Les régions du Québec sont-elles prêtes à affronter les changements climatiques ? Un nouvel indice met en lumière des inégalités importantes.

Terence Epule Epule
Photo : Mélissa Roy UQAT
Sécheresses, ravageurs, inondations et vagues de chaleur fragilisent la production agricole. Sous la direction de Terence Epule Epule, professeur en agroclimatologie et adaptation aux changements climatiques à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), une équipe a mis au point un indice pour évaluer la capacité d’adaptation aux changements climatiques de six régions du Québec. L’étude, récemment publiée dans Nature Scientific Reports, a permis de recenser celles qui sont les mieux – et les moins bien – préparées à faire face à ces défis.
En quoi consiste cet indice et sur quelles données s’appuie-t-il ?
Cet indice est un nouvel outil permettant aux chercheurs et chercheuses, au gouvernement, aux agriculteurs et agricultrices, etc., de suivre et d’évaluer la préparation du Québec face aux facteurs de stress et aux extrêmes climatiques. Cet indice repose sur des données climatiques, telles que les précipitations, la température et les jours de gel, et sur des indicateurs de capacité d’adaptation, comme la littératie climatique et le revenu des ménages agricoles.
Ainsi, la préparation à l’adaptation dépend des conditions climatiques, qui sont relativement faciles à évaluer, mais aussi de la capacité d’adaptation des régions, ce qui n’est pas simple à mesurer. Pour ce faire, nous nous sommes basés sur des variables indirectes, soit les taux d’alphabétisation et de pauvreté. Ces variables exercent une influence transversale sur la plupart des secteurs. L’objectif était de déterminer quelles régions, parmi six, sont les mieux préparées aux changements climatiques.
Qu’avez-vous découvert ?
Nos résultats montrent que les agriculteurs et agricultrices des régions centrales, comme le Centre-du-Québec, la Montérégie et l’Estrie, sont mieux préparés aux changements climatiques que ceux des régions périphériques, comme l’Abitibi-Témiscamingue, l’Outaouais et le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans les régions périphériques, le niveau de connaissances climatiques est plus faible et le taux de pauvreté est plus élevé que dans les régions centrales.
Comment ce nouvel indice pourrait-il aider la province à se préparer ?
Cet indice met en évidence le fait que l’amélioration des conditions socio-économiques des producteurs et productrices est le meilleur moyen de renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux changements climatiques. Cela exige une meilleure connaissance et une meilleure sensibilisation au climat. Un ménage est moins vulnérable lorsqu’il dispose de réseaux lui permettant d’obtenir des informations sur le stress climatique, de lire et de comprendre les données météorologiques, ou tout simplement d’accéder aux résultats de recherches telles que les nôtres.
Par ailleurs, les productrices et producteurs situés dans des régions plus prospères ont généralement un meilleur accès à des variétés résistantes à la sécheresse et à des infrastructures comme l’irrigation, ce qui renforce leur capacité d’adaptation. Il est fortement recommandé que les mesures politiques se concentrent sur ces indicateurs socioéconomiques, qui contribueront à bâtir des systèmes agricoles résilients.
Photo en ouverture : Shutterstock