La capacité d’adaptation des animaux est parfois surprenante. Leur habitat naturel est perturbé ? Qu’importe, ils parviennent parfois à en coloniser un autre ou à s’accommoder des nouvelles conditions. La preuve en quelques exemples.
Des grenouilles tenaces
Les grenouilles, avec leur peau perméable sensible aux polluants, peuvent-elles vivre dans les bassins abandonnés par l’industrie minière ? Gabriel Pigeon, professeur en écologie et en aménagement de la faune terrestre à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), et son étudiante à la maîtrise Marie Ruel ont comparé une douzaine de bassins miniers restaurés à seize étangs naturels en Abitibi-Témiscamingue. « La grenouille est une espèce importante dans la chaîne tropique des milieux aquatiques, car elle reflète l’état des milieux aquatiques et terrestres », explique Gabriel Pigeon. Or, les bassins miniers diffèrent des milieux naturels par leur profondeur, leur pH, la quantité de plantes présentes, etc. Sont-ils tout de même hospitaliers ?
En plus de capturer des individus matures, l’équipe a enregistré les chants pour évaluer l’abondance des populations, leur diversité et leur état de santé. Les résultats préliminaires indiquent que la diversité des espèces d’amphibiens est similaire dans les deux milieux. « À la base, dans les étangs en Abitibi, on ne trouve que cinq espèces de grenouilles et le crapaud d’Amérique », précise le chercheur. Par contre, on compte jusqu’à deux fois moins d’individus dans les bassins restaurés, même s’ils sont en bonne santé. « On n’a pas vu de grenouilles à trois pattes ! » ajoute Marie Ruel en souriant.
Certaines méthodes de restauration donneraient une meilleure chance aux grenouilles, qui peuvent coloniser rapidement un nouveau milieu par la voie terrestre – ces bassins artificiels n’étant pas reliés au réseau hydrique.
Reste maintenant à voir si les grenouilles réussissent à s’y reproduire : « Nous voulons explorer l’idée de piège écologique, soit le fait d’être attiré par un milieu – par exemple parce qu’il n’y a pas de prédateurs – même s’il est mauvais », explique Gabriel Pigeon. De quoi savoir si ces bassins pourraient compenser la perte des milieux humides boréaux en offrant un habitat adéquat aux amphibiens.
Vivre au milieu des tracteurs
Au milieu des champs, les rivières se réchauffent, et leurs berges s’érodent plus vite, notamment en raison de la machinerie agricole et de l’absence d’arbres. Elles recueillent aussi les excès de fertilisants et de pesticides. Vincent Fugère, professeur en écologie des eaux douces à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), s’intéresse aux effets de l’agriculture sur les milieux aquatiques. Le professeur utilise l’ADN environnemental pour identifier les espèces de poissons en présence grâce à un simple échantillon d’eau.
Avec son équipe, il a analysé une cinquantaine de ruisseaux en Montérégie, dans le Centre-du-Québec et dans Lanaudière. La surprise ? Même dans les « pires » cours d’eau, on trouve des poissons. « On compte autant, sinon plus, d’espèces et de poissons au total dans un petit ruisseau à côté d’un champ de maïs que dans la rivière d’un parc protégé, constate-t-il. Par contre, les espèces ne sont pas les mêmes. »
En plus des perturbations liées à l’agriculture, les poissons subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Le laboratoire de Vincent Fugère s’intéresse donc à l’accumulation de ces facteurs de stress. En faisant les inventaires, l’équipe a constaté que les poissons étaient bien acclimatés aux températures plus chaudes, mais qu’ils étaient plus sensibles aux inondations dans les milieux agricoles que dans les rivières en forêt. Ils réussissaient tout de même à recoloniser le milieu initial après avoir été emportés par la crue. « Pour l’instant, ce sont de bonnes nouvelles », précise Vincent Fugère.
Faire fi du plastique
On le sait : les microplastiques sont partout, en particulier dans l’eau. Ils ont tendance à s’accumuler dans les organismes aquatiques, ce qui est préoccupant pour la consommation humaine. Mais les travaux de Youssouf Djibril Soubaneh, professeur au Département de biologie, chimie et géographie de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), sont rassurants. Du moins pour le fameux pétoncle ! « C’est une bonne nouvelle pour les pêcheurs, les consommateurs et les pétoncles », dit-il d’emblée. Son équipe a montré que les pétoncles géants étaient capables de se débarrasser rapidement des nanoplastiques qu’ils ingéraient !
En effet, l’équipe a radiomarqué des microplastiques et des nanoplastiques au carbone 14 et les a mélangés au phytoplancton, dont les mollusques se nourrissent, afin de suivre leur élimination sur trois mois.
À peine deux semaines après l’arrêt de l’exposition, les pétoncles géants avaient complètement éliminé le plastique, grâce à un surprenant mécanisme qui leur permet de rejeter tout ce qui n’a pas de valeur nutritionnelle. Une bonne nouvelle pour les amateurs et amatrices de ce fruit de mer ! L’équipe a en outre observé que la croissance des mollusques n’était pas affectée par cette exposition.

Coyotes opportunistes
En remodelant les territoires, les humains favorisent la progression de certaines espèces. C’est le cas du coyote, arrivé sur le territoire québécois dans les années 1940. Ce généraliste est peu regardant : il s’accommode aussi bien du milieu agricole que du forestier. Angélique Dupuch cherche à savoir s’il supplante le loup dans les forêts québécoises. « On sait que le loup est très sensible aux perturbations humaines et a besoin de grands territoires forestiers », explique la professeure en écologie animale à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).
Devant le peu de données récentes disponibles sur le loup dans la province, Angélique Dupuch amorce un projet de recherche en plusieurs volets. Grâce à différentes technologies (caméra, analyse des excréments, analyse génétique des poils, enregistrement des hurlements), la chercheuse tentera d’estimer la densité du loup sur différents territoires, mais également la fréquence de l’hybridation loup-coyote. « On veut mieux documenter [ces croisements] et savoir s’ils ont des conséquences », résume-t-elle. Ces hybrides pourront-ils jouer le même rôle que le loup, qui contrôle les populations de cervidés ? « Les coyotes s’alimentent plutôt de proies de plus petite taille », remarque celle qui étudiera donc le régime alimentaire des « coyloups ».
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