s’y adapter. Comment se fait-il que nos bottines semblent alors à des années-lumière de nos proverbiales babines ?

La situation est si grave que plusieurs en sont venus à dire, à l’instar de Nicolas Hulot, ancien ministre français de la Transition écologique, que l’heure des petits pas est révolue, qu’il faut un véritable changement de paradigme afin de renverser la vapeur.

Que se cache-t-il derrière ce blocus operandi climatique ? Derrière cette incapacité à faire de ce sujet un enjeu prioritaire, pour citer M. Hulot ?

J’en ai discuté avec Anne-Sophie Gousse-Lessard, docteure en psychologie sociale et environnementale et professeure associée à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Elle explique que l’action climatique est inéluctablement liée aux changements de comportements profonds et durables. Rien d’étonnant ici. Là où le bât blesse, c’est que le processus menant auxdits changements est complexe et passe par différentes étapes hiérarchiques : savoir (être conscient de l’enjeu), comprendre (en quoi c’est important pour soi), vouloir (chercher des solutions au problème) et agir (mettre en œuvre les bonnes intentions). Fait non négligeable : entre l’intention d’agir et l’action se trouve habituellement un gouffre énorme, qui s’accompagne de plusieurs barrières psychologiques, comme de nous comparer à d’autres qui sont plus « verts » que nous ou de subir la pression sociale qui nous demande d’agir sur la question climatique sans que nous sachions exactement comment nous y prendre.

Pire, si votre compréhension de l’enjeu climatique est grevée par les discours ambiants catastrophistes, vous en viendrez à penser que vous n’aurez aucune emprise sur la situation. Par exemple, si vous estimez que votre empreinte écologique se situe à 8 sur une échelle de 10 et que je ne cesse de vous dire que nous sommes en plein effondrement écologique (aussi vrai cela soit-il), il est à parier que votre aiguille se déplacera vers 9 plutôt que 7 ! Puisque nous allons droit dans le mur, autant renoncer…

S’il est difficile pour quiconque, moi le premier, d’offrir un fil d’Ariane qui nous guiderait dans le labyrinthe climatique, y a-t-il néanmoins quelques pistes d’action à la hauteur du défi ?

Permettez-moi d’y aller de deux réflexions.

Sur le plan scientifique, on assiste à l’émergence de programmes de recherche qui transcendent les disciplines, favorisent les solutions innovantes axées sur la science, le politique et les acteurs professionnels. Au Québec, une telle approche est mise de l’avant par des regroupements tels que le Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable. À l’étranger, des organisations comme Future Earth jouent ce rôle. Cette plateforme, lancée en 2012, se veut un outil de coordination et de diffusion de la recherche sur les changements environnementaux planétaires et d’aide à la décision.

Personne n’est dupe, les petits gestes individuels ne suffiront pas à faire bouger notre aiguille collective d’empreinte écologique de manière substantielle. L’indispensable changement de paradigme global passera par notre aptitude à renouer avec ce qui a fait le succès de notre espèce : la coopération. Or, celle-ci s’exprime —-dans nos milieux de vie immédiats. C’est au sein de nos communautés, de nos quartiers, de nos écoles que nous nous donnerons les moyens tangibles d’agir, en décuplant les modèles de transition écologique transformateurs, inspirants, accessibles, réalisables et reproductibles. De tels modèles existent et se multiplient. Il faut les généraliser. Ainsi, le projet Celsius, mis en œuvre dans des ruelles de l’arrondissement de Rosemont−La Petite-Patrie, alimentera les résidences aux alentours en énergie renouvelable (géothermie).

Je vous propose donc quelques devoirs : lisez le livre Demain le Québec, qui offre des modèles de transition écologique locaux; furetez sur le site Web Seeds of a Good Anthropocene, qui propose de tels modèles à l’échelle internationale ; élargissez vos horizons en découvrant le concept de la décroissance conviviale, qui a fait l’objet d’une conférence au Forum social mondial en 2016. Vous m’en donnerez des nouvelles  !

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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