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Santé

Le nombre de cas de rougeole est constant au Québec

11-04-2019

Virus de la rougeole en 3D. Illustration: CDC/Alissa Eckert

Les cas de rougeole augmentent dans plusieurs régions du monde, mais leur nombre reste stable au Québec et est loin d’être alarmant.

Mis à part les deux épidémies déclarée en 2011 (776 cas) et en 2015 (159 cas, la grande majorité étaient issus d’une communauté religieuse non vaccinée), il survient de 0 à 4 cas de rougeole par année au Québec.

Dans le monde, par contre, c’est une autre histoire; une hausse marquée des cas est notable. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait à la mi-janvier qu’il y avait eu près de «229 000 malades signalés dans le monde pour 2018, contre environ 170 000 en 2017». Mi-avril, l’OMS notait une hausse de 300% au premier trimestre 2019, en comparaison à la même période en 2018.

Le faible nombre de cas au Québec est dû à l’efficacité du programme de vaccination chez les jeunes enfants. «On obtient des taux de vaccination de l’ordre de 97% pour la première dose de vaccin contre la rougeole», indique Gaston De Serres, médecin et épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Les statistiques depuis 2008, dont une mise à jour est effectuée tous les deux ans, demeurent stables. «À cinq ans, presque 95% des enfants ont reçu leurs deux doses du vaccin contre la rougeole », indique-t-il.

Avant l’arrivée du vaccin sur le marché en 1970, la rougeole était beaucoup plus répandue dans la population québécoise; il y a eu jusqu’à 61 370 cas en une année. Le vaccin a tout changé. «Quand on dit qu’il y a beaucoup de cas au Québec lorsqu’il y en a 10, 14 ou 21, ce n’est rien comparativement à ce qu’il y avait avant l’ère de la vaccination où pratiquement tout le monde avant l’âge de 15 ans avait déjà eu la rougeole», souligne l’épidémiologiste de l’INSPQ.

Cette maladie, hautement contagieuse, est causée par un virus de la famille des Paramyxoviridae. Lorsqu’un malade relâche dans l’air des gouttelettes provenant des sécrétions de son nez ou de sa gorge, le virus peut demeurer en suspension et infecter une personne non vaccinée jusqu’à deux heures après.

L’agent infectieux pénètre par les voies respiratoires et les premiers symptômes se manifestent au bout d’une dizaine de jours : fièvre, toux, conjonctivite, écoulement nasal et tâches blanchâtres à l’intérieur des joues qui sont suivis de rougeurs sur le visage qui se répandent sur tout le reste du corps. Les complications peuvent aller d’une otite à une encéphalite, et jusqu’au décès.

Incidence de la rougeole (cas par million) entre juillet 2017 et juin 2018. Source: OMS

La situation en Europe, aux États-Unis et au Japon est moins reluisante qu’ici. Dans un communiqué publié récemment, l’OMS signale qu’elle surveille la situation en Europe, dont «le nombre total de personnes infectées par le virus en 2018 était aussi le plus élevé de cette décennie : 3 fois le nombre total signalé en 2017 et 15 fois le nombre exceptionnellement peu élevé de personnes infectées en 2016.» À l’échelle mondiale, selon un rapport préliminaire de l’OMS publié le 15 avril dernier, les cas de rougeole continuent de grimper avec «une hausse de 300% pour les trois premiers mois de 2019 comparativement à la même période en 2018.»

Mais la véritable crise se trouve plutôt dans une dizaine de pays dont Madagascar, l’Ukraine et l’Inde. Plus de 202 000 cas ont été répertoriés dans ces trois pays de mars 2018 à mars 2019, selon l’OMS, car la couverture vaccinale y est insuffisante. «Dans les pays développés comme dans les pays en développement, ces épidémies sont parfois causées par de mauvaises infrastructures de santé, des troubles civils, une faible sensibilisation de la population, une baisse de la vigilance et une réticence à la vaccination», indique l’UNICEF.

Dans certaines régions en développement d’Asie et d’Afrique, les infrastructures sanitaires insuffisantes et le manque d’accès au vaccin résultent également en l’augmentation du nombre de cas.

Selon l’OMS, «en 2017, 110 000 personnes sont décédées des suites de la rougeole à travers le monde, surtout des enfants de moins de 5 ans».

Le mouvement anti-vaccination

Pour comprendre le mouvement anti-vaccin, il faut effectuer un bref retour en 1998. Le Britannique Andrew Wakefield et ses collègues publient alors un article dans la revue The Lancet suggérant un lien entre le vaccin RRO (contre rougeole, rubéole et oreillons) et l’autisme. Cette étude, réalisée sur un petit groupe de 12 enfants, a été retirée par la suite avec le dévoilement de plusieurs éléments frauduleux, dont des méthodes de recherche non éthiques, conflits d’intérêts et falsification de données.

Mais après la publication de l’étude en 1998, une baisse marquée de la vaccination au Royaume-Uni est survenue et «il a fallu près de deux décennies pour que les taux de vaccination se rétablissent».

«Ce scandale a eu un grand impact sur la couverture vaccinale contre la rougeole en Europe et particulièrement en Angleterre. Ici, au Canada, cet événement n’a pas été sans conséquence, indique Gaston De Serres. Cela a créé beaucoup d’inquiétudes chez les parents, mais heureusement, nous n’avons pas assisté à une baisse dramatique du taux de vaccination.»

Mise à jour le 15 avril 2019 pour tenir compte du nouveau rapport préliminaire publié par l’OMS signalant la hausse en Europe et à l’échelle mondiale.

Une dose et puis deux

Au tout début de la vaccination contre la rougeole, une seule dose était administrée. «Cependant, en 1989, le Québec a été touché par une grosse épidémie où il y a eu plus de 10 000 cas déclarés», rappelle le médecin Gaston De Serres. Une grande proportion de ces personnes affectées par la maladie avait déjà été vaccinée. Pour améliorer la situation, le programme de vaccination a ensuite introduit une deuxième dose du vaccin.

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