Publicité
Les 10 découvertes de 2017

[5] Les décrocheurs discrets

04-01-2018

Dans plusieurs cas, le décrochage scolaire n’a rien à voir avec l’école. Il est plutôt lié à un événement stressant vécu récemment par le jeune.

Le décrochage est l’aboutissement d’un parcours scolaire difficile; c’est l’explication classique. Or, plusieurs décrocheurs présentent un dossier scolaire sans histoire. On les appelle d’ailleurs « décrocheurs discrets ». À quoi peut-on alors attribuer leur abandon ? Et si c’était le fait d’une crise, d’un stress récent, comme un conflit familial, un problème de santé ou de l’intimidation ?

C’était l’hypothèse de Véronique Dupéré, professeure et chercheuse à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et de son conjoint, Éric Dion, du département d’éducation et formation spécialisées à l’Université du Québec à Montréal.

« Les adolescents sont extrêmement sensibles aux “stresseurs”, notamment dans leurs relations sociales, explique Véronique Dupéré. Cela les rend susceptibles de prendre des décisions qui semblent régler le problème sur le moment, mais qui ont des conséquences négatives à long terme. »

Pour creuser les causes du décrochage, les chercheurs ont réalisé une étude dans 12 écoles secondaires, à Montréal et dans ses banlieues, où le taux de décrochage est particulièrement élevé. Ils ont d’abord fait remplir un questionnaire à plus de 6 500 jeunes de 14 ans et plus en début d’année scolaire pour les classer selon leur niveau de risque de décrochage. Puis, en cours d’année, chaque fois qu’un élève abandonnait, les chercheurs étaient avisés et tentaient de le joindre pour l’interviewer.

« C’était important de faire les entrevues à chaud pour que tous les récents événements soient frais dans leur mémoire, indique Éric Dion. Nous avons posé des questions de façon systématique sur des sujets précis, comme leur santé et leurs amis. »

Les chercheurs contactaient ensuite un élève au profil semblable à celui du décrocheur, mais qui avait persévéré, et l’interviewaient aussi. Au total, près de 550 entrevues ont été réalisées.

Le couple de chercheurs avait vu juste. Environ 40 % des jeunes qui ont décroché avaient vécu un événement stressant important dans les trois mois précédant leur départ de l’école. Dans près de trois cas sur quatre, ces stresseurs n’étaient pas liés à leurs apprentissages scolaires. Ces résultats ont été publiés dans la revue Child Development.

« Généralement, les deux jeunes avaient été exposés à des situations stressantes similaires pendant l’année scolaire mais, chez les décrocheurs, on voyait un changement important dans leur trajectoire au cours des trois mois précédant le décrochage », explique Véronique Dupéré.

Les chercheurs ne remettent pas en question que le décrochage puisse être lié à des difficultés scolaires, mais insistent sur l’importance d’agir sur d’autres facteurs en cause. « Il faut trouver des moyens de détecter rapidement des problèmes ponctuels, liés à l’école ou pas, qui surviennent dans la vie du jeune, et intervenir le temps que la crise passe », affirme Éric Dion.

« Ces investissements stratégiques pourraient éviter plusieurs cas de décrochage », estime Véronique Dupéré. Leur appel a été entendu : en octobre dernier, le Conseil supérieur de l’éducation attirait l’attention sur cette recherche dans une réflexion envoyée au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport sur le développement d’une école plus inclusive.

Voilà une étude dont les retombées ne se limiteront pas au milieu de la recherche. Heureusement, car avec son taux de décrochage moyen de près de 15 % (qui monte à 20 % pour les garçons dans le réseau public), le Québec en a bien besoin.

Photo: Bug Davidson

Ont aussi participé à la découverte : Isabelle Archambault et Michel Janosz (Université de Montréal); et des chercheurs de l’université Tufts et de l’université du Texas à Austin.
Publicité

À lire aussi

Les 10 découvertes de 2017

[6] Un marteau-piqueur pour déboucher les artères

Génie mécanique | Martin Brouillette - Université de Sherbrooke
Les 10 découvertes de 2017

Au public de voter… à partir du 4 janvier!

L'édition 2017 des 10 découvertes québécoises les plus impressionnantes est lancée.
Québec Science 21-12-2017
Les 10 découvertes de 2017

[2] Sonde anti-cancer

Médecine | Frédéric Leblond et Kevin Petrecca - Polytechnique Montréal et Institut et hôpital neurologiques de Montréal
Guillaume Roy 04-01-2018