Photo: Weizhong Lan/ AIER Academy of Opthalmology, Central South University
Tu portes peut-être des lunettes, ou tu connais assurément quelqu’un qui en porte. À l’adolescence, on porte des lunettes surtout pour contrer la myopie. La myopie, c’est le défaut de vision qui fait qu’on voit flou de loin parce que l’œil est un peu trop allongé. Et ce problème est en train de devenir une véritable épidémie mondiale : selon les projections, la moitié de la population de la planète sera myope d’ici 2050. Chez les enfants en Asie de l’Est, les chiffres sont déjà alarmants.
On sait depuis un moment que passer du temps à l’extérieur protège les yeux des enfants. Mais pourquoi ? Une hypothèse intéressante : ce n’est pas forcément la lumière du soleil seule qui compte, mais la complexité visuelle des paysages naturels. Les forêts, le ciel, les feuillages, regorgent de détails fins dans toutes les directions — ce qu’on appelle en optique des hautes fréquences spatiales. Les salles de classe traditionnelles, elles, avec leurs murs blancs et lisses, en sont quasiment dépourvues. Ce serait un peu comme regarder le monde à travers du verre translucide… et pour l’œil en développement, ça pourrait être un signal pour allonger sa forme, ce qui favorise ainsi la myopie.
Des chercheurs chinois ont voulu tester cette idée de façon concrète. Ils ont transformé des salles de classe en véritables panoramas forestiers : murs, plafond, sol, même les bureaux des élèves ont été recouverts de papiers peints représentant des arbres, un ciel bleu, des oiseaux. L’objectif était d’imiter les profils visuels complexes de la nature à l’intérieur d’une école.
Cet expérience, menée en Chine, a comparé des groupes d’élèves de troisième année du primaire pendant un an : certains dans des « salles de classe forestière », d’autres dans des salles ordinaires.
Les résultats : chez les enfants qui n’étaient pas encore myopes au départ, la progression vers la myopie a été nettement ralentie dans les salles forestières. Chez les enfants qui voyaient bien de loin mais dont les yeux étaient encore en développement, le bénéfice était particulièrement marqué.
Ce qui est frappant, c’est l’ampleur de l’effet. La protection offerte par ces salles de classe était comparable à celle qu’on obtient en forçant les enfants à passer plus de temps dehors — une intervention plutôt difficile à mettre en œuvre à grande échelle dans les villes.
Mieux encore : cette approche est passive. Les enfants n’ont rien à faire de spécial — ils suivent simplement leurs cours habituels, exposés environ sept heures par jour à ces environnements visuellement riches. Pas d’effort supplémentaire, pas de médicaments, juste de la tapisserie peint bien choisi.
Bien sûr, l’étude a ses limites : elle n’a duré qu’un an, et elle n’a testé qu’un seul type de décor. Il faudra de nouvelles études sur des enfants plus jeunes et sur de plus longues durées. Et le mécanisme exact reste à explorer — une piste évoquée est le rôle de la dopamine, un neurotransmetteur libéré par la rétine en réponse à certains stimuli visuels, qui pourrait freiner la croissance excessive de l’œil.
En attendant, l’idée est séduisante : et si le remède contre la myopie était simplement… de mieux décorer nos écoles ?