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08 janvier 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le muscle, nouvel acteur de la fertilité

Une femme en sarrau assise dans un laboratoire. Derrière elle, un homme debout, portant aussi un sarrau. Les deux sont souriants.

Daniel Bernard et Luisina Ongaro Gambino. Photo: Catherine McRae

Et si nos muscles avaient leur mot à dire dans la reproduction ? C’est la découverte inattendue d’une équipe de l’Université McGill, qui bouscule quarante ans de certitudes sur le fonctionnement de notre système reproducteur.

Depuis les années 1980, la science pensait que notre fertilité dépendait uniquement de ce dialogue hormonal entre notre cerveau, une petite glande appelée hypophyse et nos organes reproducteurs (nos « gonades »). Ce trio, appelé axe hypothalamo-hypophyso-gonadique, orchestre la production d’hormones comme la FSH (hormone folliculo-­stimulante), essentielle à la maturation des ovules et des spermatozoïdes. Mais la chercheuse Luisina Ongaro Gambino et son équipe ont découvert qu’un nouvel acteur s’invite dans cette conversation : les muscles.

Leur étude sur des souris, publiée en janvier dans Science, révèle qu’une protéine produite par les muscles, la myo­statine, connue pour limiter la croissance musculaire, stimule également la production de FSH par l’hypophyse. Située à la base du cerveau, cette glande de la taille d’un pois sécrète de nombreuses hormones. « La nouveauté de notre travail est la découverte qu’une hormone produite par les muscles communique avec l’hypophyse et régule la reproduction. Avant cela, on ne savait pas que ces deux organes communiquaient entre eux, ni comment », explique Luisina Ongaro Gambino, autrice principale et associée de recherche au Laboratoire d’endocrinologie de Daniel Bernard, à l’Université McGill.

Longtemps considéré comme un simple moteur mécanique, le muscle s’impose désormais comme un acteur endocrinien capable d’envoyer des signaux hormonaux qui influent sur la fertilité. Cette communication hormonale entre le muscle et l’hypophyse s’avère essentielle à la reproduction et à la fertilité, souligne la chercheuse.

L’équipe de McGill veut maintenant vérifier si cette communication observée chez la souris existe aussi chez l’humain. Les scientifiques explorent notamment si des variations naturelles du niveau de myostatine pourraient contribuer à certains phénomènes cliniques, comme la puberté précoce ou retardée, l’absence de règles chez certaines athlètes ou des formes d’infertilité inexpliquée.

Cette découverte fondamentale ouvre donc la voie à de nouvelles stratégies de traitement. En modulant la myostatine ou des protéines apparentées, on pourrait possiblement stimuler naturellement la production d’hormones reproductives sans recourir aux injections hormonales.

Le blocage de la myostatine suscite aussi un intérêt croissant dans le traitement de l’obésité. Les agonistes du récepteur GLP-1, comme les fameux Ozempic ou Wegovy, favorisent la perte de poids, mais entraînent aussi une fonte musculaire. Pour contrer cet effet, des entreprises testent des inhibiteurs de myostatine censés préserver la masse musculaire. Les travaux de McGill montrent toutefois que cette approche pourrait avoir des effets inattendus sur la fertilité. Si la myostatine régule la FSH, la bloquer pourrait perturber la fonction reproductive, prévient la chercheuse. D’où la nécessité, selon elle, d’évaluer attentivement les effets hormonaux de ces nouvelles thérapies.

 

Ont aussi participé à ces recherches :
Daniel Bernard, Xiang Zhou, Ying Wang, Hailey Schultz, Ziyue Zhou, Evan R. S. Buddle, Emilie Brûlé, Yeu-Farn Lin, Gauthier Schang (Université McGill) ; Nabil G. Seidah (Institut de recherches cliniques de Montréal) ; l’Université du Queensland (Australie) ; Relay Therapeutics ; le Jackson Laboratory for Genomic Medicine (États-Unis) ; l’Université Columbia (États-Unis) ; l’Université Vanderbilt (États-Unis) ; l’Université de Saarland (Allemagne) ; le Cedars-Sinai Medical Center et l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai (États-Unis).

L’avis du jury

Découvrir que deux organes sans lien évident communiquent entre eux est une grosse révélation. Même si l’étude est préliminaire, elle pourrait avoir une incidence rapide sur la recherche en fertilité.

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Raymond LORD
4 mois il y a

Bravo à tous et toutes pour votre ouverture d’esprit et vos résultats innovants. Est-ce possible que diverses approches de massothérapie, dont la fasciathérapie, influencent la production de myostatine ? Si oui, êtes-vous intéressés à les étudier? Merc à l’avance ;o)

Gisèle Fournier
4 mois il y a

Cette recherche remet en évidence l’importance de l’équilibre à respecter dans les traitements pour contrer l’obésité, à savoir, la masse graisseuse versus la masse musculaire. Le lien établi entre les muscles et le système endocrinien est une découverte majeure qui permettra sûrement de faire de grandes avancées médicales.

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