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09 janvier 2025
Temps de lecture : 2 minutes

La pilule modifie le cerveau

L’imagerie par résonance magnétique a mis en évidence des différences structurelles dans le cerveau des femmes prenant la pilule. Photo: Alexandra Brouillard

Les contraceptifs oraux, utilisés par des millions de femmes, sont associés au rétrécissement d’une région cérébrale essentielle à la régulation des émotions.

Utilisée par près de 150 millions de femmes dans le monde, la pilule contraceptive est souvent prise dès l’adolescence, période où se produisent de nombreux changements hormonaux et cérébraux. « Nous avons voulu étudier les effets cérébraux liés à l’utilisation des contraceptifs oraux et leurs effets durables, très peu connus », explique Alexandra Brouillard, candidate au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal sous la supervision de Marie-France Marin, qui est aussi chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Leur étude, publiée en novembre 2023 dans le journal Frontiers in Endocrinology, révèle un fait marquant : chez les femmes qui prennent la pilule contraceptive, le cortex préfrontal ventromédian, une partie du cerveau importante dans la régulation des émotions, est plus mince que chez les personnes qui ne l’utilisent pas. Autre découverte de taille : cet effet associé aux contraceptifs oraux serait réversible.

Ce sont des études antérieures sur les contraceptifs oraux et la régulation des émotions qui avaient mis la puce à l’oreille de la chercheuse et son équipe. « On s’est inspirées de ce qui a été fait dans le passé, mais on a adopté une méthodo­logie beaucoup plus rigoureuse, en tenant compte de l’historique de contraception de nos participantes. »

L’équipe a recruté 180 volontaires, répartis en quatre groupes : des femmes utilisant un contraceptif oral combiné (COC, contenant à la fois estrogènes et progestérone), des femmes l’ayant utilisé par le passé, des femmes n’ayant jamais recouru à aucune sorte de contraceptif hormonal et des hommes, afin d’avoir un autre groupe de comparaison. Tous et toutes ont passé des IRM, à partir desquelles on a étudié l’influence des COC sur la morphologie des zones jouant un rôle dans la régulation des émotions.

Photo: Antoine Querry

« Pour les pilules contenant de plus faibles concentrations d’estrogènes, on a remarqué une atrophie au niveau du cortex », souligne Alexandra Brouillard. En apportant un taux constant d’hormones, le COC inhibe la sécrétion spontanée de ces hormones par l’organisme et maintient des taux plus bas que lors d’un cycle normal. Même si cela reste à valider, les femmes utilisant des pilules faiblement dosées pourraient donc être en « déficit » d’estrogènes, par rapport aux femmes ayant un cycle menstruel naturel. Les pilules plus fortement dosées, elles, activeraient davantage les récepteurs aux estrogènes et auraient un effet plus proche du taux naturel.

À ce stade-ci, l’équipe n’établit pas de lien entre une modification de l’anatomie cérébrale et un effet tangible, comportemental ou émotionnel. « Par contre, la littérature scientifique soutient assez bien que plus le cortex préfrontal ventromédian est épais, plus facile serait la régulation des émotions, explique la chercheuse. On peut supposer que cet amincissement induit une forme de vulnérabilité à la régulation émotionnelle, bien qu’on n’ait pas testé concrètement ce lien-là. »

Pour ce faire, il faudra notamment mener des études sur de longues périodes. Celles-ci permettront aussi de mieux comprendre la réversibilité des effets. Pour Alexandra Brouillard, « c’est encourageant de voir que l’arrêt de la prise de COC semble entraîner un retour à la normale, mais plusieurs questions demeurent ». La doctorante et son équipe espèrent favoriser les recherches en santé de la femme, encore assez lacunaires.

Ont aussi participé à cette découverte : Lisa-Marie Davignon et Marie-France Marin (Université du Québec à Montréal) et Anne-Marie Turcotte (Université de Montréal).

L’avis du jury

Les hormones de synthèse ont beau être au menu quotidien de millions de femmes, on sait peu de choses sur leurs effets neurophysiologiques et comportementaux. Cette étude atteste de l’importance de se pencher sur le sujet.

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