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10 découvertes 2016

[2] Traquer le VIH pour l'éradiquer

Santé
Par Marine Corniou - 02/01/2017
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Le virus du sida est sournois: il se cache, inaccessible, au cœur des cellules. Pour le repérer, une technique ultra performante vient d’être mise au point. Le début de la fin du VIH? 

Débusquer le VIH partout où il se cache. Le traquer dans chacune des cellules où il reste tapi, prêt à se multiplier à la moindre occasion, et l’éliminer. C’est le rêve des virologues qui y voient sans doute la meilleure façon de guérir définitivement cette infection, laquelle touche environ 75 000 personnes, au Canada, et 36 millions dans le monde.

Pour y parvenir, l’équipe de Daniel Kaufmann a mis au point une technique redoutable, 1 000 fois plus efficace que celles qui existaient jusqu’ici. « Si, sur un million de cellules, une seule contient le virus, on est capable de la détecter », explique le docteur Kaufmann, affilié au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

Petit rappel. Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) s’attaque préférentiellement aux globules blancs, ou lymphocytes, et en particulier à ceux de type CD4. En altérant les soldats du système immunitaire, le virus échappe ainsi aux défenses de l’organisme et rend son hôte vulnérable à toutes sortes d’autres maladies : pneumonie, cancers, tuberculose, etc.

Grâce aux médicaments antirétroviraux, il est toutefois possible de réduire considérablement le nombre de virus dans le sang – la charge virale –, jusqu’à les rendre indétectables.

Seulement voilà, dans certains globules CD4, le virus se cache, en s’intégrant à l’ADN, et se fait oublier, restant hors de portée des antirétroviraux. De véritables bombes à retardement qui empêchent d’éliminer complètement la maladie. « Le virus est dormant, mais il est prêt à se réveiller n’importe quand. On pense qu’une seule cellule atteinte peut suffire à réactiver l’infection », explique Amy Baxter, étudiante postdoctorale qui a mis au point la technique de traque ayant valu à l’équipe une parution dans la revue Cell Host & Microbe en septembre 2016.

L’idée : en identifiant avec précision les « réservoirs » du virus, on pourrait à terme les cibler avec des médicaments. La stratégie d’Amy Baxter est de déceler à la fois le matériel génétique du virus (son ARN) et ses protéines. « Le fait de chercher ces deux indices permet de mettre le doigt sur les cellules contenant des virus dits compétents. Dans beaucoup de CD4, l’ARN viral est présent, mais il est défectueux. Or, si on détecte aussi des protéines, c’est le signe qu’il est bel et bien actif », poursuit Amy Baxter.

Pour cette partie de pêche, l’équipe a travaillé sur des échantillons de sang de personnes séropositives sous traitement. Elle a d’abord « réveillé » les virus dormants (notamment à l’aide de médicaments dits « antilatence »). Puis, elle a utilisé des anticorps, qui se fixent comme des aimants sur les protéines virales, et de petits morceaux d’ARN fluorescents – des « sondes » – qui s’attachent directement sur l’ARN des virus.

Pour retrouver les lymphocytes infectés, il suffit ensuite d’utiliser la cytométrie en flux, une technique qui permet de faire défiler les cellules une par une en file indienne et de les observer avec un laser. Les cellules fluorescentes trahissent la présence du virus.

« Cette technique nous permet d’en savoir plus sur les lymphocytes CD4 qui abritent le VIH dormant, reprend Daniel Kaufmann. Il en existe de nombreux types et on ne sait pas lesquels servent de cachette. » Il semble que ceux qui abritent l’intrus portent, à leur surface, certains marqueurs spécifiques, comme autant de petits drapeaux qui pourraient être reconnus pour mettre au point des traitements ciblés. La chasse est ouverte !
 
Ont aussi participé à la découverte : Julia Niessl, Rémi Fromentin, Jonathan Richard, Roxanne Charlebois, Marta Massanella, Nathalie Brassard, Nirmin Alsahafi, Gloria-Gabrielle Delgado (CRCHUM), Jean-Pierre Routy (CUSM) et des chercheurs du Ragon Institute.


Les 10 découvertes de l'année 2016