Publicité
Anthropocène

Quand la techno va, tout va…?

27-06-2019

Image: Alexas_Fotos/Pixabay

Arme à double tranchant, le jumelage technologie et environnement nous plonge dans un profond paradoxe.

Si l’on s’arrête aux répercussions environnementales des dernières décennies, le bilan est plutôt médiocre. L’utilisation massive des énergies fossiles a certes joué un rôle prépondérant dans l’évolution de l’humanité, mais à un coût exorbitant. Passons ici sur les flops qu’ont été les biocarburants de première génération, le recours massif aux pesticides, aux BPC ou aux CFC ou encore l’obsolescence programmée.

Pourtant, il existe de nouvelles technologies grâce auxquelles il est possible de produire de l’énergie de manière renouvelable et peu polluante. De surcroît, notre réalité environnementale actuelle nous permet difficilement de détourner le regard de ces avancées si nous voulons atténuer la crise climatique.

Dans l’espoir de limiter l’élévation de la température globale à 1,5 °C, suivant l’accord de Paris, il faudrait éliminer de 100 à 1 000 gigatonnes de CO2 de l’atmosphère au cours de ce siècle. Au Canada seulement, les émissions étaient de 716 mégatonnes de CO2 en 2017, alors que l’objectif de réduction est fixé à 513 mégatonnes de CO2 d’ici 2030. Une tendance malheureusement similaire parmi les grandes nations émettrices.

Voilà pourquoi le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) flirte avec une approche qui inquiète certains climatologues, car ceux-ci y voient un pari hautement risqué: la géo-ingénierie. Cette méthode comprend plusieurs techniques qui visent à réduire le réchauffement planétaire par l’élimination du CO2 de l’air ou la limitation de la quantité de rayons solaires atteignant la surface de la planète.

On propose ainsi de fertiliser des océans afin d’en augmenter le potentiel de stockage du carbone par une croissance accrue du phytoplancton ou encore de créer des « parasols » qui seraient déployés dans la stratosphère pour refléter la lumière du soleil dans l’espace et ainsi refroidir l’atmosphère terrestre. D’autres s’appuient sur l’afforestation (plantation d’arbres dans des lieux n’ayant jamais été boisés) ou sur la captation de CO2 directement à partir de l’air, à l’instar de ce que suggère l’entreprise canadienne Carbone Engineering.

L’ennui, c’est que certaines de ces technologies sont peu ou pas éprouvées ou très coûteuses, laissant place à une grande incertitude quant à leur contribution réelle et opportune, sans compter leurs effets potentiellement pervers sur les écosystèmes naturels.

L’IA à la rescousse ?

Mais voilà que viennent s’ajouter des éléments impossibles à ignorer, soit l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage profond. Voitures autonomes, ville intelligente, agriculture de précision : tout cela pourrait permettre de créer un avenir « durable » selon certains… dans la mesure où nous nous y prenons bien et que nous avons appris des erreurs des révolutions industrielles passées. Rassurant ou foi aveugle ?

Au-delà des écueils fréquemment évoqués entourant l’IA, dont l’aspect éthique, peu semblent se pencher sur les implications écologiques de cette nouvelle venue dans l’équation. Le Forum économique mondial l’a illustré de façon douloureusement claire dans un récent rapport traitant de six grands risques que présente l’IA pour la planète. L’incidence sur l’environnement y est principalement mentionnée sous l’angle du « risque économique » : les auteurs estiment qu’une productivité accrue grâce à l’IA et à l’automatisation pourrait contribuer à l’augmentation de l’utilisation des ressources, du gaspillage et de la demande en énergie.

Les solutions soumises aux gouvernements ? Être proactifs et se doter de structures de gouvernance nationales et internationales sophistiquées et adéquates. Vraiment? Trente ans après la création du GIEC et l’état accablant de notre biosphère? Vous me pardonnerez mon incrédulité…

D’autres avis

Pour certains, comme le philosophe Steven Pinker, les développements technologiques étant inéluctables et contribuant à notre prospérité, il serait inconcevable de ne pas en tirer profit afin de résoudre nos problèmes écologiques et sociétaux les plus criants.

Pour d’autres, tel que le chroniqueur environnemental George Monbiot, bien que les changements technologiques soient nécessaires, notre futur climatique doit d’abord reposer sur les efforts de restauration des milieux naturels, tout en remettant en question les fondements mêmes de notre système économique global − dont dépendent grandement les avancées technologiques.

Bien humblement, s’il m’apparaît évident que les innovations contribuent, pour la plupart, à de nombreux bienfaits et peuvent difficilement être ralenties, il me semble qu’un peu de modestie, de recul, de discernement et de prévoyance seraient de mise devant l’application tous azimuts de technologies qui, au mieux, pourraient nous épargner moult maux de tête climatiques et environnementaux et, au pire, faire de nous de véritables apprentis sorciers des temps modernes !

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

Publicité

À lire aussi

Anthropocène

Greta, Sara et toi

L’une s’appelle Greta Thunberg, l’autre Sara Montpetit. Dignes représentantes de la génération Z, elles ne se gênent pas pour exposer le...
Anthropocène

Climat: des gestes simples pour un problème complexe

Êtes-vous dépassé par l'ampleur et la complexité du défi écologique? Vous n'êtes pas seuls.
Anthropocène

Êtes-vous «écoanxieux»?

Difficile de ne pas être angoissé devant l'avalanche de nouvelles sur les problèmes environnementaux et les dérèglements climatiques, ce qui ne fait qu'accentuer notre sentiment d'impuissance.