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Culture

Des suggestions culturelles pour s’occuper l’esprit

16-03-2020

Image: Fernando Hernandez/Unsplash

Nous avons regroupé quelques suggestions pour s’évader l’instant d’un balado, d’un bon documentaire ou à la suite d’une lecture divertissante.

 

VOIR

Image: Carbone, Radio-Canada

Nécessaire émission

Carbone, c’est le nom de la nouvelle plateforme de Radio-Canada entièrement consacrée à la couverture de l’environnement. Son équipe ficelle des capsules vidéos punchées sur des sujets qui nous touchent de très près − tels que la trace environnementale insoupçonnée du papier de toilette − et nous présente des scientifiques et des acteurs de changement inspirants. On ne veut rien rater du contenu dynamique et engageant de cette joyeuse brigade verte.

Carbone, à ici.radio-canada.ca

 

Quel est ton métier?

Prenez neuf chercheurs calés dans leur domaine (de l’astrophysique aux neurosciences). Puis sortez-les de leur zone de confort dans une rencontre scientifique arrangée où ils deviennent étudiants d’un jour et tentent de comprendre le sujet qui anime un autre chercheur. Cela donne The Most Unknown, un inspirant documentaire datant de 2018 qui s’avère une joyeuse célébration des sciences. Les participants se prêtent au jeu en toute humilité et s’extasient devant les grandes questions de l’humanité sans réponse. Du microbiologiste hipster qui amène un doctorant en psychologie cognitive BCBG observer des créatures quasi « extraterrestres » dans les sources thermales américaines à l’astronome qui plonge dans les abysses pour scruter des microbes mangeurs de gaz à effet de serre, ces rencontres créent des étincelles jusque dans notre salon.

The Most Unknown, réalisé par Ian Cheney, sur Netflix (avec sous-titres français).

 

ÉCOUTER

balado Québec Science

Je voudrais voir Hussam, 20%, Une coccinelle envahissante, Exoplanètes : le Canada de l’ombre à la lumière, etc. Il y des balados pour tous les goûts dans la section du site de Québec Science. Explorez-les sur cette page.

 

Plus grand que nature

Le quotidien britannique The Guardian propose de passionnants longs reportages et il a eu la bonne idée de nous offrir certains d’entre eux en version narrée avec son balado The Guardian’s Audio Long Reads. Je vous invite à écouter l’épisode « The Real David Attenborough », qui dresse un portrait de cette personnalité de la BBC. Depuis les années 1950, l’animateur et naturaliste a fait découvrir les beautés de la faune et de la flore à des générations de téléspectateurs. Aujourd’hui, certains lui reprochent de peu parler des effets de la crise climatique sur les écosystèmes et des répercussions des activités humaines sur la planète. On apprend pourquoi dans cette demi-heure fascinante sur les rouages de la production télévisée.

The Guardian’s Audio Long Reads, épisode « The Real David Attenborough », 33 minutes, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée ou sur le site du Guardian : bit.ly/36LfnmP

 

Les histoires de l’ombre

De nombreuses histoires font chaque jour les manchettes sans toutefois s’inscrire dans les livres d’histoire. Le balado radio-canadien L’histoire ne s’arrête pas là en fait son inspiration première. Que ce soit ce boulanger devenu le Al Capone du Québec ou encore la fermeture abrupte du Collège Manitou, l’un des premiers établissements postsecondaires destinés aux étudiants autochtones du pays, l’animateur André Martineau, collaborateur à l’émission Aujourd’hui l’histoire, revient sur ces faits oubliés en s’interrogeant sur ce que notre présent serait si leur issue avait été différente.

L’histoire ne s’arrête pas là, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée.

 

La pause-café des aventuriers

On connaît National Geographic pour ses photoreportages spectaculaires. Le magazine fait cette fois le pari de nous éblouir en version audio. Son balado Overheard at National Geographic lui permet de travailler à l’oreille les sujets qui animent les explorateurs de son équipée pendant la pause-café. Ils nous ouvrent un pan de l’univers des dynasties égyptiennes à l’occasion d’une plongée sous-marine dans une pyramide immergée et nous initient à la culture des baleines en abordant leurs chants dignes des succès pop de l’heure. Concis et passionnant.

Overheard at National Geographic, épisodes de 15 à 20 minutes sur votre plateforme de balados préférée. nationalgeographic.com/podcasts/overheard

 

La Lune d’encore plus près

Treize minutes. Ce fut le temps requis par Apollo 11 pour effectuer sa descente historique sur la Lune. Et c’est aussi le titre du balado que la BBC propose pour raconter dans le menu détail le trépidant voyage de cette mission. Dans 13 Minutes to the Moon, on découvre des témoignages d’anciens employés et des astronautes des diverses missions lunaires (dont Michael Collins, le coéquipier de Buzz Aldrin et de Neil Armstrong). Le second épisode est consacré à ces milliers de nerds à peine sortis de l’école que la NASA a engagés pour mener les opérations du programme Apollo. Quelle époque remplie de promesses pour les jeunes d’hier ! Préparez-vous à raccrocher votre mâchoire à quelques reprises et à frissonner, en partie grâce à l’ambiance sonore, dramatique à souhait.

13 Minutes to the Moon, sur votre plateforme de balados préférée, environ 45 minutes par épisode. bbc.co.uk/programmes/w13xttx2

 

En observation

Entre les urgences et les gestes routiniers, les médecins sont parfois profondément marqués par des gens qu’ils prennent sous leur aile. C’est dans l’âme même de la relation praticien-patient que nous plonge The Nocturnists. Dans ce balado américain tourné « sur le vif », public inclus, et suivi d’une entrevue, les professionnels de la santé explorent une foule de sujets, comme les soins de fin de vie en milieu carcéral ou la fois où un patient déclaré mort a retrouvé son pouls. Intimes, drôles et poignantes, les histoires racontées dans The Nocturnists montrent toute l’humanité qui se cache derrière la froideur du rideau de la salle d’examen.

The Nocturnists, sur votre plateforme de balados préférée, environ 30 minutes par épisode, thenocturnists.com

 

Retour vers le futur
Fermez les yeux, respirez profondément, puis oubliez les soucis du présent pour vous propulser dans le futur en compagnie de Flash Forward. À quoi ressemblerait une grossesse humaine dans l’espace ? Et si l’on pouvait se téléporter ? Que se passerait-il si le Rio Grande, le fleuve qui sépare les États-Unis et le Mexique, s’asséchait ? Le balado imagine les scénarios les plus improbables de l’avenir en se basant sur des recherches scientifiques et des questionnements actuels. Le tout est bonifié d’une dose de science-fiction, mais demeure juste assez farfelu pour être plausible.
Flash Forwardwww.flashforwardpod.com

 

LIRE

Par le trou de la serrure

Vous avez déjà rêvé d’être aussi minuscule qu’une drosophile afin de voir ce que bricolent les scientifiques dans leurs laboratoires ? L’auteur et bédéiste Jean-Yves Duhoo l’a fait pour vous − sans sacrifier un centimètre de sa taille ! Avant d’amorcer son projet de bédéreportage, il n’était pas du tout un habitué de la science. Mais grâce à sa persévérance et à des chercheurs entremetteurs, il a réussi à infiltrer 45 grands laboratoires français pour nous en raconter les coulisses. Le travail des chercheurs de chaque laboratoire est résumé en une poignée de pages ; on s’incline devant ce véritable tour de force de vulgarisation. Que ce soit sur les archives du climat, le temps atomique, le stress des plantes, la sécurité sanitaire ou la bioluminescence, ses visites guidées sont intelligentes et teintées d’humour.

Dans le secret des labos, par Jean-Yves Duhoo, Éditions Dupuis, 192 p.

 

Une bonne idée, oui

Pour se faire une tête sur les enjeux d’actualité, il vaut mieux s’abreuver à des sources fiables plutôt que de s’appuyer sur des opinions prémâchées. La nouvelle collection « Ce qu’en dit la science », abordant des thèmes qui font justement jaser (comme l’utilisation de la tablette électronique à l’école, la maternelle à quatre ans, la consommation de cannabis), tombe à pic. Six titres seront publiés annuellement, chacun soupesant les avantages et les inconvénients du sujet choisi et apportant des pistes de réflexion à la lumière des plus récentes recherches scientifiques. Les deux premiers livres sont clairs, concis et fort bien documentés. De quoi prendre des décisions éclairées et débattre plus intelligemment.

L’iPad à l’école, une bonne idée ? et La maternelle 4 ans, une bonne idée ?, sous la direction de Stéphane Labbé, Éditions Fides, environ 120 p. chacun.

 

De Caramail à Juicero

Ceux qui se sentent un brin dépassés par l’univers de la technologie, son langage et son actualité trouveront la mise à jour qu’il leur faut en se procurant WIKI, GIF & LSD : l’encyclopédie anecdotique du Web. Tel que son titre l’indique, le livre répertorie les grandes et petites histoires de la technologie. Il nous remémore ainsi les regrettés des années 1990 (comme le logiciel de messagerie instantanée ICQ), vulgarise les plateformes méconnues de certaines générations (dont Twitch et Musical.ly) et s’arrête sur des termes permettant de mieux comprendre notre époque (l’égocasting et la quantification de soi, ça vous dit quelque chose ?). Les auteurs racontent le tout avec intelligence et humour. On like beaucoup.

WIKI, GIF & LSD : l’encyclopédie anecdotique du Web, par Matthieu Dugal et Fabien Loszach, Éditions Cardinal, 268 p.

 

Si la vie vous intéresse

Manger, c’est bien. Mais comprendre la science des aliments, c’est encore mieux ! Cela nous invite à consommer plus intelligemment. Cette science est désormais à portée de main grâce au livre Mieux conserver ses aliments pour moins gaspiller, d’Anne-Marie Desbiens, surnommée la «foodie scientifique». Dans ce livre illustré, la chimiste fournit tous les ingrédients pour préserver et cuisiner les aliments sans mettre sa vie en péril ; elle nous familiarise d’ailleurs avec l’écosystème peuplant notre réfrigérateur. En plus d’être clairement vulgarisé et très digeste, l’ouvrage réussit son pari de modifier nos habitudes. Plutôt que de hurler en découvrant une mousse verdâtre dans votre pot de yogourt, il vous donnera envie d’observer cette colonie de microorganismes avec une nouvelle curiosité. Il n’y a pas de petites victoires.

Mieux conserver ses aliments pour moins gaspillerpar Anne-Marie Desbiens, Éditions La Presse, 276 p.

 

Jardin secret
Après avoir publié les Lettres biologiques : recherches sur la sexualité humaine, du frère Marie-Victorin, Boréal nous plonge cette fois dans la correspondance du botaniste avant-gardiste avec l’une des premières femmes à faire carrière en science au Québec, soit sa confidente Marcelle Gauvreau. Ces Lettres au frère Marie-Victorin : correspondance sur la sexualité humaine sont une incursion studieuse dans la physiologie féminine des années 1930. La communicatrice hardie partage, avec son «directeur spirituel», comme elle l’appelle, ses réflexions sur l’orgasme et le fruit de ses enquêtes sur la sexualité maritale menées auprès de ses copines. Cette incursion dans le jardin secret féminin est d’une grande richesse et l’on ne peut qu’avoir une pensée bienveillante envers nos grands-mères. On découvre par exemple comment les femmes vivaient les désagréments des menstruations dans des chaumières sans intimité. Une audacieuse franchise devant laquelle on s’incline.

Lettres au frère Marie-Victorin : correspondance sur la sexualité humaine, par Marcelle Gauvreau et présentées par Yves Gingras et Craig Moyes, Boréal, 279 p.

 

La terre de chez nous

Un peu comme il nous est impossible de concevoir que nos parents ont déjà été adolescents, il est difficile d’imaginer à quoi ressemblait le territoire québécois dans sa tendre jeunesse. La préhistoire du Québec : la grande épopée de nos origines offre une délicieuse immersion dans le passé méconnu de notre contrée, où auraient été découvertes les traces de vie les plus anciennes de la planète. D’il y a 4,2 milliards d’années jusqu’à Samuel de Champlain, l’auteur déploie la ligne du temps du territoire et raconte son histoire dans un style vivant, enrichi de connaissances générales sur nos ancêtres.

La préhistoire du Québec : la grande épopée de nos origines, par Patrick Couture, Éditions Fides, 394 p.

 

Douce évolution

Pas facile, même pour les grands, de comprendre certains chapitres de l’histoire de la vie sur Terre. Le livre Étonnante évolution : l’aventure de la vie s’est prêté volontiers au jeu de la vulgarisation. De la sélection naturelle à la catégorisation des organismes, ce documentaire jeunesse joliment illustré réussit avec succès sa mission, prenant soin de découper les concepts de l’évolution en bouchées fort digestes. Assez loquace pour tenir vos huit ans et plus absorbés pendant de longues minutes d’affilée, il se révèle suffisamment captivant pour que les adultes aient aussi envie d’y plonger. Entre les paragraphes plus détaillés se glissent ici et là des capsules fascinantes, par exemple sur les chercheurs ayant contribué à mieux comprendre le monde − telle la paléontologue britannique Mary Anning − ou sur notre ADN qui compte plus de similitudes qu’on pense avec celui des mouches à fruits. Une foule d’anecdotes adorables sont savamment insérées pour nous faire lancer des «Wow!» et des «Cuuuuute!» Saviez-vous que les loutres se tiennent la main la nuit pour ne pas s’éloigner les unes des autres ? Mignon à la puissance mille!

Étonnante évolution : l’aventure de la vie, par Anna Claybourne, illustré par Wesley Robins, Éditions Hurtubise, 80 p.

 

Ça coule de source

Certains rêvent de l’Everest. La cinéaste et plongeuse Nathalie Lasselin, elle, aspirait à un autre genre d’extrême : entreprendre une plongée sous-marine de 70 km dans les eaux hostiles du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de l’île de Montréal. Dans le livre Sous le fleuve, l’odyssée, elle fait le récit de cette épopée personnelle à laquelle elle a harnaché un volet scientifique. Puisque ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une fille assez motivée pour se promener dans ces flots frisquets et troubles, le Département de chimie de l’Université de Montréal en a profité pour lui demander de récolter des échantillons. L’objectif : évaluer les contaminants présents dans ce cours d’eau qui abreuve près de la moitié de la population du Québec. De la préparation à la plongée, l’auteure nous explique la route qu’une partie de ces eaux empruntent avant d’être transformées en eau potable et nous présente brièvement la flore et la faune aquatiques. Inutile de dire que cette ode au fleuve se boit d’un trait.

Sous le fleuve, l’odyssée : à la rescousse du Saint-Laurent, par Nathalie Lasselin, Éditions MultiMondes, 184 p.

 

Du piquant dans votre hiver

Notre pire ennemi est un être à peine plus grand qu’un grain d’orge. Bien qu’il s’écrase sous la pointe de l’index, il aurait à ce jour décimé près de la moitié des êtres humains ayant vécu sur Terre. Puisqu’il est toujours bon de connaître ses adversaires − particulièrement ceux qui véhiculent les maladies les plus mortelles −, munissez-vous du livre The Mosquito : A Human History of Our Deadliest Predator d’ici le retour de la belle saison.

Après avoir piqué notre intérêt avec des faits ahurissants sur les maringouins (à mémoriser pour devenir le maître des histoires de peur autour du feu de camp), l’ouvrage se transforme en véritable saga historique. Le récit dense et détaillé est rythmé par les conquêtes, les chutes d’empires et les économies anéanties par des armées de ces soldats sanguinaires. Du Super Bowl à la passion pour les gins toniques des colonialistes britanniques en passant par l’amour des Romains pour les incubateurs à moustiques que sont les fontaines et les bains, l’auteur multiplie les anecdotes qui nous obligent à nous incliner bien bas devant l’ingéniosité et la résistance de ces insectes. D’autant plus qu’ils sont loin d’avoir terminé leur domination du monde. Après tout, ils en ont vu d’autres, puisqu’ils étaient là bien avant les dinosaures…

The Mosquito : A Human History of Our Deadliest Predator, par Timothy C. Winegard, éditions Allen Lane, 486 p.

 

Le destin d’un antihéros de la microbiologie

La communauté scientifique du siècle dernier pouvait bien regarder de haut ce drôle d’oiseau qu’était le chercheur Félix d’Hérelle. De distillateur à chocolatier, ce Franco-Canadien est devenu un brillant microbiologiste présélectionné 28 fois pour le Nobel − sans jamais le remporter. Autodidacte, il a découvert les bactériophages, ces virus qui s’attaquent aux bactéries les plus menaçantes, comme celle de la peste. Ses trouvailles ont toutefois été éclipsées par le succès des antibiotiques.

L’ancien rédacteur en chef de Québec Science Raymond Lemieux a bien choisi son moment pour revenir sur le parcours décoiffant du scientifique obstiné. Car 100 ans après les premiers essais cliniques du chercheur, les phages sont de nouveau appelés à la rescousse pour affronter les plus viles infections bactériennes. Avec en main Félix d’Hérelle : trop rebelle pour le Nobel, les lecteurs feront à leur tour de passionnantes découvertes.

Félix d’Hérelle : trop rebelle pour le Nobel, par Raymond Lemieux, Éditions MultiMondes, 240 p.

 

La fille du labo

Hope Jahren est franchement douée. Cette géobiologiste américaine au délicieux sens de l’humour sait vulgariser les sciences avec l’agilité d’une poète. Bien qu’elle ait figuré parmi les 10 personnalités les plus influentes selon le magazine Times en 2016, elle s’émerveille toujours devant le monde végétal avec l’enthousiasme contagieux d’une enfant. Mais avant de gagner des prix prestigieux et d’acquérir la reconnaissance de ses pairs, cette bourreau de travail a passé des années à tenter de s’imposer dans un monde d’hommes pour obtenir un financement adéquat.

La fille qui aimait les sciences est le sublime récit de son parcours, où l’on découvre ses (més)aventures sur le terrain avec Bill Hagopian, son fidèle allié, ainsi que les réalités du quotidien de son laboratoire. Le tout est présenté de façon originale, alors qu’elle entrelace les pans de sa vie avec le cycle de la vie des arbres. Une lumineuse autobiographie qui se lit d’un trait et fait souvent éclater de rire.

La fille qui aimait les sciences : une histoire d’arbres et de vie, par Hope Jahren, Flammarion, 408 p.

 

La parenté s’amène

Pourquoi Néandertal, mon frère : 300 000 ans d’histoire de l’homme fait-il vibrer une corde sensible ? Est-ce à cause de la menace qui plane sur la survie de notre espèce ? Ou la finesse du récit en est-elle responsable ? Qu’importe, toutes les raisons sont bonnes pour se laisser porter par le portrait captivant de ce grand chasseur sous la plume des auteurs Silvana Condemi et François Savatier. Lauréat du Grand Prix du livre d’archéologie en 2017, l’ouvrage déboulonne des mythes et suggère des pistes de réflexion afin de mieux comprendre le quotidien de Néandertal. Comment survivait-il au froid − sans Canada Goose ? Comment a-t-il pu enrichir son bagage génétique si sa minuscule population occupait un immense territoire ? Et pourquoi faudrait-il éviter de lui faire un high five si l’on croisait cet être à la poigne spectaculaire au supermarché ? Voilà quelques-uns des angles intrigants à partir desquels on découvre ce cousin loin d’être aussi primitif qu’on le pense.

Néandertal, mon frère : 300 000 ans d’histoire de l’homme, par Silvana Condemi et François Savatier, Flammarion, 250 p.

 

Décollage imminent

Il y a 50 ans, Neil Armstrong faisait un pas de géant pour l’humanité en posant le pied sur la Lune. Un tel jubilé, ça se fête ! Pour revivre les moments forts de cet exploit historique, plongez dans l’excellent Objectif Lune : Apollo, la grande aventure scientifique du XXe siècle. L’ouvrage brosse le tableau des 17 missions spatiales du programme Apollo à travers une vaste collection de photos, documents et croquis.

Y sont répertoriées une foule d’anecdotes savoureuses sur la construction des vaisseaux et lanceurs, sur les équipages et sur les défis rencontrés pendant l’exploration. L’expérience est également enrichie d’un volet en réalité augmentée, à consulter à l’aide d’une application. Mais à lui seul, le livre contient assez de matériel pour vous propulser sur la Lune pendant de longues heures.

Objectif Lune : Apollo, la grande aventure scientifique du XXe siècle, par Rod Pyle, Éditions MultiMondes, 176 p.

 

Histoires de fèces

C’est toujours avec envie que je regarde ma fille rire à gorge déployée lorsqu’elle lit ses livres jeunesse sur les excréments. Enfin, le tour est venu pour les adultes de se divertir de cette fonction cruciale de la biologie grâce à l’ouvrage Au cœur du caca, un petit guide illustré (et bien documenté) sur les déjections. L’illustrateur et directeur artistique japonais Bunpei Yorifuji réussit une nouvelle fois à nous envoûter avec un sujet pas piqué des vers (rappelons-nous sa délicieuse ode au tableau périodique dans La vie merveilleuse des éléments, dont nous vous parlions en 2018). Ses dessins comiques permettent de bien vulgariser le propos du spécialiste en parasitologie et docteur en médecine Fujita Koichiro. Nos selles sont scrutées ici à la loupe : les auteurs observent les bactéries intestinales et leur influence sur l’écologie, et expliquent le cycle complet de nos matières fécales sous toutes leurs formes, couleurs et textures avec des schémas à l’appui. Cette brillante célébration du « numéro deux » nous reconnecte avec notre transit et nous rappelle qu’on peut lire notre état de santé général dans nos selles au fond de la cuvette. La lecture parfaite pour le trône.

Au cœur du cacapar Bunpei Yorifuji et Fujita Koichiro, Éditions B42, 174 p.

 

Bouffée d’air frais

Zizanie aquatique, patience crépue, trompette de la mort, comptonie voyageuse : ce sont quelques-uns des trésors empreints de poésie qui peuplent le terroir québécois et auxquels nous initie FORÊT. S’il est trop volumineux pour servir de guide d’identification au cours d’une randonnée, ce livre, écrit par le duo père-fille derrière l’entreprise Gourmet Sauvage, est une excellente introduction au garde-manger des bois. Chaque trouvaille est truffée d’explications sur la manière d’apprêter verdures, petits fruits et tubercules. Le tout est joliment illustré et orné d’alléchantes recettes.

FORÊT : identifier, cueillir, cuisiner, par Gérald Le Gal et Ariane Paré-Le Gal, Éditions Cardinal, 384 p.

 

Un sujet osseux

Ils sont l’essence même de notre charpente, mais rarement peut-on observer en détail les os. Le livre Skeleton Keys, du vulgarisateur scientifique américain Brian Switek, sorte de biographie aussi divertissante que fouillée du squelette, met de la chair autour de l’os.

Son sujet, il le dépèce jusqu’à la moelle, en partant du moment où les poissons préhistoriques ont commencé à sortir de l’eau pour trouver de quoi se sustenter. Il nous parle également de l’arthrite dont souffraient les dinosaures, de l’obscur marché de squelettes humains et se demande ce qui a bien pu arriver au roi Richard III, enterré dans une tombe trop étroite et dont les restes ont été exhumés d’un stationnement dans la ville de Leicester. Le paléontologue amateur ne lésine pas sur les faits et les anecdotes juteuses pour aborder notre relation complexe avec cette armature, qui continue de parler de nous bien après notre trépas. L’auteur va même jusqu’à imaginer sa propre fossilisation !

Skeleton Keys, par Brian Switek, Riverhead Books, 276 p.

 

Éclair de génie

Hydro-Québec fait partie de nos vies depuis maintenant 75 ans, alors quoi de mieux pour célébrer le second réseau hydroélectrique au monde en importance que de se projeter vers l’avenir ? Dans cet ouvrage de vulgarisation, les journalistes Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau nous emmènent dans les coulisses de la société d’État et nous racontent dans un style vivant et personnel les pans majeurs de son histoire pour mieux regarder vers l’avant. On en apprend sur sa logistique de production, de transport et de distribution de l’électricité dans la province, on y décortique sa tarification tout en jetant une lumière sur les scientifiques (océanographes, chimistes, biologistes) qui y travaillent pour réaliser les études d’impact sur l’environnement. Ce livre éclairant propose de nouvelles pistes de réflexion sur notre rapport à Hydro-Québec, qui espère percer de nouveaux marchés au cours des prochaines années.

Branchée ! Hydro-Québec et le futur de l’électricité, par Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, Québec Amérique, 304 p.

 

Sauver le monde, une microbille à la fois
Vous avez éliminé les sacs en plastique de votre vie ? les pailles jetables aussi ? Deux bonnes choses de réglées. Mais ce n’est là qu’une infime partie du plastique utilisé au quotidien. En finir avec le plastique, écrit par Will McCallum, de Greenpeace UK, brosse le tableau de la situation en s’appuyant sur des recherches scientifiques. Mais surtout, il nous invite à agir à grande et à petite échelle pour « déplastifier » notre vie, que ce soit en exigeant des entreprises qu’elles adoptent des habitudes écoresponsables, en tenant des défis « sans plastique » au bureau ou encore en ajoutant un filtre à notre laveuse pour diminuer le rejet de microfibres de nos vêtements. À go, on réduit notre empreinte écologique !

En finir avec le plastique, par Will McCallum, Éditions Marabout, 224 p.

 

Si brillant
La douance chez les enfants est une mystérieuse aptitude qui soulève de nombreuses questions. La neuropsychologue Marianne Bélanger nous permet d’apprivoiser cette capacité d’apprentissage exceptionnelle avec son livre La douance. À l’aide des récentes recherches scientifiques, l’auteure vulgarise le phénomène à travers les grandes interrogations que le sujet suscite. Elle donne des indices pour reconnaître les jeunes à haut potentiel intellectuel et explique comment ces enfants se développent. Elle montre surtout comment favoriser leur bien-être. Un outil fort pertinent autant pour les parents que pour les enseignants.

La douance : comprendre le haut potentiel intellectuel et créatif, par Marianne Bélanger, Éditions Midi trente, 260 p.

 

L’homme derrière la machine à calculer
Quel bonheur de voir la littérature mise au service des génies scientifiques ! Le mathématicien et cryptologue Alan Turing a l’honneur de recevoir ce traitement avec La joie discrète d’Alan Turing, une biographie romancée qui revient sur la vie singulière de ce Britannique qui a ébauché les premiers ordinateurs et contribué aux premières réflexions sur l’intelligence artificielle. L’auteur Jacques Marchand diffuse une douce lumière sur ce personnage introverti. Dès le début du livre, il happe le lecteur avec sa plume intimiste, qui réussit à traduire l’exquise sensibilité de son sujet. Inspirée des correspondances de l’homme de science et de témoignages précieux de ses proches et contemporains que Jacques Marchand a recueillis, cette œuvre jette un nouveau regard sur un influent scientifique dont la mort reste, jusqu’à ce jour, une énigme.

La joie discrète d’Alan Turing, par Jacques Marchand, Les Éditions Québec Amérique, 232 p.

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