Wenbo Yi applique un stimulus de chaleur douloureux sur le poignet d’un participant, Andrii Smykovskyi, qui écoute de la musique personnalisée. Photo: Mikaila Tombe
Les propriétés analgésiques de la musique sont bien connues, mais mal comprises. Une étude révèle qu’un tempo proche du rythme individuel de chacun peut optimiser son efficacité.
Qu’arrive-t-il quand un groupe entonne la chanson Bonne fête ? La première mesure est souvent un peu chaotique, car chacun démarre à son propre rythme. Une équipe montréalaise a découvert que la prise en compte de ce rythme « naturel » pourrait jouer un rôle dans la gestion de la douleur.
Caroline Palmer, professeure au Département de psychologie de l’Université McGill, explore le sujet depuis longtemps. Dans son laboratoire, elle a invité des volontaires à chanter ou à jouer d’un instrument sur une pièce donnée, selon le rythme de leur choix, ce qu’elle appelle le rythme de production spontané (RPS). « Nous avons observé de très grosses différences : la personne la plus rapide allait de deux à trois fois plus vite que la plus lente », dit-elle. Et cet écart demeure dans le temps, si on renouvelle l’expérience.
Lors d’une étude, publiée en août 2025 dans la revue Pain, Caroline Palmer et ses collègues ont évalué le rôle du tempo musical dans la perception de la douleur. L’équipe a d’abord mesuré les RPS de 60 individus en bonne santé, en les invitant à marquer la cadence d’une comptine. Ensuite, elle leur a infligé une faible douleur par la chaleur. Pendant le test, les volontaires restaient en silence, puis écoutaient une mélodie inconnue, dans le style musical de leur choix, avec un tempo calibré soit sur leur RPS, soit 15 % plus rapide, soit 15 % plus lent. Tout le monde devait noter l’intensité de la douleur ressentie selon les situations.
« La douleur ressentie était plus faible lorsque les participants écoutaient de la musique calibrée sur leur rythme spontané pendant leur exposition à la chaleur », résume Caroline Palmer. Les tempos plus rapides présentaient une efficacité moindre, de même que les plus lents, ce qui remet en cause l’association courante entre musique relaxante et gestion de la douleur. Mathieu Roy, professeur au Département de psychologie de l’Université McGill et coauteur de l’étude, détaille : « La musique a réduit la douleur de 5 à 10 % par rapport au silence, et on gagne de 5 à 10 % additionnels lorsqu’on la calibre sur le rythme interne de la personne, donc l’effet total atteint de 10 à 20 %. »
Si la musique seule ne suffit pas à faire disparaître la douleur, son effet apaisant est reconnu par plusieurs études. Et ces données pourraient favoriser son intégration dans les protocoles de soins, en permettant de développer des thérapies musicales personnalisées. « C’est une approche du traitement de la douleur assez simple à utiliser, fait valoir Mathieu Roy, et qui n’entraîne aucun effet secondaire. » L’équipe espère pouvoir mener de nouvelles études sur des personnes ayant des douleurs chroniques, pour déterminer l’ampleur des applications possibles.
Cette découverte illustre de façon expérimentale la théorie de la résonance neuronale. Une étude internationale, codirigée par Caroline Palmer et parue en mars 2025, a en effet montré que le cerveau et le corps résonnaient physiquement à la vitesse d’exécution de la musique. La chercheuse établit une analogie avec le réglage d’un piano : quand on produit un son avec le diapason, seules les cordes qui sont accordées à une fréquence similaire entrent en vibration. Ce serait donc lorsque le tempo musical se rapproche des oscillations neuronales cérébrales, qui déterminent notre rythme interne, que le cerveau serait influencé de façon optimale par les mélodies, et la gestion de la douleur optimisée.
Ont aussi participé à cette découverte : Wenbo Yi (Université McGill) et Angela Serian (Allemagne).
L’avis du jury
Il y a quelque chose de fascinant dans l’idée qu’il existe un tempo propre à chaque personne et que ce tempo est plus apaisant qu’un autre. Si cette méthode simple peut contribuer à soulager les personnes en souffrance, pourquoi s’en priver ?
Je crois que la musique est très bénéfique pour la santé, et je pense aussi qu’elle peut amoindrir les maux! Bravo!
Moi aussi j’y crois car quand g de la musique m’a douleur est moindre que si j’en ai pas.