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Les 10 découvertes de 2018

Le lien entre stress et dépression mis au jour

03-01-2019

Les deux races de souris utilisées pour étudier l’effet du stress chronique. Photo: Georgia Hodes et Caroline Ménard

Pourquoi stress chronique et dépression vont-ils souvent de pair ? La coupable est la perte d’étanchéité de la barrière protectrice du cerveau.

Imaginez l’expérience : de petites souris noires sont placées dans une cage où on les laisse se faire intimider par une grosse souris blanche agressive pendant quelques minutes chaque jour. Le reste de la journée, l’intimidatrice est tenue à l’écart grâce à un séparateur transparent, mais les autres rongeurs continuent de la voir et de la sentir. Rien pour faire diminuer le stress. Et le tout dure 10 jours, période suffisamment longue pour engendrer un stress chronique chez la souris. Pas toujours reposante, la science.

C’est par cette expérience un peu cruelle que l’équipe de Caroline Ménard, chercheuse en neurosciences à l’Université Laval, a découvert le mécanisme cérébral qui explique pourquoi des souris soumises à un stress finissent par manifester des symptômes dépressifs. Et tout indique que ce phénomène s’appliquerait à l’humain.

Notre cerveau renferme un dispositif de protection redoutable : la barrière hématoencéphalique (BHE). Son rôle est d’empêcher la majorité des molécules et des microorganismes présents dans le sang d’atteindre le cerveau, en laissant quand même passer l’oxygène et les nutriments. Or, chez des souris exposées au stress, cette barrière perd de son efficacité et permet aux molécules pro-inflammatoires, qui favorisent l’apparition de symptômes dépressifs, de se rendre au cerveau.

Symptômes dépressifs

Caroline Ménard dans son laboratoire à l’Université Laval.
Photo: Louise Bilodeau

Après l’expérience, différents examens du cerveau des souris ont révélé chez la majorité d’entre elles une porosité plus élevée de leur barrière hématoencéphalique. La quantité de claudine-5, l’une des protéines les plus importantes pour assurer l’étanchéité de la BHE, avait aussi diminué de moitié chez les rongeurs devenus stressés.

Et à la suite de l’épisode de la cage, des symptômes dépressifs ont été observés. Comment sait-on qu’une souris est dépressive ? « On le mesure par différents tests, répond Caroline Ménard. Comme celui du bécher d’eau. Quand on les y plonge, normalement les souris se débattent pour en sortir, mais les bêtes déprimées abandonnent et se laissent flotter. »

Pour voir si ces résultats étaient applicables à l’humain, l’équipe a analysé des tissus cérébraux provenant de banques de cerveaux. Près des deux tiers des 63 organes étudiés avaient été prélevés chez des gens qui s’étaient enlevé la vie. Ces derniers présentaient un niveau de claudine-5 50 % plus bas.

Nouveaux traitements?

Alors que la dépression touche plus de 300 millions d’individus dans le monde et qu’elle est la principale cause d’invalidité, cette découverte publiée dans Nature Neuroscience en novembre 2017 pourrait améliorer le diagnostic de la maladie et le suivi des personnes dépressives, chez qui on pourrait alors surveiller l’étanchéité de la BHE.

« On pourrait aussi concevoir de nouveaux antidépresseurs pour rendre cette barrière plus étanche, dit Caroline Ménard. Actuellement, de 30 % à 50 % des gens dépressifs répondent peu ou pas à la prise d’antidépresseurs. » La chercheuse souhaite également mieux comprendre les raisons biologiques de la résistance au stress chez les souris dont la BHE est restée intacte durant l’expérience.

Caroline Ménard, dont le laboratoire regroupe six femmes de différents pays, compte en outre appliquer le concept de diversité chez les souris. « La dépression est deux fois plus fréquente chez les femmes et leurs symptômes sont différents, mais les tests précliniques sont généralement faits sur des souris mâles pour éviter d’avoir à se soucier du cycle hormonal, signale-t-elle. Intégrer des souris femelles pourrait aider à mettre au point de meilleurs traitements contre la dépression. »

Ont aussi participé à la découverte : Benoît Labonté (Université Laval), Gustavo Turecki (Université McGill) et des chercheurs de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai (New York) et du Trinity College (Dublin).

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