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Santé

Les connaissances sur l’efficacité des masques progressent

03-07-2020

Image par ivabalk de Pixabay

À partir du 13 juillet, le port du couvre-visage, aussi appelé masque artisanal, sera obligatoire dans les transports en commun au Québec. Sur quoi cette décision se base-t-elle? Le masque protège-t-il les citoyens contre le risque d’attraper la COVID-19? La question n’en finit plus d’alimenter les débats depuis le début de la pandémie, mais la tendance est au principe de précaution.

D’un pays à l’autre, les recommandations varient. Certains pays ont imposé très tôt le port du masque partout dans l’espace public, comme le Venezuela et le Vietnam. D’autres, comme la France, l’Allemagne ou encore l’Autriche l’ont rendu obligatoire dans les transports en commun.

L’argument clé reste celui de la protection des autres : beaucoup de personnes ayant contracté le SARS-CoV-2 sont contagieuses avant le début des symptômes et risquent donc de disséminer le virus sans le savoir. Quand on sait que le simple fait de parler, même pour les personnes asymptomatiques ou présymptomatiques, suffit à émettre des gouttelettes contaminées, on comprend qu’une barrière physique puisse limiter les dégâts.

« Les données récentes montrent clairement que la transmission aéroportée peut être efficace bien au-delà de 2 mètres. Des recherches du Massachusetts Institute of Technology, qui ont été répétées dans plusieurs autres études indépendantes, indiquent que la transmission se produit sur plus de 7 m. Voici pourquoi on devrait porter un masque de protection, en plus de garder la distance et de se laver les mains », rappelle Parisa Ariya, professeure au Département des sciences atmosphériques et océaniques et de chimie de l’Université McGill et spécialiste des aérosols.

Les données sont toutefois moins unanimes quant à la protection que confère le masque à celui qui le porte. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même a entretenu le flou, en arguant d’abord que cela donnait un faux sentiment de sécurité. Début juin, elle a toutefois retourné sa veste et a changé ses recommandations, en suggérant aux gens de porter un couvre-visage dans les lieux publics, notamment dans les transports en commun.

Se protéger des autres?

Une étude publiée début juin dans le Lancet a rassemblé la plupart des données disponibles sur le sujet et a conclu que les masques pourraient également réduire le risque pour une personne saine d’être infectée par les gouttelettes des autres.

Elle a été menée par une équipe internationale incluant des chercheurs de l’université McMaster, en Ontario. Ils ont a analysé les informations issues de 172 études observationnelles; du lot, 44 études comparatives incluant plus de 25 000 participants ont été regroupées en méta-analyse.

Toutes les études prises en compte évaluaient, par des méthodologies diverses, l’impact de la distanciation physique, des masques ou des lunettes de protection sur la dissémination de la COVID-19, mais aussi du SRAS et du MERS dans la communauté et les établissements de soins, dans 16 pays.

Cette revue systématique, financée par l’OMS, a confirmé que la distanciation physique de plus de un mètre permettait de faire passer le risque de contamination de 13% à 3%. La protection était encore meilleure à une distance de 2 mètres.

Le port de lunettes de protection est lui aussi efficace, réduisant le risque de transmission de 16% à 5,5%.

Quant aux masques, ils sont eux aussi très efficaces, en particulier en milieu hospitalier: ils réduisent le risque d’infection de 85%. Une sous-analyse a permis de déterminer, sans surprise, que les masques de type N95 étaient efficaces à 96%, contre 67% pour les autres types de masques (chirurgicaux ou en coton). À noter que les études ne portaient pas spécifiquement sur les divers modèles de masques en tissu qu’on voit fleurir un peu partout dans les espaces publics.

« L’efficacité des masques diffère, évidemment. Par exemple, les modèles N95 sont très efficaces autant pour les gouttelettes que les aérosols viraux, plus petits. Certaines études récentes démontrent que les masques de coton multicouches offrent une protection relativement bonne contre la COVID-19, mais d’autres études démontrent que la rétention d’humidité, la réutilisation des masques en tissu et une mauvaise filtration peuvent entraîner un risque accru d’infection, et donc il faut les laver souvent », avertit Parisa Ariya.

Notons que cette revue de la littérature n’incluait aucun essai clinique randomisé, le meilleur type d’étude pour avoir une réponse claire à une question médicale. Pour des raisons logistiques et éthiques, un tel essai serait d’ailleurs impossible à mettre en place en période de pandémie. Ces résultats ont donc une « force » limitée sur le plan scientifique, comme le soulignent les auteurs. Mais ils sont étayés par le fait que des pays comme la Corée, Taiwan ou le Vietnam, où le port du masque est généralisé, ont mieux réussi que les autres à endiguer la première vague de COVID-19.

« Les données montrent clairement que les pays qui contrôlent désormais leur transmission de COVID-19 sont ceux qui ont mis en place des masques en plus des autres mesures, dès le début. Ils ont beaucoup moins de décès par habitant qu’ici au Québec », commente Parisa Ariya.

De plus en plus de pays optent ainsi pour le principe de précaution en recommandant le port du masque là où la distanciation est difficile à maintenir. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains ont eux aussi emboîté le pas en recommandant le couvre-visage pour les personnes de plus de deux ans dans les lieux publics.

Des instructions pour la fabrication de masques en tissu sont disponibles sur le site de Santé Canada.

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