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08 janvier 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Bloquer un interrupteur moléculaire du cancer

Photo prise à l'extérieur durant l'été. Près d'un bâtiment universitaire, visible en arrière-plan dans la partie gauche de l'image, 3 hommes et une femme se tiennent debout sur des rochers. Ils sont habillés de manière décontractée et sourient à la caméra.

De gauche à droite : Hugo Lavoie, Driss Lajoie, Ting Jin et Marc Therrien. Photo: avec la permission de Marc Therrien

C’est en changeant d’apparence qu’un interrupteur moléculaire, impliqué dans de nombreux cancers, réussit à échapper à tout contrôle. Une découverte qui ouvre la porte à de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Les cellules du corps se divisent pour faire d’autres cellules. C’est normal. Mais quand les mécanismes qui contrôlent ces divisions se dérèglent, les cellules se mettent à proliférer sans limites. Une tumeur cancéreuse prend alors forme, avec les conséquences parfois dramatiques que l’on connaît.

Les éléments déclencheurs d’un cancer sont multiples, mais dans 8 % de tous les cas, une petite protéine dysfonctionnelle se retrouve au cœur de ce chaos : BRAF, une protéine régulatrice d’une des « voies de signalisation » les plus importantes de la cellule, la voie MAPK. Cette voie est constituée de nombreuses protéines qui agissent en cascade et régulent en fin de compte la prolifération de la cellule. « La protéine BRAF, c’est un peu comme un feu de circulation, c’est elle qui dicte si le signal de prolifération peut passer ou non », explique Marc Therrien, directeur général de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l’Université de Montréal, et chercheur principal d’une étude parue dans la revue Science en mai dernier.

Normalement, la protéine BRAF attend sagement, dans un état verrouillé, que MAPK fasse appel à ses services. Elle est alors inactive. Pour laisser passer un signal de façon contrôlée, elle doit s’associer à une autre protéine BRAF et former un dimère – une sorte de paire de jumelles siamoises.

Mais, dans plusieurs cancers, une mutation rend BRAF hyperactive. Elle n’a plus besoin de s’associer à une jumelle pour fonctionner, ce qui pousse le système MAPK à envoyer constamment des signaux de prolifération. Depuis plus de 20 ans, le mystère perdure : comment parvient-elle soudainement à agir seule ?

Une protéine insaisissable

Cette version mutée de BRAF est reconnue pour être flexible et instable, un cauchemar pour quiconque veut observer sa structure. Ce n’est que grâce à une technologie dernier cri, la cryo­microscopie électronique, que sa structure 3D a enfin pu être révélée par l’équipe de l’IRIC.

L’idée : figer les protéines à -190 degrés Celsius pour pouvoir les observer au microscope « sur le vif », dans leur état naturel. « En combinant des dizaines de milliers d’images sous des angles différents, on peut reconstituer un modèle tridimensionnel complet », précise Driss Lajoie, conseiller à la recherche à l’IRIC et coauteur de l’étude.

L’analyse de cette structure a tout révélé : la protéine mutée reste seule, mais elle se contorsionne pour imiter parfaitement la forme active du dimère.

« Sa nouvelle apparence est comme un déguisement qui lui permet d’échapper aux mécanismes de régulation, résume Marc Therrien. En portant ce costume, elle contourne tous les garde-fous de la cellule. »

Bas les masques

Cette découverte ouvre la voie à la conception de molécules capables de neutraliser cette apparence trompeuse. « On a démontré qu’une classe spécifique de médicaments peut forcer la protéine mutée à reprendre sa forme inactive. Et quand on bloque un signal essentiel pour une cellule cancéreuse, elle meurt. Du jamais vu dans notre domaine ! » s’exclame Hugo Lavoie, directeur adjoint et également cosignataire de l’étude.

Et BRAF ne serait qu’un début, selon Ting Jin, conseillère à la recherche à l’IRIC et coautrice de l’étude, qui rêve de s’attaquer à d’autres protéines insaisissables. « Grâce à la collaboration de personnes talentueuses, nous avons développé une solide expertise et sommes prêts à décortiquer beaucoup d’autres protéines mutées ! »

Ont aussi participé à la découverte : Patrick Gendron, Malha Sahmi, Chang Hwa Jo, Sandra Weber, Geneviève Arseneault, Sasmita Tripathy, Doris A. Schuetz et Anne Marinier de l’IRIC, ainsi que les Universités de Bordeaux, de Calgary et de New York.

L’avis du jury

Environ 50 % des cancers sont liés à un dysfonctionnement de la voie MAPK : comprendre ce qui « allume » ou « éteint » ce mécanisme est donc crucial. Ici, l’équipe a en plus réussi à bloquer la molécule fautive ! Un pas concret vers des traitements.

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Denis Labonté
5 mois il y a

C’est la découverte qui selon moi aura le plus grand impact sur nos vies.

Jean-Guy Lelièvre
5 mois il y a

Encore de bonnes nouvelles face au cancer, ce tueur en série!

CAROLE ST-JULES
5 mois il y a

Mille mercis à votre excellente équipe. Vous qui travaillez dans l’ombre, afin que nous nous puissions continuer à vivre au soleil.

Liliane Champeaux
5 mois il y a

Enfin, le voile se soulève un peu, grâce à cette découverte si importante pour contrer le cancer!
Félicitations à toute l’équipe de chercheurs.

Marcel Melançon
4 mois il y a

Bravo à L’IREC

Danielle Castonguay
4 mois il y a

Enfin de l’espoir pour nos descendants.

France Provost
3 mois il y a

Un bel exemple de collaboration internationale. C’est une découverte qui va encourager le développement de traitements applicables tôt dans le développement du cancer. Combiné à nos connaissances des cancers génétiquement prévisibles, il y a un grand potentiel pour sauver des vies.

Loiselle
3 mois il y a

L’utilisation de la nouvelle technique de cryomicrocopie pour analyser les différentes étapes de configuration me laisse penser qu’avec l’intelligence artificielle on pourra accélérer les études cellulaires reliées à la cancérologie un jalon important dans la promotion de la santéé

Daniel Boileau
3 mois il y a

Une étape de plus vers le traitement du cancer par une meilleur compréhension de son développement.
Un jour la chimio et la radiothérapie ne sera plus qu’un souvenir d’une autre époque médicale.

S. Bittner
3 mois il y a

Dans la famille, il y a des cas de cancer m’incluant. Idem dans nos amis et entourage. Voir régulièrement les chiffres ou statistiques sur le cancer, je crains pour la nouvelle génération. Bravo pour l’équipe de recherche.

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