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Jean-Francois Cliche

Le vaccin anti-VPH: du consensus à la controverse

23-08-2018

Photo: CDC/James Gathany

Il y aura 10 ans cet automne que le vaccin contre les virus du papillome humain (VPH) est offert dans les écoles du Québec. Dix ans au cours desquels les études se sont multipliées, confirmant et reconfirmant ce que les essais cliniques avaient trouvé avant son autorisation, soit qu’il s’agit d’une mesure de santé publique efficace et sécuritaire. Dix ans au cours desquels le taux de protection contre les VPH a reculé au Québec… Cherchez l’erreur !

L’appellation VPH regroupe environ 170 virus qui infectent des cellules des parties génitales et de la gorge. Dans la plupart des cas, les conséquences sont bénignes et les infections se règlent d’elles-mêmes. Mais en allant « jouer » dans l’ADN des cellules, les VPH les dérèglent parfois. Elles se transforment alors en cellules précancéreuses puis, éventuellement, en cancer du col cervical ou de la gorge, selon le site d’infection.

Pour éviter ces complications occasionnelles, mais graves, de nombreux pays ont mis sur pied des programmes de vaccination depuis l’homologation du vaccin, en 2006. Grâce à ces campagnes, une masse de données s’est ajoutée au reste.

La dernière étude en date a été publiée en mai 2018 par Cochrane, une référence mondiale en matière de méta-analyses. Ses chercheurs ont regroupé les données de 26 études sur le vaccin, pour un total de plus de 73 000 adolescentes et jeunes femmes qui ont été suivies entre 6 mois et 7 ans après l’injection. Conclusion : on peut affirmer avec un « haut degré de certitude » que le vaccin protège contre l’apparition de cellules précancéreuses sans provoquer d’effets secondaires graves.

Les réseaux sociaux carburent à l’émotion négative. C’est le plus souvent sous le coup de la colère ou de la peur que l’on diffuse une nouvelle, et je pense que cela a fait une différence au Québec.

Des résultats de ce type, il en arrive plusieurs par année. Et pourtant, la couverture vaccinale ne progresse pas dans le monde. Quant au Québec, alors que le ministère de la Santé et des Services sociaux visait un taux de vaccination de 90 %, on n’a pu faire mieux que 81 % (filles seulement) la première année du programme, en 2008, et cette proportion a reculé à 73 % chez les filles et 69 % chez les garçons en 2016-2017, dernière année pour laquelle des données sont disponibles.

Si l’on veut se consoler, il est toujours possible de se comparer. Au Danemark, une série de reportages sensationnalistes a fait fondre la couverture vaccinale chez les filles de 12 ans : depuis environ 90 % en 2014 jusqu’à seulement 40 % maintenant.

Les médias ont sans doute une bonne part de responsabilité, au Danemark comme ici. Souvent, ils accordent une importance disproportionnée aux rares études et expertises négatives, pour en faire des manchettes bien croustillantes.

Mais il y a autre chose. Les réseaux sociaux carburent à l’émotion négative. C’est le plus souvent sous le coup de la colère ou de la peur que l’on diffuse une nouvelle, et je pense que cela a fait une différence au Québec. En 2015, trois chercheuses des universités Concordia et McGill ont publié dans Le Devoir une lettre ouverte ultra alarmiste demandant un « moratoire urgent » sur le vaccin anti-VPH. Elles tordaient l’état des connaissances acquises, mais leur crédibilité universitaire a favorisé la diffusion du texte qui avait tout pour faire peur.

D’après un rapport récent de l’Institut national de santé publique du Québec, cette lettre ouverte a été partagée pas moins de 24 500 fois sur Facebook, un très gros « succès » à l’échelle québécoise. Trois jours après sa publication, une quarantaine de chercheurs en médecine dénonçaient, eux aussi dans Le Devoir, cette « prise de position irresponsable » et rectifiaient les faits. Or leur lettre ouverte a été partagée à peine 1 700 fois sur Facebook, soit près de 15 fois moins.

Contre l’émotion, malheureusement, les données ne font pas le poids…

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