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Anthropocène

Les enjeux climatiques à l’école: il reste beaucoup à faire

27-08-2020

Image: Shutterstock

L’enseignement des changements climatiques se révèle très variable d’une province canadienne à l’autre. Comment peut-on améliorer les choses?

La reprise des classes cet automne se fera sans doute dans une ambiance de fébrilité, d’angoisse et de renouveau. La pandémie dominera peut-être les conversations de couloir, mais bien vite le français et les mathématiques reprendront leurs droits. Il y aura bien quelques notions liées aux changements climatiques, mais leur enseignement se révèle très variable d’une province canadienne à l’autre. C’est ce qu’a montré une étude signée par un duo de chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université de Lund, en Suède, parue dans la revue savante PLOS ONE en 2019. Qui sont les champions de cet apprentissage au pays ? Je vous le donne en mille : la Saskatchewan !

Les chercheurs ont analysé les curriculums d’enseignement secondaire de chaque province en matière de changements climatiques à partir de six critères : les connaissances de base sur le climat ; les observations quant aux augmentations des températures globales ; les causes anthropogéniques du réchauffement ; le consensus scientifique ; les effets négatifs liés au réchauffement planétaire ; et les solutions permettant d’éviter le pire. Les résultats obtenus sont des plus intéressants, voire surprenants. Tout d’abord, les écoles secondaires de l’ensemble des provinces du pays mettent surtout l’accent sur les trois premiers critères, en s’arrêtant peu aux autres, particulièrement aux solutions. La Saskatchewan aborde l’ensemble des six critères, alors que l’Ontario en aborde cinq de manière complète. Et le Québec ? Il arrive au quatrième rang, après Terre-Neuve-et-Labrador. Le programme québécois couvre cinq des six critères d’analyse, mais à divers degrés.

Cette carte montre le bilan de l’enseignement des changements climatiques dans les programmes scolaires à partir de 2018 à travers les provinces canadiennes.
Les couleurs unies indiquent qu’un sujet d’enseignement de base est couvert dans un cours obligatoire du programme. Un score de 2 indique qu’un sujet est couvert dans un cours non obligatoire, un score de 1 montre qu’il est couvert dans un cours optionnel, et un score de 0 indique qu’il n’est pas couvert. Image: Emma Li Johansson

Il peut paraître contre-intuitif que la Saskatchewan fasse figure de bonne élève compte tenu de son économie pétrolière et de son penchant politique conservateur. Mais à la suite d’entrevues réalisées auprès des responsables des programmes d’enseignement sur les changements climatiques, les chercheurs ont montré que les programmes ne sont pas influencés par les pressions politiques. Pour preuve, l’Alberta, autre province pétrolière, occupe un meilleur rang que la Colombie-Britannique, province pourtant progressiste en matière d’environnement.

En fait, le principal déterminant de la qualité de l’enseignement des sciences climatiques au secondaire serait l’âge des programmes scolaires, les plus anciens se trouvant au Manitoba (2001) et au Nouveau-Brunswick (2002) − provinces au bas du classement de l’étude. Le curriculum du Manitoba encourage même le débat sur la question climatique, en plus de diriger les élèves vers l’organisation Friends of Science, pourtant reconnue pour ses positions climatosceptiques ! Mais au-delà de la compétition entre les provinces, la priorité ne devrait-elle pas être d’offrir, à l’échelle nationale, un enseignement des changements climatiques fondé sur des sources scientifiques solides ? Et s’il doit y avoir quelque débat que ce soit, celui-ci ne devrait-il pas porter sur les meilleures pistes de solution pour endiguer la crise ?

Aux États-Unis, la National Oceanic and Atmospheric Administration a conçu un coffre à outils pour les enseignants désireux que leurs élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires face aux enjeux climatiques. Environnement Canada s’est penché sur un outil légèrement similaire par le passé, traitant des sciences atmosphériques sans nécessairement être voué à la question du réchauffement planétaire. Malheureusement, le tout se trouve aujourd’hui sur une page Web vétuste et… archivée.

Concevoir de tels outils ne garantit toutefois pas leur adoption par les écoles. Déjà, bien des matières peinent à s’imposer dans un programme scolaire où les mathématiques et le français se taillent la part du lion. Dans un reportage publié dans ces pages en septembre 2019, le journaliste Joël Leblanc faisait état des difficultés liées à l’enseignement des sciences, notamment au secondaire, où les enseignants ont un corpus de connaissances considérable à maîtriser. Alors qu’à mon époque (cela ne me rajeunit pas !) on suivait des cours d’écologie, de biologie, de physique et de chimie, les élèves d’aujourd’hui touchent à toutes ces disciplines sous le chapeau du cours général de science et technologie. Dans le lot, on traite aussi de notions relatives aux changements climatiques (ce dont je n’ai pas bénéficié à l’adolescence ; on parlait plutôt de pluies acides).

Mais comment s’assurer que la question climatique tire son épingle de ce jeu pédagogique déjà très rempli ? Son intégration à l’ensemble des matières serait-elle une solution viable ? C’est le pari qu’a fait l’Italie. À partir de la rentrée 2020, ses écoliers passeront une heure par semaine à en apprendre davantage sur les changements climatiques et l’environnement. Dans un deuxième temps, toutes les disciplines scolaires devront aborder le sujet d’une façon ou d’une autre. Devrait-on s’en inspirer ? Difficile pour moi de prétendre avoir une solution toute faite face à une situation complexe et à une charge d’enseignement déjà lourde. Il me semble toutefois évident qu’il sera difficile d’évacuer cette réflexion profonde compte tenu de l’étendue des effets des changements climatiques sur l’ensemble des sphères de notre société. Si l’on ne s’y attaque pas, il ne faudrait pas s’étonner que ce soit les élèves eux-mêmes qui nous poussent à faire mieux !

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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