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Jean-Francois Cliche

La même expression faciale quand on jouit ou qu’on souffre?

03-01-2019

Illustration: Shutterstock

Pourquoi avons-nous tant de mal à distinguer les visages exprimant la souffrance de ceux communiquant le plaisir sexuel?

Imaginez qu’on vous présente une série de photos montrant le visage de gens joyeux ou fâchés et que vous deviez distinguer les deux états. Difficile de concevoir tâche plus aisée pour les animaux sociaux que nous sommes.

Maintenant, imaginez que vous deviez classer des photos sur lesquelles figurent le visage de personnes qui souffrent et celui de gens au paroxysme d’ébats sexuels. Puisque la douleur et l’orgasme sont possiblement les deux émotions les plus contrastées, cette tâche sera certainement aussi facile que la première, non ?

Eh bien pas tant que ça. La confusion entre les deux expressions n’est pas totale, mais elle demeure étonnamment forte. Par exemple, dans une étude parue en 2008 dans le Journal of Social, Evolutionary, and Cultural Psychology, une centaine de participants à qui l’on a fait voir 40 photos de visages exprimant la douleur et autant exprimant le plaisir sexuel se sont trompés dans 20 % à 25 % des cas. Comparativement à d’autres émotions, c’est assez élevé : dans une étude publiée en 2011 dans le Journal of Vision, les photos de visages joyeux ont pratiquement toutes été désignées correctement.

Certes, cette même étude a aussi révélé que la tristesse, la colère, la peur et le dégoût sont des émotions plus difficiles à différencier les unes des autres. Cependant, l’idée que les émotions négatives produisent des mines apparentées ne heurte pas le sens commun.

Quant à la douleur et à la jouissance sexuelle, elles n’ont rien à voir l’une avec l’autre, de façon générale (tant qu’il y a consentement, je n’ai pas de problème avec ça!).

Un effet secondaire

La question fait donc débat en psychologie depuis des années : à quoi servent nos expressions d’orgasme ou de douleur? Si leur but est la communication, pourquoi ces deux états ne débouchent-ils pas sur des expressions plus faciles à reconnaître?

Il y a deux possibilités. Soit les expressions provoquées par l’atteinte du nirvana ne sont pas faites pour communiquer grand-chose, soit elles ne seraient qu’un « effet secondaire » physiologique de l’orgasme.

Mais on peut aussi en conclure que nos expressions d’orgasme ont bel et bien une valeur communicative. D’une part, nous parvenons à les distinguer de la douleur dans une majorité de cas. Et d’autre part, il y a peut-être quelque chose d’un peu artificiel dans la méthodologie des études sur le sujet.

Dans la vie, il y a très peu de risques que les manifestations de souffrance soient confondues avec celles du plaisir sexuel. En effet, quand nous interprétons l’état émotionnel de quelqu’un, nous ne le faisons pas uniquement sur la base d’une expression faciale figée. Il y a toujours un contexte : deux personnes nues dans un lit ou un menuisier du dimanche avec un marteau sur le doigt par exemple. De même, une expression ne sera pas interprétée de la même manière si elle s’accompagne d’un « Oh oui, encore ! » ou d’un «Ayoye donc ! »

D’ailleurs, une étude récente parue dans l’Emotion Review a noté que les réactions spontanées à des stimulus intenses sont difficiles à déchiffrer à la seule lumière d’une photo de visage. En analysant l’expression faciale de 18 soldats photographiés au moment de leur retour au pays (donc une situation intensément positive), les participants à l’étude ont cru qu’il s’agissait d’une situation négative dans 78 % des cas.

Au bout du compte, est-ce que la confusion entre diverses expressions faciales nous renseigne sur leur illisibilité ou simplement sur l’importance du contexte?

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