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Jean-Francois Cliche

La famille, source de GES?

15-11-2018

Photo: iStock

L’empreinte carbone de chaque Québécois se chiffre à 9,3 tonnes(t). Quels gestes concrets peut-on poser pour la réduire?

Voilà une question qui en taraude plus d’un. Pour orienter ces réflexions, une étude parue dans Environmental Research Letters a épluché une série d’analyses sur le cycle de vie en 2017 afin de désigner les actions individuelles les plus efficaces. Les résultats sont à la fois intéressants et éclairants, mais disons qu’une partie d’entre eux n’a pas fini de faire jaser. Voyons voir…

Acheter une voiture hybride au lieu d’une auto à essence ? Pas mal, mais pas miraculeux non plus : dans les pays industrialisés, cela fait une différence annuelle d’environ 0,5 t de dioxyde de carbone (CO2), le principal des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement planétaire.

Devenir végétarien est déjà un peu plus efficace : 0,8 t de CO2 en moins par année et par personne. Mais faire une croix sur un vol transatlantique annuellement est deux fois mieux : 1,6 t. Vivre sans auto? 2,4 t. C’est bien, mais rien pour décrocher la tête du palmarès.

Selon les calculs des auteurs de l’étude, Seth Wynes et Kimberly A. Nicholas, de l’Université de Lund (Suède), un geste surclasse tous les autres : avoir un enfant de moins. Cela représenterait une économie moyenne de 58,6 t de CO2 par année. Plus que tous les autres gestes réunis !

Partage des émissions

Comment les auteurs parviennent-ils à cette conclusion ? Ils ont attribué à chaque parent la moitié des émissions de GES à venir de leurs enfants, puis le quart des émissions futures des petits-enfants, et ainsi de suite. Wynes et Nicholas expliquent que cela permet d’utiliser « l’approche par cycle de vie la plus complète possible ».

Le principe se défend : une famille de cinq consomme plus qu’une famille de quatre, et une descendance de 50 personnes émet plus de GES qu’une descendance de 40. Mais cette manière de comptabiliser les gaz à effet de serre souffre de plusieurs problèmes, ont fait remarquer deux autres chercheurs dans une réplique publiée en mars 2018 dans la même revue. Si l’on met les émissions des enfants sur l’ardoise des parents, cela signifie que les enfants ne sont responsables d’aucun GES puisque, autrement, on se trouve à compter le même bilan deux fois − d’abord pour les parents, puis pour les enfants.

Certes, reconnaissent les auteurs de la réplique, Philippe van Basshuysen (de la London School of Economics) et Eric Brandstedt (de l’Université de Lund lui aussi), le fait d’avoir des enfants met en branle une série d’évènements qui auront, en fin de compte, une empreinte carbone. Mais la responsabilité de ces émissions relève de choix individuels (prendre l’avion ou non par exemple) qui ne sont pas ceux des parents.

Problème de calcul

Posons le problème autrement. Ma conjointe et moi avons quatre enfants, ce qui porte nos émissions à 55,8t de CO2 annuellement (6 × 9,3). Nous en aurions fort probablement eu un cinquième si la raison (à moins que ce n’ait été l’instinct de survie) n’avait pas fini par me faire dire non. Selon la comptabilité de Wynes et Nicholas, cette décision a permis d’éviter la production de 58,6 t de dioxyde de carbone par an. En les soustrayant de notre bilan familial, nous devenons un foyer « zéro émission » !

Bien sûr, on pourra me répondre que chacun de mes enfants «vaut» 58,6 t de CO2 par année, et que ma famille a donc une lourde empreinte carbone malgré tout. Soit. Mais il n’y a pas de raison pour que la comptabilité commence à ma génération : après tout, ce n’est pas de ma faute si mes parents et mes beaux-parents ont décidé d’avoir des enfants, non ?

Toute légitime soit l’intention de départ, il me semble que cette manière de comptabiliser les émissions de GES mène à trop d’absurdités pour être vraiment utile. Mais peut-être est-ce parce que je suis en conflit d’intérêts, et quatre fois plutôt qu’une, sur cette question…

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