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Carnet de santé

Une autre #?$%&% de chronique sur le cancer

13-01-2020

Image: Shutterstock

De plus en plus de chercheurs estiment que le cancer serait une malchance sociale.

Il y a de ces gens qui semblent avoir tiré un mauvais numéro à la loterie de la vie… Le souvenir de ce jeune retraité qui avait travaillé dur toute sa vie pour joindre les deux bouts et qui pensait enfin se reposer et chez qui l’on a découvert un cancer foudroyant me hante encore. Ou celui de cette mère de famille monoparentale, réfugiée politique, dont le petit dernier luttait pour sa vie, atteint d’une leucémie aigüe. Simple malchance ?

De plus en plus de chercheurs estiment que non. Ils croient que le cancer serait plutôt une malchance sociale. Les patients défavorisés sur le plan socioéconomique ont non seulement plus de risques d’avoir un cancer dans leur vie, mais ils ont aussi des taux de survie moindres même s’ils reçoivent des traitements appropriés. À l’instar de la richesse, le cancer n’est pas distribué équitablement dans notre société.

Comment le statut socioéconomique peut-il affecter autant la santé ? Si nous savons depuis longtemps que l’âge est le facteur de risque numéro un dans l’apparition d’un cancer, nous constatons depuis peu que certaines populations semblent vieillir plus vite que d’autres. Ce phénomène, appelé « vieillissement prématuré », est documenté dans des circonstances spécifiques. Par exemple, les patients qui subissent des traitements de chimiothérapie ou qui souffrent du VIH/sida, ont souvent un « âge physiologique » qui surpasse leur âge réel. La pauvreté aurait le même effet sur la santé, expliquant les écarts notables observés dans l’espérance de vie entre les personnes nanties et celles moins favorisées.

Cette influence a été étudiée notamment en Europe et aux États-Unis. La Société américaine d’oncologie clinique a consacré une édition de son magazine à ce sujet, en 2019, avec ce titre accrocheur : « Le traitement du cancer selon votre code postal. »

Mais observe-t-on la même chose au Québec, dans une société qui jouit d’un système de santé universel ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’équipe de la jeune chercheuse en santé publique et médecine préventive Sophie Marcoux. Elle a commencé par étudier le vieillissement accéléré dû aux traitements anticancéreux chez des enfants et les résultats sont fascinants.

Elle s’apprête à les valider chez des survivantes du cancer de l’ovaire en y ajoutant le rôle des facteurs sociaux. « On présume que la situation d’une femme qui peut se permettre un réel congé de maladie, avec du temps pour faire du sport, bien manger, gérer son stress et suivre à la lettre toutes les recommandations de son oncologue évoluera mieux que celle d’une mère de famille monoparentale débordée, à la limite de ses ressources, qui ne peut pas se permettre de s’absenter du travail pour un cycle de traitements de chimiothérapie. Considérant qu’elles ont le même âge, le même cancer et en théorie le même accès aux soins, il y a fort probablement d’autres facteurs qui expliquent la différence dans leurs chances de survie ! » dit la Dre Marcoux.

De tels travaux montrent, selon moi, que les investissements dans des thérapies aux coûts exorbitants et aux avantages mitigés ne sont probablement pas toujours la solution pour obtenir des gains en santé. En définitive, financer l’éducation ou resserrer les mailles de notre filet social, afin de diminuer la précarité, seraient des choix fort rentables.

La médecine du futur, toujours plus personnalisée, pourrait un jour se baser sur l’« âge physiologique » des patients. Actuellement, la plupart des programmes de dépistage s’appuient surtout sur des critères d’âge chronologique. En travaillant à diagnostiquer la maladie plus tôt chez certaines populations déjà défavorisées, nous réussirons peut-être à conjurer le mauvais sort.

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