Publicité

Les travaux des scientifiques peuvent vivre à l’extérieur des murs de l’université. Et quand ils parviennent sur le terrain, ce sont des milliers d’individus qui voient leur pratique bonifiée.

Une fois la formation initiale terminée, la vie professionnelle s’étire sur plusieurs décennies et est parsemée de
nombreux défis. Pour mieux les relever, les professionnels peuvent, dans plusieurs cas, compter sur la recherche, particulièrement lorsqu’elle est bien vulgarisée. Plusieurs auteurs des Presses de l’Université du Québec (PUQ) rédigent justement des ouvrages afin de mettre en lumière les avancées scientifiques les plus récentes et ainsi soutenir les professionnels dans leur pratique. En voici trois exemples dans des domaines aussi variés que les changements climatiques, le génie de la construction et le management.

Les effets des changements climatiques sur la biodiversité québécoise

Dominique Berteaux. Photo fournie par D. Berteaux.

Les changements climatiques sont en train de modifier le visage du monde. Mais quels effets auront-ils sur la biodiversité au Québec? En 2007, Dominique Berteaux, professeur d’écologie à l’Université du Québec à Rimouski, a été le premier à se lancer dans la création d’un vaste modèle de prédiction des répercussions des changements climatiques sur 1 000 espèces d’animaux et de plantes présentes dans la province. Sept ans plus tard, l’ouvrage Changements climatiques et biodiversité du Québec paraissait aux PUQ. Au départ, pourtant, l’objectif était uniquement de produire des articles scientifiques sur le sujet.

«Mais plus le travail avançait, plus il devenait évident que les principales retombées seraient pratiques et qu’il fallait trouver un moyen d’élargir la diffusion des résultats et de les rendre concrets pour que les spécialistes en conservation de la faune et en gestion des forêts puissent les utiliser», raconte Dominique Berteaux, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique.

Il ne s’est pas trompé. Rapidement, il a eu vent que des biologistes du gouvernement commençaient à creuser des questions précises mentionnées dans le livre, comme la migration assistée, une intervention qui aiderait des espèces à s’installer dans des endroits plus favorables sur le plan climatique.

De plus, Dominique Berteaux s’est assuré que ses collègues dans les universités et les cégeps pourraient facilement reprendre en classe des éléments de l’ouvrage. «Un site Web a été créé où j’ai déposé des outils vulgarisés en français pour les professeurs», ajoute-t-il.

Alors que les problèmes liés au réchauffement climatique sont brûlants d’actualité, le livre, qui a obtenu en 2015 le prix littéraire scientifique Hubert-Reeves, gardera encore longtemps toute sa pertinence.

«Les gens veulent faire quelque chose, mais ne savent pas par quel bout prendre ces enjeux, constate le chercheur. L’ouvrage leur donne des pistes pour intervenir de façon concrète. D’ailleurs, je trouve très important que, comme scientifiques, nous créions des liens avec le reste de la société. Pour éviter d’être déconnectés, nous devons bâtir des ponts.»

À VOIR

«Prix littéraire scientifique Hubert-Reeves 2015», une capsule vidéo qui présente le livre Changements climatiques et biodiversité du Québec à l’occasion de l’attribution du prix Hubert-Reeves.

Des matériaux composites qui font des miracles

Omar Chaallal. Photo: ÉTS

Comment le pont Champlain, construction parmi les plus fréquentées au pays qui aurait largement dépassé sa durée de vie utile, tient-il debout depuis 1962? Il y a une explication tout à fait rationnelle derrière cet exploit. «On lui a donné 10 années supplémentaires en renforçant sa structure avec des matériaux composites à base de polymère renforcé de fibres [PRF] qu’on a collés en surface», explique Omar Chaallal, professeur au Département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure (ÉTS) et titulaire de la Chaire de recherche ÉTS sur la réhabilitation et le renforcement des infrastructures.

Pour réussir pareille entreprise, les ingénieurs doivent prendre en considération plusieurs éléments de la structure, en plus de respecter les normes canadiennes pour les bâtiments et les ponts. Appliquer cette technologie à une construction, qu’elle soit petite ou grande, est donc un défi de taille. Mais pour aider les ingénieurs à le relever, Omar Chaallal, qui est membre du comité de la norme canadienne pour le renforcement de structures de bâtiments, a écrit le livre Matériaux composites en PRF : renforcement des structures existantes en béton armé, publié aux PUQ en 2018.

«Le livre compte une partie théorique et une partie systémique, mentionne M. Chaallal. Par exemple, dans une approche pratique, on montre comment analyser les éléments importants de la conception de l’ouvrage et les calculs à faire pour comprendre les différents impacts que créera le renforcement sur la structure.»

Les matériaux composites en PRF se révèlent avantageux à plusieurs égards, alors que nos installations vieillissantes flanchent les unes après les autres : leur application est rapide et peu coûteuse, peut se faire dans un espace restreint et le tout sans arrêter la circulation. Pas étonnant que le vieux pont Champlain soit l’un des projets au Canada ayant reçu le plus grand volume de matériaux composites en PRF! Cela dit, ils sont aussi employés dans une foule d’autres petits travaux de structure. Comme lorsque le propriétaire d’un bâtiment souhaite construire un étage de plus ou s’il fait une ouverture dans la dalle de béton pour ajouter un escalier.

Omar Chaallal, un ingénieur qui a travaillé pendant plus de 10 ans dans des firmes de génie-conseil avant de se joindre au milieu universitaire et qui agit encore à titre de consultant, affirme avoir senti une forte demande de l’industrie pour écrire cet ouvrage.

«Il y avait vraiment le besoin d’un livre de référence qui considérait autant l’évolution des technologies que celle des normes pour les ingénieurs qui exercent au Canada», dit-il. La preuve? Déjà, le volume est utilisé dans la pratique comme dans les salles de classe.

 

À VOIR

«Chaire de recherche ÉTS sur la réhabilitation et le renforcement des infrastructures», une capsule vidéo mettant en vedette Omar Chaallal:

Les défis du changement perpétuel en entreprise

Martin Lauzier. Photo: UQO/Sarah Scott photographie

Il n’y a pas si longtemps, lorsqu’une entreprise changeait l’une de ses façons de faire, il ne s’agissait pas d’une mince affaire. C’était une période difficile à traverser et, par la suite, les employés savouraient le retour au calme. Or, tout s’est accéléré sur le terrain et les changements se vivent maintenant en mode continu! Ce nouveau rythme et les connaissances qui en ont émergé ont convaincu Martin Lauzier, professeur au Département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), et Nathalie Lemieux, de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM), professeure au Département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM, de concevoir un ouvrage collectif sur le sujet, destiné aux organisations québécoises. C’est ainsi que le livre Améliorer la gestion du changement dans les organisations : vers de nouvelles connaissances, stratégies et expériences, publié aux PUQ à l’automne 2018, a vu le jour.

«Nous sommes allés chercher des spécialistes de la gestion du changement ici et en Europe pour rendre accessibles les connaissances les plus récentes basées sur des données probantes dans le domaine», relate Martin Lauzier, qui est également titulaire de la Chaire Addoceo sur le développement des ressources humaines en santé (ISM-UQO).

«Le livre montre bien l’évolution de la gestion du changement au fil des ans et présente une multiplicité de points de vue et d’approches», ajoute-t-il. Certains chapitres apportent un éclairage neuf à des composantes étudiées depuis longtemps en gestion du changement, comme le leadership, la communication et la résistance au changement. Mais d’autres chapitres présentent de nouvelles connaissances, comme la gestion agile − qui s’adapte rapidement à l’évolution de l’environnement − et l’entreprise libérée, c’est-à-dire qui s’affranchit de ses règles préétablies.

«Il y a encore peu d’écrits sur ces sujets, mais notre livre contient des données sur ces nouvelles réalités, comme une étude de cas réalisée en Belgique sur une organisation qui s’est libérée dans un contexte de services publics extrêmement syndicalisé», indique Nathalie Lemieux.

Nathalie Lemieux. Photo: UQAM/Émilie Tournevache

Pour s’assurer de la rigueur scientifique de leur ouvrage, les codirecteurs ont d’ailleurs fait évaluer chaque chapitre par deux professeurs-chercheurs du domaine.

Le livre s’adresse autant à des étudiants des cycles supérieurs qu’à des chercheurs et à des praticiens qui doivent renouveler leurs bases de connaissances en se fondant sur des données probantes.

«En plus de montrer l’évolution des connaissances en gestion du changement, dit Nathalie Lemieux, le livre permet de voir où le monde du travail s’en va.» Il reste maintenant à espérer que les gestionnaires trouveront le temps de lire l’ouvrage alors que les organisations sont en constante transformation!

 

 

 

Publicité

À lire aussi

EN PARTENARIAT AVEC LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
En partenariat

Transfert des connaissances et apprentissages

Des manuels scolaires et des livres didactiques rédigés au Québec deviennent des références dans leur domaine. Des couloirs d’hôpitaux aux amphithéâtres universitaires, ces ouvrages forment nos professionnels d’aujourd’hui et de demain.
En partenariat

Dossier spécial: Le Québec à l’heure des changements climatiques

Dans ce dossier spécial, découvrez comment le Québec évoluera si rien n'est fait pour limiter nos émissions de GES, et explorez les solutions imaginées par les chercheurs d'ici.
Québec Science 14-11-2019
En partenariat avec l'Université du Québec
En partenariat

La transition écologique se passe en ville

Les milieux urbains seront frappés de plein fouet par les changements climatiques dans les prochaines décennies. Un virage dans leur gestion et leur développement est plus que jamais nécessaire. Voici trois scientifiques qui cherchent à les épauler dans cette immense tâche.
Maxime Bilodeau 14-11-2019