Publicité
Anthropocène

Greta, Sara et toi

22-08-2019

Greta Thunberg au Parlement européen en avril 2019. Photo: Wikimedia Commons

L’une s’appelle Greta Thunberg, l’autre Sara Montpetit. Dignes représentantes de la génération Z, elles ne se gênent pas pour exposer le décalage qui existe entre leurs opinions sur les enjeux environnementaux et celles de leurs parents et grands-parents. Cet écart générationnel est-il réel?

Le mouvement Fridays for Future, lancé par Greta Thunberg en Suède en août 2018 et qui a donné naissance à Pour le Futur Montréal, coorganisé par Sara Montpetit, encourage les jeunes à manquer l’école tous les vendredis pour manifester et inciter les dirigeants politiques à agir vigoureusement et concrètement face au dérèglement climatique. L’initiative a essaimé partout sur la planète.

Dignes représentants de la génération Z, Greta, Sara et leurs camarades ne se gênent pas pour exposer le décalage qui existe entre leurs opinions sur les enjeux environnementaux et celles de leurs parents et grands-parents. Cet écart générationnel est-il réel ? Y a-t-il bel et bien un fossé de perception entre jeunes et « vieux » ?

Si l’on se fie à une étude réalisée pour le compte de la Banque européenne d’investissement, tout n’est pas noir ou blanc. En France, comme en Espagne, en Italie et en Suède, les millénariaux (les personnes de la génération Y) semblent plus sensibles que les baby-boumeurs aux changements climatiques. C’est à peu près le même tableau aux États-Unis. En revanche, l’Allemagne et la Pologne sont à contre-courant, puisque c’est ma génération, la X, qui semble plus préoccupée par le sujet que les millénariaux.

Au Québec, quelques sondages récents placent l’enjeu climatique et la protection de l’environnement comme des priorités, toutes générations confondues. Bien que ces questions préoccupent particulièrement la génération Y, il est presque surprenant de constater que les groupes environnementaux semblent être davantage au diapason des baby-boumeurs ! En effet, ces derniers prêtent volontiers l’oreille à des thèmes chers aux groupes écologiques comme l’électrification des transports et la consommation responsable.

Bref, le clivage intergénérationnel semble réel, mais il est loin d’être uniforme. Rappelons par ailleurs qu’il s’agit là d’échantillons issus de sondages et pas de données scientifiques solides.

Quoi qu’il en soit, est-ce que la « jeunesse montante » que nous avons vu défiler dans les rues du Québec et de dizaines de pays peut réellement corriger notre trajectoire climatique collective ? Du moins, peut-elle changer notre perception de l’enjeu? Possiblement.

Dans une étude menée sur deux ans auprès de 238 familles, un groupe de chercheuses de l’Université d’État de Caroline du Nord a précisément voulu déterminer si des jeunes de 10 à 14 ans étaient en mesure de modifier la perspective climatique de leurs parents par ce que les chercheuses appellent l’«apprentissage intergénérationnel». Parmi ces jeunes, certains suivaient un programme d’études axé sur les changements climatiques. Selon les résultats publiés en juin dernier dans la revue Nature Climate Change, les élèves de ce programme se sentaient plus concernés par la question du réchauffement planétaire que leurs comparses issus du groupe témoin.

Plus encore, les jeunes qui avaient participé à ce programme particulier ont été en mesure de changer significativement l’opinion de leurs parents quant à la réalité climatique, changement de perception qui fut plus prononcé chez les parents dits « conser- vateurs », et encore plus chez les pères que chez les mères. Enfin, les jeunes filles du programme étaient plus convaincantes pour influencer leurs parents que les garçons.

Le pouvoir de mobilisation de Greta Thunberg et de Sara Montpetit est peut-être la manifestation la plus probante de ces résultats empiriques, alors que ces jeunes filles ne laissent pas indifférents les leaders d’ici et d’ailleurs.

On a souvent tendance à grossir le trait quand on parle des générations. Mais aucune ne forme un tout homogène. Je suis d’une génération qui, selon certains, ne se laisse pas émouvoir facilement par le sort de la planète. Pourtant, nous sommes plusieurs X à saluer les convictions, les prises de parole et l’audace des plus jeunes − tout comme des centaines de scientifiques de renom d’ailleurs (ici et ), qui ont apporté leur soutien au mouvement des grèves scolaires.

Le dérèglement climatique qui vous inquiète et vous unit, vous les Z et les Y, et qui a braqué les projecteurs sur les Greta et Sara de ce monde, est indéniable. Maintenant, le défi consiste à ne pas lâcher prise afin que votre voix puisse trouver un écho auprès de ma génération et celle de mes parents quant à la nécessité d’agir de manière ambitieuse face à l’enjeu le plus important de notre époque. Car les pancartes que vous brandissez ne le résument que trop bien : cet avenir, si incertain, vous appartient ainsi qu’aux générations qui vous suivront.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

Publicité

À lire aussi

Anthropocène

La paille qui cache la forêt?

...
Anthropocène

Climat: des gestes simples pour un problème complexe

Êtes-vous dépassé par l'ampleur et la complexité du défi écologique? Vous n'êtes pas seuls.
Anthropocène

La biodiversité dans l’ombre du climat

Le Forum économique mondial classe la perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes terrestres parmi les 10 risques ayant les répercussions globales les plus importantes. Mais l'enjeu est-il vraiment sur nos radars?