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16-11-2018

Une commotion cérébrale sur deux n’est jamais détectée. Pour renverser la tendance, des chercheurs perfectionnent les techniques de détection et les protocoles de guérison.

Le Québec est le premier endroit au monde à s’être doté d’un protocole de gestion des commotions cérébrales − c’est dire comme le sujet s’est élevé au rang de préoccupation collective au cours des dernières années ! Publié en 2017, le document gouvernemental d’une douzaine de pages détaille la marche à suivre en cas de traumatisme craniocérébral léger (TCL). Surtout, il cristallise la prise de conscience du milieu sportif vis-à-vis d’un fléau qui touche plusieurs disciplines. « Tous les intervenants, des joueurs aux parents en passant par les fédérations, sont plus que jamais sensibilisés aux commotions cérébrales. C’est sur toutes les lèvres », confirme Éric Wagnac, professeur au Département de génie mécanique de l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.

Malgré tout, les commotions cérébrales sont encore très fréquentes. Selon l’expert en traumatologie, jusqu’à une commotion sur deux n’est jamais détectée. Les joueurs de soccer sont tout particulièrement à risque. Paradoxal pour un sport qui, en théorie, n’implique pas de contacts ! « C’est un des rares sports dans lequel on utilise activement sa tête. Or, ces impacts répétés causent des microdéchirures au cerveau qui, à long terme, peuvent provoquer des symptômes de commotion cérébrale comme les maux de tête ou les pertes de mémoire », explique le jeune chercheur.

Joueuses portant le bandeau utilisé par des chercheurs de l’ÉTS pour mieux détecter les différents types d’accélération de la tête. Photo: Caroline Lecours

Mise en jeu

Le risque réel auquel sont exposés les as du ballon rond n’a toutefois jamais été calculé. La raison : il est difficile de mesurer les accélérations de la tête subies par des joueurs sur le terrain lorsque les instruments de détection sont dotés… de fils. Résultat : les rares études parues sur le sujet ont été principalement réalisées en laboratoire, « ce qui est plutôt imparfait », souligne Éric Wagnac. Avec son collègue Yvan Petit, aussi du Département de génie mécanique de l’ÉTS, et la doctorante Caroline Lecours, il a donc entrepris de corriger la situation. Pour y arriver, les collaborateurs ont misé sur le SIM-G, un bandeau constitué d’un gyroscope et de deux accéléromètres qui a le mérite de se faire facilement oublier.

Huit joueurs et 16 joueuses de bon niveau et âgés de 18 à 24 ans ont ainsi enfilé ce petit bijou technologique avant de s’affronter dans des matchs de compétition. Les accélérations de la tête des participants ont été enregistrées tout au long de leurs passes d’armes, qui étaient elles-mêmes captées par l’œil attentif d’une caméra. Le but : distinguer les différents types d’accélérations subies par la boîte crânienne, puis déterminer le risque de commotion cérébrale associé à chaque type. « Nous nous attendions à ce que les mouvements de rotation, comme une redirection du ballon, soient plus dangereux, puisqu’ils provoquent du cisaillement entre les matières blanche et grise du cerveau », affirme Éric Wagnac.

Leurs doutes ont été confirmés : tant chez les hommes que chez les femmes, les techniques de tête, et tout particulièrement celles où s’effectue un mouvement de rotation, ont entraîné des accélérations potentiellement dommageables. Les impacts involontaires, comme la collision entre deux joueurs, étaient aussi synonymes de risques, mais bien moindres. Les défenseurs sont, semble-t-il, plus touchés que les attaquants. « La prochaine étape est d’établir des seuils de détection spécifiques au soccer, puisque les seuils utilisés dans cette étude pilote sont ceux en vigueur au football, les seuls dont nous disposons encore. À terme, nous voulons mettre le doigt sur des patrons distincts de coups à la tête qui causent des commotions cérébrales », révèle le scientifique.

Quand j’ai commencé à explorer la possibilité de faire suivre aux commotionnés un programme d’exercice, on riait un peu de moi

Philippe Fait, chercheur à l'UQTR

Le meilleur traitement ? Le sport !

Une fois la détection des commotions cérébrales facilitée, encore faut-il proposer un traitement adéquat. C’est ce qui intéresse Philippe Fait, professeur au Département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et fondateur de la Clinique Cortex, qui se spécialise dans la prise en charge du TCL. « J’aime dire que je fais de la recherche appliquée : les cas que je rencontre à la clinique nourrissent mes projets et vice versa. Ce sont des vases communicants », fait valoir ce précurseur − sa clinique est la première du genre à avoir ouvert ses portes au Québec.

Ses recherches portent entre autres sur les pertes de capacités fonctionnelles qui découlent des commotions cérébrales. Dans le cadre d’une étude parue en 2014 dans le Journal of Neurotrauma, il a par exemple demandé à 13 jeunes âgés de 9 à 15 ans aux prises avec des séquelles de commotion cérébrale d’accomplir deux tâches simultanément ; la première sollicitait la mémoire alors que la seconde, qui consistait à appuyer sur des boutons à un certain rythme, faisait appel aux capacités motrices fines. Au final, les jeunes athlètes éprouvaient davantage de difficulté que leurs coéquipiers non blessés à réaliser cette double tâche. Des clichés obtenus à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique montraient d’ailleurs un fonctionnement anormal des structures activées dans l’accomplissement de ces tâches, ce qui explique les pertes de capacités fonctionnelles des sujets.

Philippe Fait croit au potentiel de l’activité physique pour aider les jeunes − et les moins jeunes − victimes à remonter la pente à la suite d’une commotion cérébrale. Une idée banale en apparence, mais néanmoins radicale. « Historiquement, le traitement pour la commotion cérébrale a toujours été le repos. Quand j’ai commencé à explorer la possibilité de faire suivre aux commotionnés un programme d’exercice, on riait donc un peu de moi », raconte-t-il. Les résultats ont pourtant été au rendez-vous : au sein d’un groupe de 15 jeunes sportifs à qui l’on a prescrit un entraînement aérobie de faible intensité, la gravité des symptômes de la commotion cérébrale a diminué après une quarantaine de jours, pouvait-on lire dans les pages du British Journal of Sports Medicine en 2017.

La recherche du meilleur protocole de guérison d’une commotion cérébrale n’est pas une sinécure. Selon l’expert, plusieurs facteurs comme l’âge et le sexe des victimes, de même que la gravité des coups, la récidive et la persistance des symptômes, influent sur l’approche à préconiser. « On commence à peine à reconnaître qu’il existe différents types de maux de tête selon la nature du TCL. Des serrements diffus n’indiquent pas la même chose qu’une douleur localisée ou que des vertiges », illustre-t-il. Le chemin vers des interventions véritablement personnalisées sera encore long. Au moins, la marche est bien entamée.

 

Photo en ouverture: iStock

Ce reportage fait partie du supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l’Université du Québec

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