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Les 10 découvertes de 2012

Ovaires: Cancer trompeur

26-12-2012

Illustration : Carol-Anne Pedneault/missillustration.com

La forme la plus agressive du cancer de l’ovaire débuterait dans les trompes de Fallope. Et on sait mieux le dépister.

En 16 ans de pratique, la gynéco-oncologue Lucy Gilbert a rencontré des dizaines et des dizaines de femmes touchées au plus profond de leur féminité par le cancer. Et celui qu’elle redoute le plus est le cancer de l’ovaire. «Pour les autres types de cancers gynécologiques, comme celui de l’utérus, du col utérin ou de la vulve, les taux de guérison se sont considérablement améliorés au cours des 30 dernières années. Mais malgré tous les efforts et l’argent investis dans la recherche sur le cancer de l’ovaire, le pronostic reste sombre», déplore-t-elle.

Le problème, c’est que 75 % des cancers de l’ovaire ne sont dépistés que lorsqu’ils atteignent des stades avancés; et dans ces cas, le taux de survie après cinq ans n’est que de 20 %. Comment faire mieux? La docteure Gilbert a mis de l’avant une recherche baptisée DOvE (Diagnosing Ovarian cancer Early) pour trouver le moyen de rendre le dépistage plus efficace. Elle a ainsi recruté 1 455 femmes de 50 ans et plus qui éprouvaient déjà de légers symptômes associés au cancer de l’ovaire.

Comme ces symptômes sont vagues et qu’ils sont généralement associés à des troubles gastro-intestinaux ou urinaires bénins, ils sont souvent négligés par les patientes aussi bien que par leur méde­cin», explique-t-elle. On parle entre autres de la sensation d’avoir l’estomac plein après quelques bouchées, d’une douleur ou d’un inconfort abdominal et d’une fréquente envie d’uriner.
Selon les méthodes de dépistage habituelles, on pouvait s’attendre à identifier, dans l’ensemble des groupes, une ou deux femmes affectées par ce cancer.

En pratiquant une échographie transvaginale sur les participantes, et en ciblant un marqueur sanguin associé à la présence d’une tumeur cancéreuse, la docteure Gilbert et son équipe ont détecté 10 fois plus de cas! Et parmi eux, huit en étaient encore à un stade précoce. En poussant leur examen plus loin, les chercheurs ont eu la surprise de constater que la forme la plus courante et la plus mortelle du cancer de l’ovaire ne débute pas dans l’organe en cause. «En diagnostiquant la maladie avant qu’elle se répande dans tout l’abdomen, nous avons été en mesure de déterminer qu’elle prenait son origine dans les trompes de Fallope. Voilà une autre raison pour laquelle nous avions souvent tant de mal à établir un diagnostic précoce: nous cherchions au mauvais endroit!» explique la docteure Gilbert qui a publié les conclusions de sa recherche l’hiver dernier dans la revue britannique The Lancet Oncology.

«Nous avions du mal à établir un diagnostic précoce du cancer de l’ovaire parce que nous cherchions au mauvais endroit» – Lucy Gilbert.

Malgré ces résultats encourageants, la gynéco-oncologue estime qu’il est encore trop tôt pour étendre son protocole de dépistage précoce du cancer de l’ovaire à l’ensemble des femmes de plus de 50 ans, comme cela se fait déjà pour le cancer du sein. «On souhaite raffiner encore plus les méthodes de détection, indique-t-elle. Sans quoi, si nous testions tout le monde, nous risquerions de nous retrouver avec plusieurs cas de faux positifs ou de faux négatifs, ce qui n’est pas souhaitable.»

Une douzaine de cliniques de dépis­tage, réparties dans la grande région de Montréal, doivent s’engager dans la deuxième phase de cette recherche à laquelle plus de 14 000 femmes devraient participer.

 

Ont aussi participé à l’étude: Olga Basso, John Sampalis, Igor Karp, Claudia Martins, Jing Feng, Sabrina Piedimonte, Louise Quintal, Agnihotram V. Ramanakumar, Janet Takefman, Maria S. Grigorie, Giovanni Artho et Srinivasan Krishnamurthy.

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