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Carnet de santé

Surdiagnostic: trop c’est comme pas assez

17-04-2020

Image: StockSnap/Pixabay

Au Canada, le tiers des examens et traitements médicaux prescrits sont potentiellement inutiles. Les conséquences ne sont pas banales, comme nous le rappelle notre chroniqueuse.

Un septuagénaire est hospitalisé et sa fille, inquiète, est à son chevet. Il souffre d’une pneumonie, diagnostiquée au service des urgences. Les antibiotiques coulent dans ses veines depuis 24 heures. Il va un peu mieux, mais est toujours somnolent. J’explique à sa fille quelles sont les prochaines étapes. Je m’apprête à quitter la chambre, mais elle m’interpelle : « Docteure ! Vous ne pensez pas que ce serait une bonne idée de lui faire un scan de partout pendant qu’il est à l’hôpital ? Et si jamais mon père avait un cancer ? »

Je me rappelle avoir balbutié quelques mots dans le cadre de porte, insistant sur le fait qu’il fallait d’abord bien guérir l’infection, puis je suis vite passée au prochain patient. Avec le recul, je me rends compte que j’aurais dû prendre le temps de lui répondre clairement.

J’aurais commencé par expliquer qu’en général, en médecine, mieux vaut prévenir que guérir. C’est pourquoi de nombreux tests ont été mis au point au fil des années pour détecter les maladies mortelles − en l’occurrence, un cancer − à un stade où il est encore possible de les traiter. Or, la communauté scientifique s’est bien vite rendu compte que le dépistage précoce des cancers n’était pas toujours synonyme d’un meilleur taux de survie…

Pourquoi ? Parce que les examens de dépistage sont parfois « trop » sensibles ou « trop » précis. Ils permettent aux médecins de diagnostiquer des cancers si précocement que, si ces cancers n’avaient pas été trouvés, ils n’auraient, au bout du compte, pas causé de décès ni peut-être même de symptômes. C’est ce qu’on appelle le surdiagnostic.

Véritable fléau

Certains tests de routine ont donc été délaissés dans les dernières années. C’est le cas du dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes de plus de 70 ans. En effet, les études ont démontré que les femmes qui présentent des lésions précancéreuses à cet âge ne développeront vraisemblablement pas ce type de cancer et mourront d’une autre cause. Pourtant, plusieurs continuent de subir des examens invasifs, entraînant soucis et désagréments inutiles.

Il n’y a pas que les tests de dépistage qui peuvent mener au surdiagnostic. La simple surutilisation des examens et traitements par les médecins est aussi désignée. Au Canada, comme partout en Occident d’ailleurs, c’est un véritable fléau. En 2017, l’Institut canadien d’information sur la santé révélait que jusqu’à 30 % des examens et traitements médicaux prescrits au pays sont potentiellement inutiles !

Les exemples sont multiples : une tomodensitométrie de l’abdomen pour un simple mal de ventre ou encore une prescription d’antibiotiques pour un virus. Les conséquences ne sont pas banales : expositions à des radiations, réactions indésirables aux médicaments, stress, anxiété, explosion des coûts d’assurance maladie, augmentation du temps d’attente pour ceux qui sont réellement malades… Sans parler de la facture qui, au final, sera payée par les contribuables.

Fausse bonne idée

Le collectif de professionnels de la santé Choisir avec soin, qui a pour objectif la réduction des examens, des traitements et des interventions inutiles, a compris que le salut réside surtout dans la responsabilisation des patients. Leur plus récente campagne publicitaire, « Trop, c’est comme pas assez », vise à déboulonner le mythe qu’il vaut mieux recevoir davantage de soins que l’inverse. Le groupe encourage les patients à poser quatre questions à leur médecin qui leur offre un dépistage, un soin ou un traitement : est-ce bien nécessaire ? Quels sont les risques ? Y a-t-il d’autres options ? Que se passera-t-il si je ne fais rien ?

Après ces explications, je crois que la fille de mon patient aurait bien compris qu’un « scan de partout » à la recherche d’une maladie qui dort est une fausse bonne idée, pour son père comme pour elle. Sensibilisée au surdiagnostic et à la surutilisation des ressources, elle aurait profité d’autant plus de moments de qualité avec son père, le plus loin possible des hôpitaux !

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