Au Québec, depuis 2015, les animaux ne sont plus considérés comme des « biens meubles », mais comme des « êtres doués de sensibilité ». L’aboutissement d’un long chemin.
Au fil de l’histoire, les animaux ont tour à tour été considérés comme doués de responsabilité (on pouvait leur faire un procès au Moyen Âge) puis relégués au statut d’objets. Par la suite, les « bêtes » d’autrefois sont devenues des êtres sensibles à protéger, dotés d’un statut reconnu dans la société.

Avec la permission de Marie-Pier Berthelet
Pour Marie-Pier Berthelet, doctorante en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous la direction de Pascal Bastien et Rob Boddice (Université de Tampere, en Finlande), Londres au 19e siècle est un terrain idéal pour comprendre cette évolution. À partir de l’histoire des combats d’animaux, elle étudie comment l’interdiction de ces loisirs populaires a contribué à transformer les sensibilités. Entrevue.
Quels sont les principaux jalons ayant marqué le droit des animaux ?
Les réflexions sur le statut des animaux non humains commencent dès le 17e siècle, mais le premier projet de loi en Angleterre date de 1809. La première loi adoptée, le Martin’s Act (1822), interdit la cruauté envers le bétail. Les animaux d’élevage sont les premiers protégés, car ils sont très nombreux et visibles. Les abattoirs étant en ville, la violence envers eux est difficile à ignorer. Puis, en 1835, une loi encadre les combats de chiens et de coqs, très populaires et lucratifs. Tous les animaux n’ont pas le même statut, ils ne sont pas protégés ou valorisés au même moment.
Mais ce n’est pas parce qu’une loi existe que la pratique disparaît. Par exemple, on trouve encore des combats d’animaux bien après leur interdiction officielle. On voit aussi apparaître des organismes comme la Society for the Prevention of Cruelty to Animals, fondée en 1824 à Londres, qui joue un rôle central dans l’application des lois. Derrière l’argument de protection animale se cache surtout une volonté bourgeoise de « civiliser » les classes populaires. C’est autant une lutte de classes qu’une lutte pour la défense des animaux.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Au Québec, la dernière réforme date de février 2024. Elle élargit la protection à de nouvelles espèces (lapins, cochons miniatures, furets) et oblige les propriétaires à assumer davantage de responsabilités. Les animaux de compagnie bénéficient d’un statut renforcé, puisqu’on reconnaît maintenant leur fonction affective.
Plus largement, le droit animal a été relancé à partir des années 1960 par les mouvements animalistes, le véganisme ou l’antispécisme. Ce qui est frappant, c’est que jamais nous n’avons autant parlé de protection animale, alors que les animaux autres que domestiques sont de plus en plus absents de nos vies quotidiennes. L’élevage industriel a rendu la violence invisible, ce qui complique la prise de conscience.
Quels sont les défis pour l’avenir ?
Le principal frein, ce sont nos habitudes culturelles et alimentaires. Les animaux de compagnie et sauvages sont mieux protégés, car on les valorise affectivement ou symboliquement, mais les animaux d’élevage restent dans l’ombre. Malgré tout, nous vivons une période charnière. Certains scientifiques parlent d’une « ère post-domestique », où nos sociétés, moins dépendantes de l’exploitation animale, repenseront leur rapport au vivant. Le droit reste un levier essentiel, même s’il est toujours en retard sur les mentalités. Les lois ne créent pas le mouvement, mais elles l’officialisent et lui donnent du poids.
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