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Les 10 découvertes de 2018

Une molécule prometteuse contre la malaria

03-01-2019

Les Drs David Langlais et Philippe Gros. Photo: Jean-Frédéric Olivier

Une molécule dérivée d’une plante combat la malaria sur deux fronts: en plus de s’en prendre au parasite, elle pourrait devenir le premier traitement contre l’une de ses complications les plus dangereuses.

Plasmodium falciparum, dangereux représentant de la famille des parasites qui causent la malaria, est un spécialiste du système immunitaire humain. Se glissant au cœur de nos globules rouges, il infecte chaque année plus de 200 millions de personnes grâce au coup de pouce de certains moustiques.

« C’est un parasite extrêmement bien adapté pour infecter l’humain, explique David Langlais, professeur adjoint au Département de génétique humaine de l’Université McGill. Il a évolué à nos côtés sur une très longue période de temps. » L’infection culmine avec la destruction de nos globules rouges, entraînant de fortes fièvres et de l’anémie.

Il est possible de prévenir la malaria – ou paludisme – par la prise d’antipaludiques ; ces mêmes médicaments sont utilisés à fortes doses pour traiter l’infection.

Le cerveau touché

Or, bien que les complications de la malaria soient statistiquement rares, la quantité phénoménale de nouvelles infections entraîne quand même des centaines de milliers de décès chaque année. Et la complication la plus dangereuse reste le neuropaludisme, une inflammation fulgurante du cerveau.

« On ne sait pas pourquoi certaines personnes souffrent de cette complication, dit Philippe Gros, chercheur au Département de biochimie de l’Université McGill. Des globules rouges infectés semblent se coincer dans les vaisseaux capillaires qui alimentent le cerveau et déclenchent une importante réaction inflammatoire. »

Un enfant meurt du paludisme toutes les deux minutes en moyenne dans le monde. Photo: Shutterstock

En quelques heures ou quelques jours, un grave œdème cérébral, pour lequel il n’existe pratiquement aucun traitement, terrasse le patient. Le taux de mortalité est de 40 % et les victimes sont essentiellement des enfants. De plus, jusqu’à 30 % des survivants en gardent des séquelles neurologiques permanentes, telles que des déficits d’apprentissage ou des réductions des fonctions motrices.

« Notre système immunitaire est l’un des principaux responsables de cette réaction, indique David Langlais. Chez des souris transgéniques, on a déjà montré que le retrait de certains gènes liés à l’immunité conférait une résistance au neuropaludisme. On cherchait une molécule capable du même résultat. »

Cette molécule tant espérée leur a été suggérée par un de leurs collègues, le professeur Jerry Pelletier, du Département de biochimie de l’Université McGill. Ce dernier étudiait les rocaglates, une classe de molécules dérivées de petits arbustes tropicaux de la famille des aglaïa et qui ont la capacité de bloquer la synthèse des protéines. Même s’il s’y intéressait pour leur rôle dans le traitement du cancer, les mécanismes qu’il a cernés peuvent aussi bien être en cause dans une réaction inflammatoire que dans l’activité des parasites responsables de la malaria.

Action étonnante

En testant cette molécule sur leurs modèles de neuropaludisme, les chercheurs ont fait une découverte remarquable : une dose unique, administrée dès l’apparition des symptômes, augmentait de façon marquée le taux de survie des souris atteintes. Autre victoire : en plus de cibler la réaction inflammatoire, la molécule attaque le parasite lui-même ! Ces conclusions ont été publiées dans Proceedings of the National Academy of Sciences en mars 2018.

« Après le traitement, le nombre de parasites décroît autant chez les souris que dans des globules rouges humains infectés en laboratoire, souligne David Langlais. Le rocaglate fonctionne même avec des souches de parasites résistant habituellement aux médicaments antipaludiques. On ne sait pas s’il tue le parasite ou s’il ralentit sa prolifération, mais son mode d’action diffère totalement des traitements classiques. »

« Il reste énormément de travail à faire avant que cette découverte devienne un outil thérapeutique », fait observer Philippe Gros. Tester un nouvel antipaludique est très difficile, surtout lorsqu’il s’agit d’une complication potentiellement mortelle qui touche des enfants.

Malgré tout, les chercheurs sont déjà au travail pour mettre au jour des molécules encore plus efficaces, dérivées des rocaglates. Une avancée qui pourrait changer le destin de centaines de milliers d’enfants au cours de la prochaine décennie.

Ont aussi participé à la découverte : Regina Cencic, Neda Moradin, James M. Kennedy, Michael J. Tarry et Martin Schmeing, de l’Université McGill, ainsi que des chercheurs de l’Université de Boston, dont John Porco, et de l’Université de Toronto, dont Kevin Kain.

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