Publicité
Santé

Le confinement, un risque pour les enfants?

29-05-2020

Image par mfacchinetti de Pixabay

Les enfants supportent mieux la COVID-19 que les adultes… mais qu’en est-il du confinement?

Les parents devraient-ils s’inquiéter des conséquences du confinement sur leurs jeunes enfants?  Et doivent-ils favoriser le retour à une vie « normale », du moins pour les petits? Ces questions deviennent de plus en plus pressantes, alors que de nombreuses familles peinent à faire respecter la « règle des 2 mètres » à leur progéniture.

Plusieurs spécialistes ont d’abord alerté sur les risques liés au confinement prolongé de certains enfants vulnérables, un raisonnement qui a mené aux récents débats entourant la réouverture des écoles, camps de jours ou garderies.

Aujourd’hui, de plus en plus de pédiatres dénoncent l’application trop stricte des mesures de distanciation chez les tout-petits, et appellent à un assouplissement des règles à l’école et à la garderie.

« La communauté scientifique s’entend sur un point: la COVID-19 n’est pas dangereuse pour la très vaste majorité de la population pédiatrique », rappelait fin avril l’Association des pédiatres du Québec, critiquant le report de la reprise de la vie scolaire.

Alors que le Québec se déconfine progressivement, la nouvelle « normalité » imposée aux enfants questionne.

« L’enfant doit pouvoir se faire des amis, aller jouer dans la ruelle ou le parc. Il y a une menace dehors, oui, mais on doit se déconfiner en fonction de l’âge de l’individu, martèle Jean-François Chicoine, pédiatre à l’hôpital Ste-Justine. L’éducation et l’école ne développent pas juste les connaissances, on développe des personnes, il faut quelque chose qui donne le goût à l’enfant d’aller plus loin, pas juste des cours devant un écran. »

Ainsi, sortir les petits d’un confinement trop strict est primordial, selon les spécialistes.

Des études préliminaires non révisées par les pairs ont suggéré que, dans certains pays, des mesures de confinement très sévère ont eu des effets importants sur le comportement des enfants.

En Espagne, par exemple, où pendant un mois et demi, les enfants et adolescents n’avaient pas le droit d’aller jouer dehors, on a signalé que 40 à 90% des jeunes montraient plus de signes d’irritabilité, de difficulté de concentration ou d’anxiété.

Bien qu’au Québec et au Canada, le confinement ait été plus souple, certains enfants ont quand même montré des symptômes de détresse, surtout parmi des populations plus vulnérables, des familles monoparentales ou défavorisées, celles où les parents sont moins disponibles.

« Ces 2-3 dernières semaines, on a remarqué que nos populations cliniques vont moins bien, confirme le Dr Chicoine. On a vu plus de déprime, de lassitude, d’irritabilité. Ces enfants ne sont pas assez occupés physiquement et socialement. L’expérience d’amitié repose sur des mécanismes physiques et neurologiques qu’une expérience virtuelle n’arrive pas à compenser. Certains de nos jeunes sont même tannés des écrans! »

Des réactions différentes selon l’âge

Plusieurs variables influencent le vécu des enfants, comme le milieu dans lequel ils évoluent, la présence de frères et sœurs, etc. L’âge joue aussi un rôle important.

« Chez les moins de trois ans, à partir du moment où les parents sont bien, les enfants seront moins affectés par le confinement, explique le Dr Chicoine. À partir de 3 ans, l’enfant développe son imagination et son langage. C’est très amusant, et ça le gardera très occupé. »

Cet âge est toutefois celui où l’enfant fait des apprentissages pour lesquels la compagnie d’autres enfants est nécessaire, comme la notion de propriété et de partage.

« Cette période est le moment où l’enfant apprend à maîtriser son agressivité, son empathie ainsi que la résolution de conflit par le partage des jouets », explique Francine Ferland, professeure émérite à l’Université de Montréal et autrice de plusieurs livres sur le développement de l’enfance.

« Vers 5 ans, l’enfant commence à donner de la valeur aux amis, aime apprendre avec eux, participe à des activités développées ou des jeux avec des règlements. Pour que ces développements aient lieu, il faut des relations d’égal à égal entre enfants, ce qui n’est pas le cas lorsqu’il joue avec un adulte en position d’autorité. » Elle ajoute que le milieu familial est le principal pourvoyeur de « normalité ».

« Les enfants sont des éponges, explique la spécialiste. Si des discussions familiales sur le loyer poussent les parents à être anxieux, les enfants vont l’être à leur tour. Il faut tenter de créer une atmosphère détendue pour minimiser les effets négatifs. Une routine comportant 15 minutes d’activités parent-enfant quelques fois par jour peut suffire. L’idée est d’avoir du plaisir, le parent ne doit pas se mettre trop de pression sinon l’enfant la ressentira aussi. »

À partir de 6 à 8 ans, la pensée logique commence aussi à apparaitre et les connexions dans le cerveau s’enrichissent, un développement qui, pour plusieurs experts, nécessite des interactions sociales. « Le cerveau aime prendre des risques et le fait de ne pas être stimulé par l’éducation et les interactions sociales rend le tout plus difficile, ajoute Jean-François Chicoine. Or, ces derniers mois, les enfants étaient plutôt en situation de pauvreté intellectuelle, on restait avec les mêmes acquis et l’excitation des connaissances nouvelles n’était pas là. C’est encore pire à l’adolescence, où la capacité d’anticipation est essentielle. Or, dans une crise comme celle de la COVID, les jeunes ont plus de difficulté à être motivés face à l’avenir, et on remarque une hausse du nombre de jeunes voulant abandonner l’école. »

Des effets permanents?

Comme beaucoup d’éléments en lien avec la pandémie actuelle, il est présentement trop tôt pour savoir si la crise de la COVID-19 aura des effets à long terme sur le développement des enfants. « Il faut beaucoup plus de recul et de rigueur scientifique avant de se prononcer là-dessus, explique le Dr Chicoine. Certains emploient déjà le terme ‘génération perdue’. Scientifiquement, on ne peut pour l’instant pas affirmer cela. »

Le chercheur se veut même rassurant. « Cette situation apporte du positif et du négatif, estime-t-il. Plusieurs enfants s’en sortent très bien, même si les relations familiales sont changées. Pour beaucoup de familles, ça peut même être une occasion d’approfondir des liens alors qu’ils n’en avaient habituellement pas le temps. »

Manquer des occasions de développement sur une période de 3 ou 4 mois n’entraînera très certainement pas de conséquences à long terme. Si toutefois le confinement venait à être prolongé sur une période de 6 à 12 mois, lors d’une deuxième vague par exemple, la situation serait plus problématique.

 

 

 

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

Publicité

À lire aussi

Santé

Comment prévenir les allergies?

Les experts sont unanimes: pour éviter les allergies, il vaut mieux introduire les aliments allergènes tôt dans la vie des enfants.
Marine Corniou 03-01-2019
Santé

L’ensemencement vaginal, utile?

Pour que les bébés nés par césarienne puissent hériter des bactéries de leur mère, certaines familles pratiquent un ensemencement vaginal.
Marine Corniou 16-02-2017
Santé

L’allergie soudaine chez l’adulte: comment l’expliquer?

Comment expliquer que certaines personnes deviennent subitement allergiques à un aliment qu’elles ont consommé sans problème toute leur vie ?
Marine Corniou 27-12-2018