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Les 10 découvertes de 2018

La forêt boréale profitera du réchauffement… jusqu’à un certain point

03-01-2019

Le biologiste Loïc D’Orangeville a brossé un tableau précis de l’avenir de la forêt boréale québécoise. Photo: Université du Nouveau-Brunswick

Vaste, majestueuse, productive: la forêt boréale est un joyau du Québec. Une étude brosse un tableau précis de son avenir à l’heure du réchauffement climatique. Ce qu’on y lit a de quoi nous réjouir… et nous inquiéter.

Les changements climatiques nous font craindre le pire, mais certaines régions du globe pourraient s’en tirer à bon compte. « Dans le nord du Québec, la saison de croissance des arbres est très courte. Si elle commence quelques semaines plus tôt à cause d’une augmentation de la température de deux degrés Celsius, on prédit que ce sera bénéfique pour la productivité de la forêt », soutient le chercheur Loïc D’Orangeville.

En l’absence d’autres perturbations, cette productivité pourrait carrément augmenter de 13 %. Du même coup, cela devrait contrebalancer la situation plus au sud, où les végétaux de la forêt boréale risquent de souffrir grandement du manque d’eau, malgré un allongement de la période de croissance pour eux aussi.

Mais il faut demeurer sous le seuil des deux degrés, prévient le biologiste. Au-delà, tout risque de basculer. « Ce ne sera vraiment pas une bonne nouvelle pour notre forêt boréale si l’on dépasse ce seuil. Dans nos simulations, on remarque que la ligne entre la zone qui est en déclin au sud et celle qui est favorisée au nord monte vers le nord à mesure que la température se réchauffe », explique le chercheur, qui a publié ces conclusions dans Nature Communications alors qu’il terminait son postdoctorat à l’Université du Québec à Montréal. Ainsi, si le réchauffement atteint trois degrés Celsius, les arbres situés au nord ne seront plus assez nombreux pour compenser les pertes subies au sud.

Des milliers d’échantillons

Si Loïc D’Orangeville a réussi à brosser un tableau aussi précis de l’avenir de la forêt boréale, c’est qu’il a pu bénéficier d’une base de données colossale : 270 000 échantillons d’arbres recueillis sans interruption depuis 40 ans par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Ces milliers de spécimens sont les témoins privilégiés de la façon dont les températures, les précipitations et les sécheresses des dernières décennies ont influé sur la croissance de nos principales essences boréales.

À partir de ces carottes prélevées dans les troncs des arbres, il a pu observer leurs cernes de croissance et associer les variations de croissance aux fluctuations climatiques des 40 dernières années. « Nous avons désigné les conditions climatiques idéales pour la croissance de six espèces d’arbres », dit celui qui est aujourd’hui professeur à l’Université du Nouveau-Brunswick et chercheur au Centre d’étude de la forêt.

Constat : tous les arbres ne sont pas égaux face aux changements climatiques annoncés. Cette analyse du passé révèle que certaines essences, comme l’épinette blanche, sont très sensibles aux variations de température, alors que les changements dans les précipitations ont peu d’effets sur elles. À l’opposé, l’épinette noire est extrêmement vulnérable, qu’on fasse osciller le thermomètre ou le régime de précipitations.

« Cela permet de déterminer la sensibilité de chacune des essences aux variations de la température ou des précipitations. À partir des modèles climatiques, on peut savoir si une espèce connaîtra une hausse ou une baisse de sa croissance et dans quelles proportions », mentionne Loïc D’Orangeville. Des données cruciales qui ne sont pourtant pas prises en considération dans les mesures d’aménagement des forêts à l’heure actuelle. Le chercheur souhaite combler ce vide en créant un « guide de survie » pour les forêts, ce qui ouvrirait la porte à de meilleures prévisions de la production de bois.

L’incertitude reste toutefois le plus grand défi, car elle implique de prédire un bouleversement climatique pour une culture qui sera récoltée dans 50 ans ! Ce n’est assurément pas dans une boule de cristal qu’on trouvera la réponse.

Ont aussi participé à la découverte : Louis Duchesne et Daniel Houle, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (M. Houle fait également partie du consortium Ouranos), Richard P. Phillips (Université de l’Indiana), Yves Bergeron (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue) et Daniel Kneeshaw (Université du Québec à Montréal).

Photo: Charles Massicotte

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