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Anthropocène

Êtes-vous «écoanxieux»?

16-05-2019

Photo: Pixabay

Difficile de ne pas être angoissé devant l’avalanche de nouvelles sur les problèmes environnementaux et les dérèglements climatiques, ce qui ne fait qu’accentuer notre sentiment d’impuissance.

Depuis quelque temps, l’« écoanxiété » est sur bien des lèvres. Il s’agit d’une forme d’angoisse liée à l’ampleur que prennent les problèmes environnementaux et les dérèglements climatiques. Peut-être n’êtes-vous pas épargné non plus ? Difficile de l’être, alors que nous sommes exposés à des nouvelles de plus en plus troublantes sur le sujet, ce qui ne fait qu’accentuer notre sentiment d’impuissance.

Sans surprise, les chercheurs qui baignent dans les données climatiques seraient eux aussi aux prises avec l’écoanxiété, quoiqu’une telle manifestation chez ces scientifiques demeure à être corroborée de manière empirique et non anecdotique.

Mais sous ce diagnostic à la mode se dessine un phénomène plus large et bien réel : celui du lien entre santé mentale et changements climatiques.

Historiquement, les effets de l’environnement sur la santé ont été abordés sous l’angle de la santé physique. Par exemple, la qualité de l’air et de l’eau a été associée aux affections respiratoires, aux maladies infectieuses, à celle des aliments, etc. Cependant, très peu d’entre nous font instinctivement le lien entre climat et santé mentale.

Les émotions négatives, la peur, l’anxiété, le stress, le stress post-traumatique et la dépression sont pourtant tous des symptômes ou des troubles psychologiques de plus en plus liés aux répercussions du réchauffement climatique, bien que les données sur le sujet soient limitées. Pour combler cette lacune, la bible des rapports scientifiques sur l’association entre la santé et le climat, le rapport de la revue The Lancet, publié annuellement, tâchera dorénavant d’incorporer des indicateurs permettant de mieux cerner les conséquences des changements climatiques sur la santé mentale.

Alors, qui sont les personnes les plus à risque de souffrir d’écoanxiété ?

D’abord, permettez-moi de distinguer deux types d’angoisse (bien que non mutuellement exclusives) : celle liée à ce que nous réserve notre avenir climatique et celle directement suscitée par les épisodes météorologiques extrêmes.

Dans le premier cas, les gens sont bien au fait des enjeux « anthropocéniques », particulièrement les jeunes générations, qui voient leur futur d’un œil sombre. Dans le deuxième, les personnes ont été victimes de grandes inondations, d’ouragans, de chaleurs étouffantes et d’incendies ravageurs. Cette catégorie comprend aussi les agriculteurs, dont les moyens de subsistance dépendent des conditions environnementales, les communautés autochtones, qui ont un rapport étroit avec un environnement en pleine mutation et dont le mode de vie traditionnel est chamboulé, et les communautés côtières, qui subissent les effets de l’érosion des berges sur des infrastructures vitales.

De surcroît, les franges démographiques moins nanties et les groupes généralement marginalisés sont plus susceptibles de souffrir d’écoanxiété : les individus issus de l’immigration, les enfants, les aînés, les femmes, les personnes à faible statut socioéconomique. Pourquoi ? Parce que les aléas climatiques les touchent de manière disproportionnée en augmentant leur exposition à ces évènements imprévisibles, de même que leur vulnérabilité aux dommages causés, en plus de diminuer leur capacité à rebondir à la suite de ces pertes, pour paraphraser le World Economic and Social Survey de 2016.

Maintenant, que faire avec cette énième patate chaude climatique ?

Les initiatives environnementales citoyennes qui se multiplient, ou encore le rassemblement de centaines de milliers de jeunes dans les rues du Québec et des villes du monde entier le 15 mars dernier, pourraient contribuer à désamorcer le sentiment d’impuissance associé à l’écoanxiété. Cependant, je conviens que ce type d’engagement n’est ni une panacée ni à la portée de tous.

Dans un spectre plus large, une partie de la solution réside dans la formation et la sensibilisation des professionnels de la santé aux effets du climat sur la santé mentale. Pour que cela se matérialise, le politique devra immanquablement s’en mêler en améliorant l’accès aux soins et le financement de la recherche en matière de santé mentale, tout en s’assurant que les mesures d’adaptation aux changements climatiques intègrent le maintien et la résilience des structures de santé publique.

Mais la véritable nécessité demeure de crever l’abcès des inégalités sociales pour ne pas envoyer au front du combat climatique une portion de la population déjà vulnérable.

Car les groupes marginalisés étant les plus à risque de vivre des problèmes de santé mentale liés aux dérèglements climatiques sont ceux-là mêmes qui « perdent au change » des inégalités sociales. Faut-il alors s’étonner qu’enjeux climatiques et justice sociale fassent désormais partie d’un seul et même discours ?

Pour réduire un tant soit peu chez les populations vulnérables la charge mentale climatique, il nous faudra renforcer nos filets de sécurité sociale, notamment par une meilleure scolarisation, des politiques familiales et de santé accessibles, ainsi que des services publics soutenus par une fiscalité juste, équitable et adéquate. Au final, quel que soit le type d’anxiété climatique auquel nous serons confrontés, tout le monde y gagnera !

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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