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Technologie

Nectar: une technique pour espionner les abeilles

31-10-2018

Marc-André Roberge et Xavier de Briey, cofondateurs de Nectar. Photo: Carl Atiyeh

La technologie mise au point par Nectar a tout pour créer un buzz: elle permet aux apiculteurs de s’assurer de la vigueur des colonies autrement qu’en enfilant leur combinaison de protection.

Alors qu’il s’initie à l’élevage des abeilles en milieu urbain en 2013, Marc-André Roberge remarque que les apiculteurs d’expérience parlent à voix haute aux insectes. « Je me disais que ce serait génial si les abeilles pouvaient leur répondre, leur dire au fur et à mesure ce qui ne va pas et ce qui pourrait aller mieux », raconte le jeune entrepreneur.

Car l’inspection d’une ruche, réalisée au moins une fois toutes les deux semaines pour s’assurer du bon état de santé de la colonie, chamboule chaque fois le cycle de travail des abeilles ouvrières. « C’est un peu comme si quelqu’un arrachait le toit de votre maison et déplaçait vos meubles afin de vous trouver et de voir comment vous vous portez, illustre le designer industriel de formation. Vous resteriez probablement un peu traumatisé. »

À force d’éplucher des livres et des forums sur le sujet, il constate à quel point il est ardu de comprendre autrement ce qui se passe à l’intérieur d’une ruche.

Après un passage à New York dans le programme pour designers 30 Weeks de Google en 2016, Marc-André Roberge voit les nouvelles technologies comme une piste de solution. Certaines existaient déjà pour amasser des données dans les ruches, mais elles restaient lourdes et hors de prix.

Avec Xavier de Briey, il lance Nectar et monte un prototype au Salon 1861, une ancienne église située à Montréal qui héberge des projets d’innovation. Puis, l’entreprise déménage ses pénates au Centech, à l’École de technologie supérieure, où les deux fondateurs s’entourent d’une équipe. Au fil des améliorations, les capteurs se délestent de leurs fils et sont adaptés pour résister à la cire ou à la gomme produite par les abeilles.

Une fois les données recueillies par ses capteurs, Nectar utilise des algorithmes et l’apprentissage automatique pour reconnaître certaines récurrences et effectuer de l’analyse prédictive.

Durant la dernière année, une dizaine de clients, dont cinq producteurs commerciaux, ont testé la deuxième version du matériel. Les apiculteurs ont pu ainsi détecter la mort de cinq reines et deux essaimages, soit des mouvements de migration d’une colonie d’abeilles. Ces données providentielles ont permis d’éviter tout risque d’effondrement de la population d’abeilles dans les ruches touchées. La jeune pousse cherche maintenant à discerner aussi efficacement l’apparition de maladies et de parasites.

Nectar, désormais installée dans l’espace de cotravail The Hive à Ahuntsic- Cartierville, à Montréal, prévoit brancher cet automne 150 appareils d’un nouveau modèle, en plus de mettre en route un projet avec le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault. Elle espère lancer, en 2019, la commercialisation à grande échelle de son service en vendant des abonnements annuels.

Ses produits pourraient à terme améliorer la survie des abeilles. Le taux de mortalité hivernale chez les abeilles du Québec demeure supérieur à la normale de 15 % depuis 2003, selon un rapport publié cette année par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Raison de plus pour tenter de décrypter ce qui ne tourne pas rond dans les ruches.

>>> Ce reportage fait partie de notre dossier spécial Des technos qui étonnent et détonnent. Lisez l’histoire des autres entreprises d’ici dont les inventions laissent bouche bée.

Comment ça marche?

1

Un appareil hexagonal de cinq centimètres de diamètre, contenant de multiples capteurs, est inséré dans la partie de la ruche où se trouvent la reine, les œufs, les larves et la plupart des abeilles, tandis qu’un autre est placé à l’endroit où sont emmagasinées les provisions de miel.

2

Une fois par heure, les capteurs à l’intérieur «se réveillent» durant 30 secondes pour capturer des données avant de retomber en mode «économie d’énergie». Ils enregistrent notamment les fréquences sonores du bourdonnement des abeilles, le poids de la ruche, le niveau d’humidité et les variations de température.

3

Les données sont transmises par Bluetooth à un appareil de la grosseur d’une rondelle de hockey situé à l’extérieur de la ruche. Il agrège les informations avant de les transmettre dans le nuage informatique.

4

Grâce à l’intelligence artificielle, des corrélations sont établies entre les différentes données fournies, tenant compte des situations géographique et météorologique, afin d’obtenir des hypothèses sur ce qui se produit ou se produira bientôt à l’intérieur de la ruche.

5

Une alerte est envoyée aux apiculteurs, par une application Web ou par texto, lorsque l’analyse laisse présager un problème. Ces derniers peuvent consulter les données brutes s’ils le souhaitent.

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