Publicité
Carnet de santé

La médecine, une affaire de femmes?

27-02-2020

Image: Shutterstock

La féminisation de la médecine ne laisse personne indifférent. Pourquoi?

Un patient qui sort du bloc opératoire est amené au pas de course à l’unité des soins intensifs. Autour de sa civière, c’est la cohue. Tous s’affairent et parlent en même temps : infirmières, inhalothérapeute, anesthésiste. Une jeune intensiviste, enceinte de sept mois, tente de se frayer un chemin près du malade, malgré son gros ventre. Le chirurgien, médecin d’expérience, l’arrête et lui lance : « Ah ! les jeunes femmes ! Vous pensez que vous pouvez tout avoir. Eh bien, ma petite, sache que tu ne seras ni un bon médecin ni une bonne mère. »

Ce scénario digne des années 1950, vécu par une de mes collègues, s’est pourtant déroulé dans un hôpital près de chez vous il y a moins de cinq ans. La réaction de l’équipe médicale autour ? Certains ont baissé les yeux, d’autres y sont allés d’un rire discret. Beau malaise…

N’en déplaise à ce chirurgien, la féminisation de la médecine est bien entamée, et ce, depuis belle lurette. Au Québec, les premières femmes ont été admises sur les bancs de la Faculté de médecine de l’Université McGill en 1918. Il aura fallu un siècle avant que la parité hommes-femmes soit atteinte dans la profession. Selon les données du Collège des médecins du Québec, les femmes représentent 50,6 % des effectifs en 2018.

Malgré cela, plusieurs arguent que les femmes médecins travaillent moins fort que leurs confrères. Les motifs : la conciliation travail-famille et les congés de maternité, qui donnent des maux de tête aux patients et aux collègues. Certains vont jusqu’à dire que cela justifie l’écart salarial entre les sexes, car − surprise − les femmes médecins gagnent moins en général.

Une équipe de chercheurs de l’Université Laval s’est intéressée à cette inégalité. Notons d’abord que la vague rose ne touche pas toutes les disciplines. Les femmes sont surreprésentées en médecine familiale, en obstétrique et en pédiatrie par exemple. Les spécialités les plus rémunérées, comme la chirurgie ou la radiologie, sont encore des châteaux forts masculins. En outre, les jeunes diplômées qui choisissent d’avoir des enfants demeurent les premières à s’en occuper, ce qui les force à diminuer leur nombre d’heures de travail. Le mode de rémunération à l’acte les défavorise alors grandement.

La féminisation de la médecine ne laisse personne indifférent. Certains préconisent une redéfinition pure et simple de la médecine et de son mode de rétribution pour que les femmes y trouvent leur compte. D’autres prennent position en faveur de la parité entre hommes et femmes dans les écoles de médecine pour freiner la féminisation, au nom d’un accès équitable à la profession.

Même la recherche scientifique a commencé à s’en mêler. Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association en 2017 a démontré que des patients hospitalisés avaient un taux de mortalité et un risque de réadmission plus faibles si leur soignant était une femme ! Ces résultats étonnants, j’en conviens, s’expliqueraient, selon les auteurs, par les différences dans la pratique médicale entre les hommes et les femmes. Ces dernières sont plus enclines à adhérer aux principes de la médecine fondée sur les preuves, à faire davantage de prévention ou encore à utiliser des stratégies de soutien psychologique.

À ceux qui pensent encore que la médecine est une affaire d’hommes, comme ce chirurgien impoli, je dis : « Arrivez en 2020. » Parce que tout porte à croire que pratiquer cette profession « comme une fille » est tout à notre honneur… et à celui des patients.

Publicité

À lire aussi

Carnet de santé

Un miracle de Noël

Nos aînés souffrent de solitude. Pour Noël, offrons-leur le plus vieux médicament qui soit: la chaleur humaine.
Carnet de santé

Le patient a «toujours» raison

Trop souvent, certains médecins omettent de considérer le savoir expérientiel de leurs patients, se fiant uniquement à leurs connaissances scientifiques pour formuler un diagnostic.
Carnet de santé

Une autre #?$%&% de chronique sur le cancer

De plus en plus de chercheurs estiment que le cancer serait une malchance sociale.