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Anthropocène

La ville post-COVID-19 sera-t-elle plus verte?

08-10-2020

Image: Shutterstock

Le coup de barre pandémique nous force à revoir notre rapport à l’espace urbain et périurbain. Qu’adviendra-t-il de l’empreinte environnementale de nos agglomérations?

Que ce soit Milan, Madrid, Londres, New York, Toronto ou même Montréal, la COVID-19 a laissé une marque indélébile sur les métropoles et leurs habitants. Le cocktail confinement-mesures de distanciation-télétravail a poussé certains à réapprivoiser leur ville, d’autres à s’exiler en banlieue ou en région. Chose certaine, le coup de barre pandémique nous force à revoir notre rapport à l’espace urbain et périurbain.

Dans la traînée de cette onde de choc, qu’adviendra-t-il de l’empreinte environnementale de nos agglomérations ?

Les réponses varient selon la personne à qui vous posez la question. Le recours au télétravail et la diminution de nos déplacements motorisés ont contribué, dans une certaine mesure, à faire chuter temporairement les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale (le mot à retenir ici étant temporaire) ainsi qu’à réduire la congestion routière dans nos villes. Le télétravail pourrait-il mener à un mode de vie plus sobre en carbone ? Pas si sûr.

D’une part, nous ne jouissons pas tous du privilège de pouvoir travailler de la maison. D’autre part, il n’est pas assuré que les télétravailleurs rouleront moins sur les routes. Peut-être multiplieront-ils les déplacements pour d’autres activités ou, s’ils s’établissent loin des grands centres, pour faire leurs emplettes dans des commerces inaccessibles en transport en commun ? D’ailleurs, cet engouement pour la banlieue ou les régions soulève la crainte d’un emballement de l’étalement urbain, signale Christian Savard, directeur général chez Vivre en Ville, avec qui j’ai échangé sur le sujet. De là, selon lui, toute l’importance de se doter d’une politique nationale d’aménagement du territoire rigoureuse visant, entre autres, à éviter les écueils liés à l’étalement urbain, dont une plus grande empreinte environnementale.

Le transport en commun, cet incontournable de tout bilan municipal sobre en carbone, est également sur la sellette covidienne. Sans surprise, les autobus et les métros se sont vidés de leurs passagers depuis le mois de mars. L’avenir ne s’annonce guère plus reluisant, selon un sondage réalisé par Statistique Canada : parmi les répondants prêts à retourner au travail et à utiliser le transport en commun, 74 % demeurent inquiets à l’idée d’emprunter ce mode de déplacement. Plusieurs mois pourraient donc s’écouler avant d’atteindre l’achalandage des dernières années.

Dans un avis déposé au cours des rencontres tenues par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement quant au projet de construction d’un tramway à Québec, le professeur en aménagement du territoire de l’Université Laval Jean Dubé soutenait que, au-delà de la crise sanitaire associée à la COVID-19, « le futur des villes doit passer par un meilleur arrimage des lieux publics et d’un mode de déplacement de masse qui s’avère un excellent complément (et non un substitut) aux modes de déplacement actifs (comme la marche et le vélo) ». Ainsi, malgré les défis inhérents à la pandémie, certains experts s’entendent pour dire que cette situation exceptionnelle pourrait insuffler du renouveau à la façon de transformer nos villes.

C’est du moins le pari que fait Janette Sadik-Khan, ancienne commissaire aux transports de New York sous l’administration de Michael Bloomberg. Elle voit dans cette pandémie l’occasion de réinventer nos villes… et de réduire leur empreinte carbone de surcroît. Je suis également de ceux-là. N’est-ce pas en réponse à une crise sanitaire qu’est né Central Park ? Son créateur, l’architecte Frederick Law Olmsted (ce même Olmsted qui nous a légué le parc du Mont-Royal), cherchait à « purifier l’air de la ville » et à donner un espace vert aux citadins en temps de choléra.

Plusieurs grandes agglomérations, dont Montréal, ont déjà commencé à repenser le paysage urbain à court et moyen terme : piétonnisation de rues, ajout de pistes cyclables, amélioration de l’accès aux espaces verts… À ce sujet, le bitume règne en roi et maître dans nombre de quartiers – souvent les plus défavorisés. Avoir un parc à distance de marche de son domicile reste malheureusement un privilège.

Tout ce remue-méninges pourrait donc contribuer à diminuer l’empreinte environnementale des métropoles. Du moins, c’est ce que j’ose espérer. Un espoir qui se voit quelque peu entretenu par les investissements encore présents en matière de transport en commun et d’infrastructures dites « vertes ». À défaut d’avoir une boule de cristal, deux certitudes s’offrent néanmoins à nous : les grands centres urbains accueilleront près de 70 % de la population mondiale d’ici 2050 et il est inéluctable que nous devrons affronter un jour une autre pandémie. Il n’y a donc peut-être pas meilleur moment pour exploiter ce laboratoire expérimental urbain afin de jeter les bases de villes plus conviviales, plus vertes et plus résilientes.

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