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Inventions de l'année 2019

SonX: pour préserver l’ouïe des travailleurs

03-10-2019

Photo: Lino Cipresso; SonX

Un appareil créé par la PME EERS protège l’ouïe des travailleurs des bruits excessifs tout en permettant les échanges entre collègues.

Mines, chaînes de production, pistes d’aéroports : plusieurs milieux exposent les travailleurs à du bruit excessif. Et le nombre de personnes souffrant de surdité professionnelle explose. Les cas déclarés à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail sont passés de 4 781 en 2014 à 10 608 en 2018. L’an dernier, ils représentaient plus de 10 % des lésions professionnelles enregistrées au Québec.

Nick Laperle, président-directeur général de la PME montréalaise EERS, tient entre ses mains − et enfoncée dans ses oreilles − une solution pour contrer ce fléau : le SonX.

Nick Laperle, PDG chez EERS. Photo: Lino Cipresso; SonX

Dans la salle de conférences de son entreprise, un haut-parleur crache une ambiance industrielle. Le sonomètre indique 95 décibels et la table tremble. Avec les bouchons et écouteurs du SonX vissés dans mes oreilles, je ne perçois pourtant qu’un bruit étouffé. Devant moi, Nick Laperle remue les lèvres sans que j’entende sa voix. Sans rien porter devant sa bouche, il appuie sur un bouton de son appareil et je discerne aussitôt ses paroles, la cacophonie derrière ne s’élevant pas d’un ton.

Ce dispositif est le fruit du défi qu’il s’est donné : protéger l’ouïe des travailleurs sans gêner leurs conversations. « Dans le bruit, si vous n’êtes pas capable de communiquer, vous allez enlever votre protecteur auditif ou relever le masque que vous portez pour respirer, souligne-t-il. C’est dangereux, puis c’est stressant tant pour la personne qui crie que pour celle qui se fait crier dessus. »

L’entrepreneur n’en est pas à sa première invention pour prévenir la surdité professionnelle. Dès la fin des années 1990, il constate la gravité du problème en aidant sa mère propriétaire de cliniques d’audioprothèses. Avocat de formation, il fonde Sonomax, conçoit un système passif d’atténuation du bruit, puis un logiciel pour évaluer l’étanchéité des protecteurs auditifs qu’il vend à la compagnie américaine 3M en 2009.

Six ans plus tard, il déménage son entreprise, rebaptisée EERS, en face de l’École de technologie supérieure − où il finance la création de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-EERS en technologies intra-auriculaires. Pour perfectionner le SonX, il fait appel à une quinzaine d’employés et une vingtaine d’étudiants. Parmi eux, la posdoctorante Rachel Bouserhal met au point les algorithmes qui décortiquent et discriminent les bruits captés par l’appareil à l’intérieur du conduit auditif afin de retransmettre avec clarté les paroles prononcées par ondes radio.

Du personnel des usines de production et des installations ferroviaires de Rio Tinto au Saguenay ont commencé à tester le dispositif. Une douzaine d’autres compagnies du secteur manufacturier comme du transport aérien leur ont emboîté le pas à travers des projets pilotes. La commercialisation est prévue pour l’an prochain, mais déjà employeurs et employés tendent l’oreille à cette solution !

Comment ça marche?

  1. Des microphones internes et externes sont intégrés à des écouteurs qui, une fois vissés dans des mousses mémoires, sont insérés dans les oreilles.
  2. Un algorithme calcule la différence entre le volume des bruits extérieurs capté par le microphone externe et celui détecté par le microphone intraauriculaire entre le tympan et le bouchon de manière à évaluer l’étanchéité de ce dernier. Une lumière rouge, jaune ou verte signale le degré de protection auditive.
  3. Les microphones atténuent le volume des bruits extérieurs entendus dans les écouteurs − une opération complétée en moins de 10 millisecondes − afin d’éviter qu’un bruit soudain endommage l’oreille.
  4. En appuyant sur un bouton, le microphone intraauriculaire capte et discrimine notre voix pour retransmettre ce qu’on dit, par l’entremise d’une bande radio dédiée, dans les écouteurs des collègues.
  5. Pour évaluer le stress subi par les employés, le microphone interne permet aussi de noter le rythme cardiaque et la profondeur de la respiration, tandis qu’un capteur mesure la température corporelle. Le microphone externe aide aussi à évaluer l’intensité du bruit auquel sont exposés les travailleurs.

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