Illustration: Rachel Idzerda
Dans sa chronique, Maude Raymond revient sur le projet de loi n° 67, qui élargit le rôle de plusieurs professionnels afin de faciliter l’accès aux soins.
Le 7 novembre 2024, l’Assemblée nationale du Québec a adopté le projet de loi n° 67. Il modifie le Code des professions dans le but, notamment, d’élargir certaines pratiques en santé et services sociaux, comme permettre à certaines professions de poser des diagnostics. Plus nombreuses seront ces professions en mesure de répondre aux besoins de la population, meilleure sera la santé collective. Ce projet de loi marque un tournant nécessaire, par exemple, pour la santé mentale. Ainsi, les psychologues pourront désormais diagnostiquer certains troubles mentaux. Cela facilitera l’accès aux soins, aux arrêts de travail, ou encore aux prestations d’assurance.
Mentionnons ici que l’autorisation de poser un diagnostic ne vient pas avec celle de prescrire des traitements pharmacologiques. Toutefois, pour la majorité des troubles mentaux, les premiers traitements sont la psychothérapie et le repos, y compris l’arrêt de travail. Le recours aux médicaments vient généralement ensuite, si l’état ne s’améliore pas. En attendant qu’un autre projet de loi aborde cette question, la présente réforme promet une meilleure prise en charge de la santé mentale au Québec.
Prenons l’exemple de Claire, une femme de 24 ans qui présente des symptômes compatibles avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Elle peut désormais consulter directement une neuropsychologue sans devoir passer d’abord par un médecin. Si un diagnostic de TDAH est posé, la neuropsychologue pourra proposer à Claire des stratégies d’adaptation concrètes, des outils pour améliorer ses capacités d’attention et sa mémoire, ainsi que des recommandations d’accommodements en milieu de travail. Si les symptômes persistent, Claire pourra être orientée vers un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée en santé mentale (IPSSM) qui établira un traitement pharmacologique.
Les pharmaciens et pharmaciennes sont aussi concernés par cette loi. Au cours des dernières années, leur champ de pratique avait déjà été élargi, mais dans un cadre encore très balisé. Grâce aux récents changements, ils et elles pourront prescrire certains médicaments pour traiter des affections courantes et mineures, comme les infections urinaires. Ils et elles pourront également prolonger des ordonnances en se fiant à leur jugement clinique.
Autre changement significatif : les pharmaciens et les pharmaciennes pourront désormais substituer un médicament sans obtenir l’accord du ou de la signataire de la prescription. Auparavant, si un médicament n’était pas disponible, ils et elles devaient appeler le médecin ou l’IPS pour valider la substitution, ce qui entraînait délais et surcharges de travail, soit une perte de temps pour tout le monde, y compris pour les patients et patientes.
Enfin, ces professionnels pourront effectuer certains tests de dépistage, comme ceux pour le streptocoque du groupe A.
En élargissant les responsabilités de plusieurs corps professionnels, le projet de loi n° 67 reconnaît pleinement leur champ d’expertise et simplifie le parcours des malades. Il reste maintenant à ouvrir un autre chantier d’envergure : celui de la santé physique – un domaine où les physiothérapeutes pourraient bien voir leur champ de pratique s’élargir.